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Vaccin Covid-19 : la dose de rappel prolonge-t-elle "considérablement la durée de l'infection" ?

Felicia Sideris
Publié le 25 juillet 2022 à 16h20
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Des internautes affirment qu'une "nouvelle étude" remet en question l'utilité de la troisième dose de vaccin contre le Covid-19.
Pire, selon eux, ce "booster" prolongerait la durée de l'infection.
Une rumeur qui s'appuie sur une interprétation erronée de données scientifiques.

Alors qu'il est désormais possible de recevoir une deuxième dose de rappel du vaccin contre le Covid-19, certains s'interrogent encore sur l'efficacité de la première. Depuis quelques jours, plusieurs internautes assurent qu'une "nouvelle étude" aurait démontré que le "booster" prolongerait "considérablement" la durée de l'infection chez les personnes positives. Une affirmation erronée, qui s'appuie sur une correspondance mise en ligne le 21 juillet par le New England Journal of Medicine (NEJM).

Des données sur-interprétées

Tout d'abord, notons que l'article en question n'est pas une étude à proprement parler, mais une correspondance. Dans celle-ci, une équipe du Massachusetts General Hospital, établissement rattaché à la prestigieuse faculté de médecine de Harvard, à Boston, a réalisé pendant deux semaines des PCR et mis en culture les prélèvements chez 66 patients atteints du Covid-19.

Les données récoltées devaient permettre d'évaluer la durée d'excrétion du virus chez les patients infectés par le variant Omicron. Or, d'après la lecture que certains en font, l'analyse de ces informations montrerait surtout que la troisième dose "retarde considérablement la fin de l'infection". Selon leurs chiffres, notamment repris dans un article de blog devenu viral ce week-end, "31 % des personnes boostées" étaient "encore contagieuses dix jours après l'infection" contre "6% chez les non-vaccinées". "En d'autres termes, les personnes ayant reçu une injection de rappel ont cinq fois plus de chances d'être encore contagieuses dix jours après l'infection que les personnes non vaccinées", conclut l'auteur de ce blog, déjà épinglé par le passé pour avoir diffusé de fausses informations sur la vaccination.  

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Pour en arriver là, l'auteur du blog a récupéré les informations sur le délai entre un premier test PCR positif et une culture virale négative selon le statut vaccinal. Le graphique diffusé dans le NEJM montre en effet que ce délai pouvait être plus long chez les personnes ayant reçu un rappel. Sauf que cette analyse comporte plusieurs limites.

Tout d'abord, comme le relèvent les chercheurs, si les caractéristiques des participants étaient similaires dans les groupes atteints du variant Omicron et du variant Delta, "plus de participants infectés par l'Omicron avaient reçu un vaccin de rappel que ceux atteints d'infection Delta" (35 % contre 3%). Or, comme le souligne la correspondance, "le délai médian entre le premier test PCR positif et une culture négative était de 4 jours dans le groupe delta et de 5 jours dans le groupe omicron". La durée d'infection est donc plus longue dans le groupe touché par le second variant, largement constitué de personnes ayant reçu un rappel. Ce qui justifie l'écart visible entre les non-vaccinés et les "boostés". 

Par ailleurs, les données pour chaque groupe ne peuvent pas permettre d'être aussi conclusifs. Avec respectivement 16 patients et 13 personnes, l'échantillon n'est en effet pas assez représentatif. D'ailleurs, dans leurs conclusions, les chercheurs le soulignent bien. Contrairement à ce que pensent savoir les internautes, eux n'ont pas relevé de "différences notables" entre chaque cohorte, "la taille de l'échantillon étant assez faible". 

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