Syndrome de Peter Pan : à quel moment la peur de grandir devient pathologique ?

par Aurelie DUHAMEL pour TF1 INFO
Publié le 5 décembre 2023 à 7h00

Source : Sujet TF1 Info

Devenir adulte, c'est se dire que l’on devient responsable de soi-même, de ses actes, et que dorénavant, on doit être capable de subvenir à ses propres besoins.
Si ce rite de passage peut se faire en douceur, pour d’autres, il est une source d’angoisse telle que certains adultes préfèrent se terrer dans la candeur de l’enfance.
En psychologie, ce refus de grandir porte un nom, le syndrome de Peter Pan, en référence au célèbre personnage du roman de J. M. Barrie.

Dans le célèbre fantasy de Disney, Peter Pan est un jeune garçon téméraire qui dirige les garçons perdus au Pays imaginaire et refuse de grandir. En cela, il incarne pleinement le “syndrome de Peter Pan”, un trouble psychologique décrit pour la première fois par le psychanalyste américain Dan Kiley en 1983. Dans son ouvrage de référence à succès intitulé The Peter Pan Syndrome : Men Who Have Never Grown Up, il dresse le portrait de ces hommes emmurés dans l’enfance, incapables d’assumer leurs responsabilités, aussi bien financières, résidentielles que professionnelles. D’après le praticien, ces individus instables dans le monde adulte sont généralement narcissiques, émotionnellement immatures et socialement dépendants. Trente ans plus tard, que savons-nous sur ce trouble qui n’est toujours pas reconnu par la communauté scientifique ?

Quand le refus de grandir devient-il un trouble psychologique ?

Il est difficile de savoir combien de personnes sont atteintes de ce syndrome en France, qui ne figure ni dans la CIM-10, la classification internationale des maladies, ni dans le DSM-5, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie. De rares chiffres publiés par l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation (ATIH) évaluaient toutefois à 420 000 le nombre de patients hospitalisés en psychiatrie en 2017 dans l’Hexagone. Le syndrome de Peter Pan désigne “un mécanisme d'adaptation psychologique” face à une angoisse irrationnelle de passer à l’âge adulte, éclaire Eudes Séméria, psychologue et auteur de l'ouvrage Les quatre peurs qui nous empêchent de vivre (Albin Michel), auprès de nos confrères du Figaro Santé. Dès que la souffrance s'installe, ces traits de caractère deviennent pathologiques. 

Comment reconnaître ce trouble ?

Immaturité affective, réactions enfantines, difficulté à nouer des relations amicales et amoureuses durables, susceptibilité à outrance, tendances dépressives, une tendance à la procrastination… Plusieurs symptômes permettent de reconnaître le syndrome de Peter Pan. “Cette personne est dans une pensée magique avec l'idée que c'est le monde qui va s'adapter à elle, elle essaie de faire en sorte que le monde soit comme elle voudrait qu'il soit", décrit à son tour pour Femme Actuelle la psychanalyste et conseiller en orientation Marie-Laure Brouillard. Si les personnes touchées sont généralement des hommes, le syndrome de Peter Pan existe aussi chez les femmes, qui vont alors avoir à tendance à se comporter comme des petites filles. 

La piste d’un traumatisme vécu durant l’enfance

Il est possible que le syndrome de Peter Pan résulte d’un traumatisme vécu durant l’enfance (deuil, violences physiques ou psychologiques), qui empêche à un sujet d’aller de l’avant. En dehors de ces évènements traumatisants, le comportement d’un parent surprotecteur et étouffant peut aussi servir d’élément déclencheur. Dans le cas contraire, “des parents qui parentifient leur enfant et le chargent de responsabilités qui excèdent ses capacités” ne font pas non plus du bien à leurs enfants, poursuit Eude Séméria, autrice du livre Les quatre peurs qui nous empêchent de vivre (éd. Albin Michel). Il est également démontré que les parents qui prennent trop d’appui sur leurs enfants, en faisant peser sur leurs épaules de trop lourdes responsabilités, provoquent en eux une perte de repère néfaste pour leur développement. Il est vivement recommandé de faire appel à un psychothérapeute pour s’en sortir. Dans certains cas, une thérapie familiale peut être envisagée.


Aurelie DUHAMEL pour TF1 INFO

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