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VIDÉO - Chlordécone : enquête sur ce pesticide qui continue d’empoisonner les Antilles

M.G | TF1 | Reportage J. ROUX - C.BIET - S.VIGNON
Publié le 1 décembre 2021 à 9h54
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

DÉCRYPTAGE - Un décret reconnaissant le cancer de la prostate comme maladie professionnelle à la suite de l'usage du chlordécone sera pris "avant la fin de l'année", a annoncé le gouvernement. Le 20H de TF1 se penche sur ce pesticide employé dans les bananeraies de Martinique et Guadeloupe jusqu'en 1993.

Un produit des plus controversés. Le chlordécone est un pesticide utilisé à partir des années 1970 pour lutter contre le  charançon noir du bananier. Il a aussi servi à lutter contre les tiques, notamment sur les animaux. Le passage de l'ouragan Allen en 1980 a occasionné un fort développement de ces parasites outre-mer, fournissant un prétexte pour passer outre la dangerosité du produit. Classé cancérogène probable par l’OMS, ce dernier a été interdit aux États-Unis dès 1976. Mais en France, il a fallu attendre 1990, en métropole, et 1993, aux Antilles, pour qu’il soit banni. 

Pendant plus de vingt ans, des centaines de tonnes de chlordécone ont été déversées dans les plantations des Antilles. Le produit était appliqué directement au pied des bananiers si bien que les fruits n'ont jamais été contaminés. Oui mais voilà, les sols ont, eux, été empoisonnés.

Nous savions qu’il s’agissait de produits dangereux

Jean-Michel Emmanuel, producteur

La substance chimique et toxique s'est ensuite rapidement répandue, contaminant volailles, bêtes et certains légumes-racines. Les rivières et la mer ont aussi été touchées, si bien que la pêche est, aujourd’hui encore, interdite dans les zones proches du rivage. "Nous savions qu’il s’agissait de produits dangereux. On nous avertissait, il fallait mettre des gants", témoigne Jean-Michel Emmanuel, dernier producteur de bananes à avoir utilisé du chlordécone encore en activité. "Bien sûr que la filière banane a une responsabilité. Comme lorsque, aujourd’hui, les agriculteurs français demandent une prolongation pour continuer à utiliser le glyphosate", souligne-t-il. Mais "l'État", qui a "donné les autorisations d’utilisation de ce produit", est le "vrai responsable", martèle le cultivateur auprès de TF1 dans l'enquête du 20H en tête de cet article. 

À l'origine de cancers de la prostate

Mais alors de quels effets néfastes parle-t-on ? Selon plusieurs études scientifiques, le chlordécone serait à l'origine de nombreux cancers de la prostate. Une expertise de l'Inserm a ainsi confirmé en juin 2021 une "présomption forte d'un lien entre l'exposition au chlordécone de la population générale et le risque de survenue de cancer de la prostate". "L’impact sanitaire de ce produit, c’est beaucoup de cancers de la prostate. Deux fois plus que dans n’importe quelle autre région de France", confirme Pascal Blanchet, chef du service urologie au CHU de Point-à-Pitre. Sur les 500 nouveaux cancers annuels repérés en Guadeloupe, "10% pourraient s'expliquer par le taux de chlordécone élevé dans le sang", ajoute-t-il. Selon Santé Publique France, plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et Martinique serait contaminée par le chlordécone.

Le début d'un processus de réparation

Particulièrement controversé, ce produit est au centre des récentes tensions entre les territoires des Antilles et la Métropole. En 2018, Emmanuel Macron a certes reconnu que l'utilisation du chlordécone constituait "un scandale environnemental dont souffrent la Martinique et la Guadeloupe depuis 40 ans". Mais un an plus tard, le chef de l'État s'est attiré l'ire des habitants d'Outre-mer en estimant que la substance n'était pas "cancérigène". "Il est établi que ce produit n’est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu’à dire que c’est cancérigène parce qu’on dit quelque chose qui n’est pas vrai et qu’on alimente les peurs", a-t-il encore estimé. 

En guise de rattrapage, le gouvernement a annoncé dimanche que le cancer de la prostate serait reconnu comme maladie professionnelle pour les patients ayant été en contact avec le chlordécone. C'est un décret qui sanctifiera cette reconnaissance attendue de longue date, et qui sera pris "avant la fin de l'année", a affirmé Julien Denormandie, le ministre de l'Agriculture. 

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Grâce à des méthodes alternatives, la filière banane a réussi à réduire en 10 ans de 70% l’usage des pesticides chimiques. Mais le chlordécone est, lui, toujours là. Selon les scientifiques, les terres antillaises sont infectées pour des dizaines, voire centaines d'années. "Aujourd'hui, on estime qu'environ un tiers des surfaces agricoles utiles des Antilles sont contaminées, mais aussi un tiers du littoral marin de la Guadeloupe et de la Martinique et près des deux tiers des ressources en eau", déplore dans les colonnes de l'Express Luc Multigner, épidémiologiste à l'Inserm et spécialiste du chlordécone. 

T F1 | Reportage J. Roux - C. Biet - S. Vignon.


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