Témoignages - Atteintes d'un cancer, elles pratiquent un sport doux qui leur fait du bien

Hamza Hizzir
Publié le 1 mars 2017 à 8h30
Témoignages - Atteintes d'un cancer, elles pratiquent un sport doux qui leur fait du bien

Source : @CAMI Sport & Cancer

L'essentiel

SANTÉ – Le 1er mars, le décret "sport sur ordonnance" permettra aux médecins de prescrire du sport pour les affections longue durée, comme le cancer. De son côté, la Fédération Nationale CAMI Sport & Cancer organise depuis longtemps des séances de sport pour des patients. LCI.fr a assisté à l’une d’elles. Retour sur expérience.

La fin d’après-midi est frénétique au Palais des Sports de Levallois-Perret. En contre-bas, sur le parquet luisant, des ados handballeurs échangent des passes sans s'arrêter. Au-dessus des tribunes, dans les couloirs, de petits judokas en kimono grouillent dans tous les sens. Au milieu d'eux, huit dames patientent, statiques, devant la Salle Rouge, où va débuter un cours de Médiété. "C’est un sport spécifiquement créé pour les malades du cancer, pour renforcer le corps dans son ensemble, par des étirements musculaires et articulaires. Ça leur permet de mieux ressentir leur corps", explique l’éducatrice médico-sportive, Magali, prof de taï-chi professionnelle en parallèle de cette activité.

Quelles différences entre des cours de sport classiques et ceux dispensés à des personnes atteintes d’un cancer ? "On a affaire à des personnes plus fatiguées, qui ont chacune des difficultés physiques très différentes. On doit donc s’adapter plus individuellement, mais tout en maintenant un cadre de groupe", répond-elle, juste avant de filer débusquer une chaise pour une patiente ne pouvant se tenir debout. De fait, passés les premiers exercices d’étirements, de gainage et de roulements des épaules, la séance finit par ressembler au travail d’une chorégraphie... de taï-chi. Sur le tatami, les craquements des articulations résonnent et les bruits de respirations vont crescendo. 

Tout sourire et en sueur au bout de l’effort, trois d’entre elles décrivent ainsi leur nouvelle perception du sport.

Catherine, 54 ans : "Se défouler et faire travailler des muscles non sollicités depuis longtemps"

"Ça permet de se défouler, et aussi de faire travailler des muscles qui n’ont pas été sollicités depuis un certain temps. On se sent mieux après. Surtout qu’aujourd’hui, je suis limitée dans mes activités sportives. Avant je courais beaucoup. Maintenant je ne peux plus. Donc je suis obligée de marcher. En même temps, ce sport me permet de faire des exercices de respiration très importants. Et aussi de récupérer. La satisfaction, après l’effort, est à peu près la même que celle que j’avais avant. Même si je ne me suis pas encore fait à l’idée d’arrêter de courir. J’essaye de m’y remettre mais je n’y arrive pas. Je suis un petit peu têtue alors je vais continuer d’essayer (rires)."

Maude, 61 ans : "Grâce à cette énergie, je supporte mieux mon traitement"

"Je fais du Médiété depuis un an, c’est-à-dire depuis que j’ai commencé mon traitement. Et ça me détend beaucoup.  Ça m’a redynamisée et, grâce à cette énergie, je supporte mieux mon traitement. J’ai toujours des problèmes articulaires. Heureusement, le sport m’aide à surmonter ces douleurs. Si c’est un plaisir ? Je n’ai jamais tellement aimé l’activité sportive (rires). Mais oui, quand même, parce que c’est un bon moment à partager avec d’autres personnes. Je me suis fait des amies en me rendant aux séances. En fait, c’est la régularité qui aide le plus, le fait de sentir des progrès. Du coup, je suis toujours contente et même impatiente de venir. Au départ, on faisait une sorte de karaté. Maintenant, c’est du Médiété et je préfère, parce que ça fait plus appel à notre mémoire et à notre gestion de l’espace. C’est important aussi."

Janine, "pas aussi jeune que j’en ai l’air"

"J’ai une histoire particulière, compte tenu des séquelles irréversibles d’un accident de voiture (elle est paralysée d'une jambe, ndlr). En fait, le sport m’a apporté énormément, mais juste parce que j’ai pu être insérée dans un groupe. Il y a plein de choses que je ne peux pas faire, mais le professeur m’implique en me faisant faire des mouvements sur ma chaise. Je suis les cours comme les autres. Je n’ai pas d’illusions. Je sais très bien que je n’arriverai jamais à effectuer les déplacements. Mais phychologiquement et moralement, ça a été une découverte de pouvoir entrer dans ce cours. C’est paradoxal parce que ça ne m’apporte rien par rapport à mon traitement. Enfin, je le ressens comme ça. Bon, ça fait du bien au dos (rires). Mais j’avais ces douleurs avant d’avoir mon cancer... Il y a quelques années, j’avais essayé de faire du yoga pour personnes handicapées. Je ne peux pas dire que j’ai été très bien reçue. Si j’avais été paralysée à vie dans un fauteuil roulant, ça leur aurait mieux convenu. Ce n’était pas adapté. C’est terrible ce que je vais dire mais je suis arrivée ici grâce à ma pathologie. Grâce au cancer. C’est la vérité. Grâce à ma fille aussi, qui a insisté pour que je trouve une activité. J’ai de la rééducation en parallèle, mais c’est ce sport qui m’apporte un bien-être psychologique. Au final, je me dis que ce cancer a été un mal pour un bien."

Baisse du risque de cancer, du vieillissement et du nombre de rides : le sport, mieux qu’un médicamentSource : Sujet JT LCI
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