Variole et variole du singe : quelles différences, quels points communs ?

par Léa COUPAU
Publié le 23 juillet 2022 à 16h22

Source : JT 20h WE

La propagation du virus de la variole du singe inquiète les autorités sanitaires et l'OMS a déclenché samedi son plus haut niveau d'alerte.
Son nom est parfois associé à un autre virus, celui, meurtrier, de la variole humaine.
Ces deux virus ont-ils des similitudes ? On fait le point.

Avec plus de 17.000 cas confirmés dans 74 pays, la variole du singe est en pleine expansion. À ce titre, l'OMS a déclenché, samedi, son plus haut niveau d'alerte. Une évolution qui a fait ressurgir le souvenir de la variole, une ancienne maladie éradiquée à la fin du siècle dernier. Avec des symptômes ressemblants, une structure et une forme du virus similaire, ces deux maladies ont de quoi se confondre. Pourtant, l'une s'avère nettement moins dangereuse et moins contagieuse. Au-delà du nom, peut-on vraiment comparer ces deux virus ? 

Une même origine ?

Les virus qui provoquent la variole et la variole du singe appartiennent toutes deux à la famille des Orthopoxvirus et partagent une grande partie de leur séquence génétique. Ils sont donc cousins, mais éloignés. Comme le rappelle le centre hospitalier de Montpellier, la variole humaine est apparue à plus de 10.000 av. J.C, entre la Chine et l'Afrique. La variole du singe, elle, a été détectée plusieurs dizaines de milliers d'années plus tard, chez un primate, en 1958, au Danemark. Elle a été ensuite identifiée chez l’homme en 1970, en République démocratique du Congo.

Pour de nombreux scientifiques, la variole du singe ne dérive pas de la variole humaine, comme l'assure à Ouest-France Yannick Simonin, spécialiste des virus émergents à l'Inserm. Selon lui, elle ne serait qu'"une forme atténuée", apparaissant régulièrement en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest, et faisant quelques incursions en Europe.

La variole humaine plus contagieuse

Les deux varioles, sans distinction, se transmettent par contact rapproché et plongé avec des sécrétions, des liquides biologiques ou des lésions cutanées de personnes infectées. Elles peuvent également se déclencher après avoir touché des objets contaminés, comme des vêtements. La variole humaine ne peut toutefois se transmettre qu'entre humains, contrairement à la variole du singe. Aussi, pour cette dernière, la consommation de viande pas assez cuite d'animaux infectés ainsi que le contact avec des animaux contaminés sont également considérés comme à risque. 

La dernière arrivée reste cependant beaucoup moins transmissible que sa prédécesseuse, comme l'indique le directeur de l'Institut universitaire des maladies tropicales et de la santé publique des îles Canaries en Espagne, à la BBC. Ce virus, qui touche les animaux, "n'a pas une grande capacité à se transmettre une fois qu'il saute de l'animal à l'homme", explique-t-il. La variole du singe n'est d'ailleurs "pas considérée comme une maladie sexuellement transmissible", indique ce dernier.

Variole du singe : des symptômes plus légers

Si elles se ressemblent, les maladies ne sont pas tout à fait les mêmes, côté symptômes. Pour la variole humaine, la période d'incubation peut durer entre 7 à 19 jours, avant l'apparition de fortes fièvres, de forts maux de tête, mais aussi d'une grande fatigue et de courbatures. Très vite, des lésions cutanées touchent également le visage, avant les membres et le corps entier. Deux semaines après les premiers symptômes, des croûtes viennent à tomber, laissant des cicatrices sur la peau.

De son côté, la variole du singe suit à peu près le même parcours : une longue période d'incubation, entre 6 et 21 jours, et des symptômes similaires. L'intensité de ces derniers est toutefois moins forte et l'éruption cutanée est aussi moins répandue sur le corps. "Les vésicules se concentrent plutôt sur le visage, les paumes des mains et plantes des pieds. Les muqueuses sont également concernées, dans la bouche et la région génitale", décrit Santé publique France.

La variole humaine a fait entre 300 et 500 millions de morts

Avec une mortalité autour de 30 %, la variole humaine a longtemps était considérée parmi les pires fléaux de l’humanité, tuant entre 300 et 500 millions de personnes, selon les dernières estimations des scientifiques. Un constat bien différent de la variole du singe qui, elle, guérit en général spontanément. Depuis sa récente diffusion en Europe, aucun décès n'a d'ailleurs été répertorié dans la région, même s'il existe des cas graves de la maladie.

Ces derniers se produisent plus fréquemment chez les enfants et sont liés à l'ampleur de l'exposition au virus, à l'état de santé du patient ou encore à la gravité des complications. Les rares de décès sont, eux, "surtout liés à une prise en charge tardive ou des surinfections bactériennes", explique, à l'AFP, le chef du département de virologie à l'Institut national de recherche biomédicale. Depuis le début de l'année, au moins 73 personnes, contaminées par la variole du singe, sont mortes, toutes en Afrique, selon les dernières données des Centres pour le Contrôle et la Prévention des catastrophes.

Des traitements à partager

La variole humaine a été complètement éradiquée et l'OMS a indiqué avoir vaincu la maladie en 1980 - une première dans l'histoire de l'humanité - grâce à une vaccination massive. En ce qui concerne la variole du singe, il n'existe toujours pas de vaccin réservé uniquement contre le virus. L'OMS rappelle toutefois que plusieurs études ont démontré "que la vaccination contre la variole (humaine) est efficace à 85 % pour prévenir la variole du singe".

Ce vendredi, l'Agence européenne des médicaments a ainsi approuvé l'utilisation du "vaccin antivariolique Imvanex" contre la variole humaine "pour inclure la protection des adultes contre la variole du singe".

En France, la Haute autorité de santé invite les adultes, y compris les professionnels de santé, ayant eu un contact rapproché avec une personne contaminée à se faire vacciner. Elle le recommande également aux personnes homosexuelles, bisexuelles, "trans multipartenaires" ainsi qu'aux travailleurs du sexe. Côté traitements, un médicament antiviral, le tecovirimat, conçu pour la variole, peut être utilisé pour limiter les effets de la variole du singe, mais il n'est pas encore largement disponible.


Léa COUPAU

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