Les réserves de sang dans le rouge : ces groupes rares dont il faut aussi reconstituer les stocks

Publié le 29 juin 2022 à 12h16

Source : JT 13h Semaine

L’Établissement français du sang alerte face à un niveau de réserves de sang en France "historiquement bas" et lance un appel pour reconstituer ses stocks.
On connaît tous les groupes sanguins A, B, AB, O avec rhésus positif ou négatif, mais il en existe beaucoup d'autres rares.
En France, entre 700.000 et 1.000.000 de personnes en sont porteuses, et 10% seulement le savent.

L'Établissement français du sang (EFS) lance l'alerte ce mercredi en publiant, pour la deuxième fois de son histoire, un "bulletin d'urgence vitale". "Le niveau des réserves de sang de la France est historiquement bas, une situation critique à la veille des départs en vacances, qui pourrait se révéler dangereuse à court terme pour soigner les patients", écrit l'EFS dans un communiqué.

La France, qui se trouve dans "une situation similaire aux autres pays européens, doit absolument retrouver un niveau de stocks de 110.000 poches de sang d'ici à la mi-juillet, alors que ce stock est aujourd'hui inférieur à 90.000 poches de sang", poursuit-on.

Chaque année en France, plus d’un million de personnes sont soignées grâce aux dons de sang, la moitié via des transfusions et l’autre par le biais de médicaments fabriqués à partir du plasma sanguin. Les Établissements du sang (EFS) ont ainsi lancé en juin une campagne de mobilisation en vue de réapprovisionner les stocks avant l'été, l'équivalent de 20.000 poches de sang manquant afin d'assurer les besoins en transfusions jusqu'à la rentrée.

Les groupes sanguins A, B, AB et O, avec rhésus positif ou négatif, correspondent à 98% des besoins. Mais cette classification ne suffit pas à refléter la grande diversité des groupes sanguins, rappelle auprès de TF1info la directrice-générale des Établissements du sang, Cathy Briem. "Chez certaines personnes, la carte d’identité biologique que constitue le groupe sanguin est plus complexe que dans le reste de la population. On recense en fait pas moins de 380 groupes sanguins différents, dont 250 considérés comme rares", souligne-t-elle.

En France, on estime à entre 700.000 et un million le nombre de porteurs d'un groupe rare, et 10% seulement le savent. Pour des raisons génétiques, ces groupes rares sont surtout présents chez des personnes aux racines africaines (Afrique du Nord ou subsaharienne, mais aussi Antilles ou océan Indien). En cas de transfusion, ces patients doivent recevoir un sang le plus proche possible du leur. "C’est pour cette raison que nous avons besoin de donneurs de tous les groupes sanguins, mais aussi de tous les profils - caucasien, asiatique, d’origine subsaharienne ou d’Afrique du Nord – afin de pouvoir répondre aux besoins de tous les malades", souligne la directrice-générale des Établissements du sang.

Et c’est notamment le cas pour le traitement de la drépanocytose, une maladie du sang qui nécessite des transfusions périodiques et qui touche principalement les gens d'origine africaine. "Ces patients ont des groupes sanguins bien spécifiques, et donc, il faut qu’on ait des donneurs avec le même profil antigénique que les receveurs. Si on a uniquement des donneurs caucasiens, on a des difficultés pour trouver des poches compatibles", insiste Cathy Briem. "Parfois, dans certains cas, on doit faire venir du sang de l’étranger. Et nous-mêmes, parfois, nous envoyons du sang pour des patients chinois ou américains", ajoute-t-elle. 

Certains groupes sont même encore plus rares. C'est le cas de ceux appelés "Bombay" (une personne sur 1 million en Europe) ou "Rhésus nul" (une cinquantaine d'individus dans le monde). "Ces gens-là sont très difficiles à perfuser, pour eux, il existe une Banque nationale de sang congelé. On a identifié, au fil des années, des donneurs qui ont le même profil que ces patients. Et on a congelé leurs poches pour avoir toujours du sang compatible, quel que soit le groupe sanguin et le phénotype du patient qu’on va devoir transfuser", explique Cathy Briem. Si vous avez ce phénotype très rare, il vaut mieux le savoir. Car si vous êtes hospitalisé en urgence et que vous avez besoin d’être perfusé, on ne peut le faire avec le sang de monsieur et madame Tout-le-monde.


Matthieu DELACHARLERY

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