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Soignants suspendus, soupçons de conflits d'intérêts, urgences... On a vérifié les propos visant le ministre François Braun

Caroline Quevrain et Thomas Deszpot
Publié le 12 juillet 2022 à 18h50
JT Perso

Source : TF1 Info

Depuis sa nomination, le nouveau ministre de la Santé est régulièrement pris pour cible par l'opposition et certains syndicats.
Il lui est notamment reproché d’avoir changé de position sur les soignants non-vaccinés ou bien d'avoir exercé des missions auprès du laboratoire AstraZeneca.
Nous nous sommes penchés sur ces affirmations.

La nomination du successeur de Brigitte Bourguignon à la Santé a été suivie d’accusations portées par des élus d'opposition, des médecins ou par la sphère antivax. Médecin urgentiste jusqu'alors inconnu du grand public, François Braun est depuis attaqué, aussi bien sur ses positions affichées que sur ses liens supposés avec la société AstraZeneca. TF1info fait le point.

Le ministre de la Santé a-t-il changé d’avis sur la suspension des soignants non-vaccinés ?

Vous nous avez interrogés sur l’authenticité de propos attribués à François Braun. D’après un photomontage, le ministre rapportait en août 2021, en sa qualité de médecin et président du syndicat Samu-Urgences de France, que "c’est scandaleux de ne pas réintégrer les soignants non vaccinés". Une position qu’il aurait tenue sur l’antenne de CNews, selon cette image. Mais aujourd’hui, François Braun affiche une ligne contraire, celle d'Emmanuel Macron. Et il l’a d’ailleurs répété le 5 juillet dernier devant l’Assemblée nationale, jugeant que la réintégration des soignants suspendus, car non vaccinés contre le Covid, n’était "pas d’actualité" et qu’elle n’était "pas l’objet du texte" discuté à l’Assemblée

François Braun aurait changé radicalement d'opinion sur la suspension des soignants non-vaccinés - Twitter

Alors, le ministre aurait-il catégoriquement changé de position sur la mise à l’écart des soignants non-vaccinés ? Rien n’est moins sûr. D’abord, en août 2021, à l’époque où François Braun aurait prononcé cette phrase, aucun agent de santé n’était encore suspendu puisque la vaccination obligatoire était tombée seulement à partir du 15 septembre. Les propos rapportés tels quels sont donc anachroniques. Ensuite, l’extrait de CNews, qui correspondrait à cette phrase et à cette image de François Braun, est introuvable. À tel point que le compte ayant partagé cette image s’est révélé plus prudent ce mardi 12 juillet : "Apparemment, personne n'arrive à retrouver de source pour confirmer qu'il a vraiment dit ça. C'est donc à prendre avec des pincettes".

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Ce qui est avéré, c’est que la photo utilisée en illustration n’est pas une capture d’écran d’un passage de l’ancien président du Samu sur CNews, mais le cliché d’un photographe du Républicain Lorrain. Il a depuis été vendu à d'autres titres régionaux, comme ici dans les pages de l’Est Républicain. Enfin, cette position prêtée à François Braun entre en contradiction avec celles qu’il a eues par le passé, par exemple sur la grippe saisonnière. En 2017, le médecin urgentiste estimait auprès de L’Express : "C'est inacceptable que des soignants refusent de se faire vacciner. On se rend compte que lorsque le seuil de vaccination est trop bas, il y a des morts. Il ne s'agit pas uniquement de le faire pour soi, mais aussi de protéger les autres de la maladie". Interrogé sur la teneur de ces propos, le cabinet du ministre n'était pas revenu vers nous pour le moment. Mais à la lumière de tous ces éléments, il existe de sérieux doutes sur leur véracité.

Le ministre de la Santé a-t-il des liens avec AstraZeneca ?

Sur Twitter, le ministre est également accusé de conflit d’intérêt. En cause : le fait qu’il soit "rémunéré depuis 2015 par AstraZeneca en tant que board expert". Conformément à la loi, chaque ministre nommé doit remplir sa déclaration publique d’intérêt et contribuer ainsi à la transparence de la vie politique. Sur le site de Transparence Santé, la récente déclaration de François Braun est donc accessible à tous.

Sur celle-ci, le ministre de la Santé a bien déclaré 13 rémunérations différentes pour le compte d’AstraZeneca, laboratoire pharmaceutique suédo-britannique et fabricant d’un vaccin du même nom contre le Covid-19. Ces missions ont toutes été effectuées entre le 29 septembre 2015 et le 28 novembre 2019. Leur montant oscille entre 25 € et 800 €, cette dernière renvoyant à des honoraires perçus le 29 septembre 2015 sans plus de précisions. 

Des montants perçus par AstraZeneca sur la déclaration publique d'intérêt de François Braun - Transparence Santé

Ces frais correspondent parfois à un simple repas (43 euros le 1er juin 2017) ou à un hébergement (237 euros le 21 septembre 2018). Cependant, cela ne constitue pas nécessairement un conflit d'intérêt, d'autant que l'ancien président du Samu indique ne plus avoir travaillé pour le groupe depuis fin 2019. Il est assez courant que les médecins effectuent des missions pour le compte de laboratoires, souligne un généraliste auprès de TF1info. En parallèle des rémunérations octroyées par AstraZeneca, François Braun a déclaré des avantages perçus par d'autres groupes pharmaceutiques, comme Pfizer, Mundipharma ou Sanofi. En revanche, la nature des missions réalisées pour AstraZeneca n’a pas été précisée par le cabinet de François Braun, que nous avons sollicité. 

Le ministre de la Santé recommande-t-il de fermer les urgences la nuit ?

Il est aussi reproché à François Braun de plaider pour la fermeture des urgences la nuit. Comme nous le décryptions juste après sa nomination, si les conclusions de la "mission flash" dont il avait la charge sont mises en avant, il n'est pas proposé de telles fermetures nocturnes. Parmi les recommandations formulées par l’actuel ministre et ses confrères, on retrouve un point spécifique sur le travail de nuit. Il est ainsi proposé une "majoration, pour l’été, de l’indemnité de sujétion de nuit et des heures de nuit pour les personnels médicaux et non médicaux, en attendant l’ouverture d’une négociation sur la reconnaissance globale de la pénibilité à l’issue de la conférence santé". 

L'objectif annoncé est très clair : "éviter la poursuite de la fuite des personnels de santé en reconnaissant financièrement la pénibilité du travail de nuit. Et donc la fermeture ponctuelle de certains services par manque de personnel. Devant l’Assemblée nationale, François Braun a depuis réfuté que la fermeture nocturne des services d’urgences était l’une des recommandations de la mission flash, évoquant un "délire".

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