"Tout le monde s'en foutait" : Agnès Buzyn affirme avoir "prévenu" le gouvernement face au Covid-19, en vain

Maëlane Loaëc (avec AFP)
Publié le 25 octobre 2022 à 19h39
JT Perso

Source : JT 20h WE

L'ancienne ministre de la Santé, en poste lors des premières semaines d'épidémie, assure avoir mis en garde l'exécutif face aux risques de propagation du virus en France dès janvier 2020.
Dans les colonnes du Monde, elle affirme qu'Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont longtemps refusé de prendre au sérieux ses appels de détresse.

"Devenue l’ennemie publique numéro un", Agnès Buzyn affirme pourtant avoir tout fait pour avertir le gouvernement de l'imminence d'une catastrophe sanitaire, dès les premiers cas déclarés de Covid-19. Mise en examen pour sa gestion des premières semaines de l'épidémie, l'ex-ministre de la Santé assure qu'elle a alerté dès janvier 2020 Emmanuel Macron et Edouard Philippe, mais qu'elle n'avait "pas l'impression d'être entendue", selon des éléments parus mardi dans Le Monde.

"On m’a fait passer pour une idiote qui n’a rien vu, alors que c’est l’inverse. Non seulement j'avais vu mais prévenu. J'ai été, de très loin en Europe, la ministre la plus alerte. Mais tout le monde s'en foutait", se défend-elle, selon des propos rapportés par le quotidien, qui dit avoir eu accès à un journal de plus de 600 pages rédigé par l'ex-ministre pendant la pandémie.

"Tout le monde me disait que j’étais folle"

Dans un article publié mardi, Le Monde fait état de nombreux textos adressés au chef de l'État et à son ancien Premier ministre, le premier le 11 janvier 2020 à propos de l'épidémie apparue en Chine, qui n'apparaît alors "pas encore dans les médias" mais qui "peut monter", écrit-elle. Malgré ces éléments, "je n'avais pas l'impression d'être entendue", ajoute Agnès Buzyn, qui "n'arrivai(t) pas à avoir de rendez-vous" avec le président de la République, jusqu'à un entretien téléphonique le 8 février. Soit une semaine avant son départ du ministère pour remplacer au pied levé Benjamin Griveaux dans la course à la mairie de Paris, à contre cœur. "Je n'aurais jamais dû partir", estime la professeure de médecine, ajoutant qu'"on (la) poussait au mauvais endroit au mauvais moment"

"Derrière vos décisions, ce sont des gens qui vont mourir"

Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, dans un message adressé à Edouard Philippe

Jusqu'à sa défaite cuisante au second tour, elle aurait continué à alerter l'exécutif. Ainsi ce message le 29 février à Emmanuel Macron : "On perd du temps sur l'épidémie (...) Le pays n'est pas prêt!". Ou encore celui-ci, le 13 mars à Edouard Philippe, à qui elle enjoint "de tout arrêter, comme en Italie, le plus vite possible", prédisant que "ça va être la bérézina dans les hôpitaux". "Derrière vos décisions, ce sont des gens qui vont mourir", insiste-t-elle quelques jours plus tard auprès de l'ancien Premier ministre, plaidant pour un confinement. Elle affirme aussi que la place des femmes dans l'entourage du président n'était "clairement pas" la même que celle des hommes.

"Bien sûr, c’est facile de dire après 'j’avais tout vu'. Ce qui est certain, c’est que j’avais un pressentiment, et tout le monde me disait que j’étais folle. J’ai fait le maximum de ce qu’il était possible de faire à cette période-là. (...) J'ai senti que je ne pesais plus rien et que je parlais dans le vide. Je n'étais plus aux affaires et on me le faisait sentir", ajoute aujourd'hui l'ex-ministre dans des propos au Monde. Selon certains de ses amis, Emmanuel Macron aurait reconnu depuis qu'"on aurait dû écouter Agnès".

"J’ai apporté toutes les preuves qu’on a anticipé et géré au mieux"

Agnès Buzyn a été mise en examen en septembre 2021 pour mise en danger de la vie d'autrui par les magistrats de la Cour de justice de la République, qui enquêtent depuis le 7 juillet 2020 sur la gestion gouvernementale de la crise sanitaire, qui a fait 150.000 morts dans le pays. Ils l'ont en revanche placée sous le statut de témoin assisté pour abstention volontaire de combattre un sinistre. Son journal, consulté par Le Monde, constitue l'une des pièces du dossier. 

"J’ai apporté toutes les preuves qu’on a anticipé et géré au mieux, en vain. Les Français croient que je n’ai rien fait", a-t-elle affirmé auprès du quotidien. "Imaginer qu’ils aient pu penser une seule seconde que je n’ai pas mis toute mon énergie à essayer d’éviter le pire, c’est insupportable. Sauver des vies, c’est le fil rouge de ma vie." Après sa défaite à la mairie de Paris, Agnès Buzyn a par la suite dirigé l'Académie de l'Organisation mondiale de la Santé, a été décorée de la Légion d'honneur avant d'être nommée conseillère maître à la Cour des comptes, à compter du 1er septembre 2022. 

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Il y a une semaine tout juste, l'ancien Premier ministre Édouard Philippe a quant à lui échappé à une mise en examen et a été placé sous le statut plus favorable de témoin assisté dans ce dossier. L'ex-ministre de la Santé Olivier Véran, qui a succédé à Agnès Buzyn et qui est aujourd'hui porte-parole du gouvernement, est également visé par cette instruction mais n'a pas encore été entendu. 


Maëlane Loaëc (avec AFP)

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