VIDÉO - "Ça peut mettre les patients en danger" : les pharmaciens excédés par les pénuries de médicaments

par M.G | Reportage TF1 : Nicolas Robertson et Sophie Hernandez
Publié le 22 avril 2024 à 11h31

Source : TF1 Info

Depuis de longs mois, les professionnels de santé, et donc leurs patients, sont confrontés à des insuffisances de stocks pour de nombreux traitements.
Face à ces tensions, et alors qu'un retour à la normale à court terme semble utopique, les pharmaciens ont prévu de faire grève le 30 mai prochain.

Depuis la pandémie du Covid-19, c'est un problème qui subsiste. Ces derniers mois, les pharmacies sont confrontées à une multitude de pénuries de médicaments, malgré certaines mesures prises par le gouvernement pour tenter d'inverser la tendance. Une situation que vit chaque jour Béatrice Cléraz, interrogée dans la vidéo en tête de cet article. "Là, j'ai une ordonnance avec un antibiotique pour enfant, donc je vais aller voir si j'en ai en stock. "Malheureusement, mes rayons sont vides", se désole-t-elle au micro de TF1 au sujet d'une prescription pour un nourrisson. "Je ne peux rien faire. Je vais être obligée de réorienter cette dame vers un autre confrère sur un autre secteur de garde ou lui conseiller éventuellement d'aller sur Paris", ajoute-t-elle. 

Plus de 4900 signalements auprès de l'ANSM en 2024

Antibiotiques, gouttes pour les yeux ou traitements contre l’hypertension, le cholestérol ou encore l'épilepsie... Les officines manquent régulièrement de certains médicaments. En 2023, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a enregistré plus de 4900 signalements de risques de tension ou de ruptures d’approvisionnement pour des molécules d’intérêt thérapeutique majeur (+30% par rapport à 2022). 

Au quotidien, les pharmaciens doivent redoubler d'ingéniosité pour réussir, tant bien que mal, à limiter la casse. Des recherches très chronophages, comme le dénonce l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo) dans un récent communiqué : "les pharmaciens passent près de 12h par semaine en moyenne pour trouver des solutions alternatives". "On appelle nos confrères, essaye de voir si l'un d'entre eux a le produit (voulu) en stock. Sinon, s'il s'agit de quelque chose d'urgent, on appelle le médecin pour voir s'il y a une alternative thérapeutique", confirme Béatrice Cléraz. "Il y a des médicaments", comme ceux contre le cancer, "pour lesquels c'est compliqué de trouver une alternative". "Ça peut mettre les patients en danger", pointe-t-elle. 

Vous risquez d'y passer la journée
Un client

De l'autre côté du comptoir, ces difficultés se révèlent tout aussi incommodantes pour les patients. "Il faut téléphoner avant de se déplacer en pharmacie. Parce que si vous faites le tour des pharmacies de garde, en sachant qu'il y a une pénurie, vous risquez d'y passer la journée", affirme ainsi un père de famille. "Je me sens un peu démunie, dans le sens où je suis en panique. On se demande ce que l'on va faire", abonde une femme interrogée par les équipes du 20H de TF1. 

Une journée de mobilisation le 30 mai

Pour rappel, plus de 80% des agents actifs, comme le paracétamol pour le Doliprane, sont produits en Inde et en Chine. Mais, aujourd'hui, ces pays n'arrivent plus à suivre la demande mondiale grandissante. Par exemple, rien qu'entre 2021 et 2022, la consommation de médicaments a augmenté de 9% en France. Autre facteur d'explication, le prix des traitements français. "La France étant le pays où les médicaments sont les moins chers d'Europe, les industriels ou les plateformes préfèrent les vendre dans d'autres pays dans lesquels c'est bien plus rémunérateur", souligne Pierre-Olivier Variot, président de l'Union de syndicats de pharmaciens d'officine (Uspo). 

Pour tenter de forcer la main au gouvernement et d'obtenir de meilleures garanties, mais aussi exprimer leur ras-le-bol grandissant, les organisations syndicales de la profession appellent à "une journée de mobilisation", le jeudi 30 mai, avec une "fermeture de toutes les officines". "Les menaces de dérégulation se concrétisent, les difficultés économiques s'intensifient, les pénuries de médicaments ne s'améliorent pas, voire se détériorent", tance l'Uspo dans un communiqué publié le 18 avril dernier. L'organisation propose, en parallèle, une grève des gardes entre le 18 et le 20 mai, le week-end de la Pentecôte.


M.G | Reportage TF1 : Nicolas Robertson et Sophie Hernandez

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