Allergies croisées : ce qu'il faut savoir sur ce phénomène en recrudescence

Virginie Fauroux
Publié le 19 avril 2022 à 10h33
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

L’arrivée du printemps marque aussi celle des allergies.
Avec un phénomène qui touche plus en plus de Français : les allergies croisées.
Une spécialiste nous explique.

En France, 10 à 20% de la population voit l'arrivée des beaux jours avec un mauvais œil puisqu'elle signifie pour eux le retour des allergies aux pollens. 53 départements, notamment dans le quart nord-est du pays, sont actuellement placés en "risque élevé". En cause, dans un premier temps, le pollen de bouleau. Suivront ensuite les platanes, les hêtres, les chênes et enfin les graminées de l'été. 

Si le bouleau est particulièrement allergisant, c'est aussi parce qu'il provoque des allergies croisées, le plus souvent avec l'abricot, l'amande, l'avocat, ou encore la banane. Un phénomène en hausse ces dernières années, souligne le Dr Lydie Bilbault-Guénard, allergologue à l'hôpital de Strasbourg, dans la vidéo de TF1 en tête de cet article. 

"Nous découvrons de plus en plus d'allergies croisées", nous confirme Le Dr Catherine Quéquet, auteure du livre Les nouvelles allergies. Comment les reconnaître ? Comment les combattre ? (éditions du Rocher). Cette allergologue, qui a enquêté sur le sujet, répond à nos questions.

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Qu'appelle-t-on une allergie croisée ?

Dr Catherine Quéquet : Une allergie croisée survient lorsqu'une personne présentant une allergie à une substance réagit à une autre (qui n'a pas forcément de relation apparente). Ce phénomène s'explique par la présence de protéines qui se ressemblent au sein des deux substances. La plupart du temps, ce sont des aéro-allergènes et des aliments. Ce type d'allergie se manifeste en général chez des personnes qui ont un terrain génétiquement prédisposé et apparaît rapidement dans les minutes qui suivent et jusqu'à deux heures après avoir inhalé l'allergène ou ingéré l'aliment.

Pourquoi la population est-elle de plus en plus confrontée à ces nouvelles allergies ?

Il y a une augmentation des allergies en général. Près d’un tiers de la population française est concernée aujourd’hui. Et selon les prévisions de l'OMS, la moitié des Français devraient être touchés d’ici à 2050. Des facteurs favorisants ont été identifiés. Au niveau respiratoire, il y a la pollution de l'air extérieur, mais aussi intérieur avec les huiles essentielles ou encore les produits d’entretien parfumés. On a souvent l'idée que plus ça sent bon, plus c'est propre. Or, plus ça sent bon, plus il y a des composés organiques volatiles qui vont avoir des effets sur les voies respiratoires. 

On vient de découvrir très récemment des allergies croisées entre le cyprès et la pêche qui peuvent donner des chocs anaphylactiques.

Le Dr Catherine Quéquet

Du côté de l'alimentation, on retrouve la junk food, les plats préparés, mais aussi les nouvelles modes culinaires comme les insectes comestibles ou certains plats exotiques. Résultat, il y a des allergies qui n'existaient pas auparavant en Europe qui surviennent désormais. Ainsi, on met en garde les personnes allergiques aux acariens : si elles consomment des insectes comestibles, elles prennent un risque, sachant qu'elles sont déjà susceptibles de développer une allergie croisée en mangeant des escargots, des crevettes, des crustacés, ou encore du poulpe. On peut aussi ajouter que notre fameux microbiote intestinal est fragilisé par une alimentation industrialisée, pauvre en fibres et en oméga 3, ce qui favorise les allergies alimentaires. 

Le lieu où l'on habite joue sur l'intensité des symptômes

La hausse des cas d'allergies croisées n'est-elle pas aussi due à un meilleur diagnostic ?

L’allergologie moléculaire nous permet en effet de mieux comprendre les allergies d’un patient en spécifiant à quelle protéine ce patient allergique réagit. Avant, il y avait, grosso modo, trois grandes allergies, à l'œuf, au lait et à l'arachide. Et quand on disait : 'vous êtes allergique à l'arachide', on ne mangeait plus d'arachide. Or, on sait maintenant que chez certaines personnes, l'allergène n'est pas forcément l'arachide, mais le pollen de bouleau qui contient les mêmes protéines. Cela vaut aussi pour la pomme et la poire crue, la carotte, le céleri, les fruits à noyaux ou la châtaigne qui ont, eux aussi, la même protéine que le pollen de bouleau. Mais attention, toutes les personnes allergiques au pollen de bouleau ne vont pas forcément être allergiques à la pomme ou à la carotte, cela n'est pas systématique. Autre exemple significatif, on vient de découvrir très récemment des allergies croisées entre le cyprès et la pêche qui peuvent donner des chocs anaphylactiques (urgence médicale grave causée par une réaction allergique immédiate et généralisée, ndlr). Les fumeurs de cannabis peuvent aussi être sensibles à ce type d'allergie.

Par ailleurs, il faut savoir que le lieu où l'on habite joue sur l'intensité des symptômes. Les personnes vivant dans le nord auront plus de chances de développer des allergies importantes au pollen de bouleau, puisque c'est là qu'il y en a le plus. Inversement, dans le sud, ce sera le pollen de cyprès qui posera le plus de problèmes. 


Virginie Fauroux

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