Le 13H

Troubles du sommeil : l'hypersomnie, une maladie mal détectée chez les jeunes

Frédéric Senneville | Reportage TF1 : Jacques Rieg-Boivin et Laurence Claudepierre
Publié le 21 mars 2022 à 10h07
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

TF1 se penche sur les problèmes de sommeil spécifiques des jeunes, parfois lourds de conséquences.
Eva, qui souffre d'hypersomnie, témoigne sur ce trouble mal détecté chez les ados, qui peut perturber gravement leur scolarité.

"En cours, la première chose à laquelle je pense, ce n'est pas forcément d'écouter", témoigne Eva dans le reportage de TF1 ci-dessus, "mais c'est de lutter contre le sommeil". Âgée de 17 ans, cette lycéenne vient de se voir diagnostiquer une hypersomnie, une pathologie mal connue, ce qui retarde sa détection, a fortiori chez les ados. 

Eva a beau dormir beaucoup la nuit, elle ne récupère pas, et peut entrer en somnolence pendant la journée. "L'hypersomnie, ça veut dire littéralement 'trop de sommeil' sur 24 heures" par rapport à la physiologie du patient, nous explique le médecin du sommeil Bertrand de la Giclais. Au-delà de 10 heures par jour, qui correspondent au besoin naturel des gros dormeurs, il faut commencer à se poser des questions. Ce sont des gens "qui ont des somnolences incontrôlées pendant la journée", développe le spécialiste, "et qui sont aussi difficiles à réveiller pendant la nuit, où leur temps de sommeil est accru"

Une pathologie mal diagnostiquée

Surtout, cette pathologie est fréquemment mal diagnostiquée chez les ados, ou trop tardivement. C'est une maladie rare, et manque de chance, elle apparaît souvent à cette période de la vie - même si des cas peuvent survenir jusqu'à 35-40 ans. Elle peut être mal interprétée par les parents, voire par les médecins généralistes. On attribuera souvent l'état somnolent des malades à leurs supposées nuits trop courtes, qui collent à l'archétype de l'adolescent. "Il y a une certaine connotation, qui fait qu'on ne va pas chercher une cause médicale", regrette le professeur De la Giclais, "et l'ado risque de se considérer comme incompris"

Pour la narcolepsie par exemple, une pathologie distincte, mais pour laquelle on dispose de plus de chiffres, "le temps de diagnostic moyen, c'est 7 ans", insiste le spécialiste. Largement suffisant pour rater sa scolarité ou une séquence de sa vie professionnelle, avec un sommeil incontrôlable qui aurait pourtant pu être traité. Car si l'hypersomnie primaire ne se guérit pas, un traitement médicamenteux permet d'en stabiliser les effets. 

L'hypersomnie se soigne

L'hypersomnie secondaire, à l'inverse, a une autre origine, dont elle est un redoutable effet. "Elle peut être secondaire à une autre pathologie, comme l'apnée du sommeil, ou même la dépression", explique Bertrand de la Giclais. Pauline, par exemple, qui témoigne également dans le reportage TF1, avait complètement décalé son horloge biologique, l'empêchant de suivre normalement sa scolarité : des nuits trop actives, et des journées de somnolence. "A l'école, c'est bien", raconte cette adolescente de 16 ans aujourd'hui stabilisée, "je suis toujours un peu fatiguée, mais plus au point de m'endormir en cours"

Une thérapie l'a remise sur les rails en quelques mois, lui permettant de retrouver des cycles plus compatibles avec sa scolarité. Pour le médecin du sommeil qui l'a soignée, il faut se méfier du décalage dans les heures du sommeil, que les enfants commencent maintenant très jeunes. "On sait que ces mauvaises habitudes prises dans l'enfance vont se retrouver à l'adolescence", explique Marc Pfindel, "et l'ado va devenir un 'couche-tard-lève-tard'".

La "dette de sommeil"

Au cœur des problèmes de prise en charge des pathologies du sommeil, il y a un problème sociétal de méconnaissance des mécanismes du sommeil en général, et de son propre cycle en particulier. Chacun de nous, en dormant trop peu par rapport à ses besoins, contracte une "dette de sommeil", explique encore Bertrand de la Giclais. C'est la somme du temps que l'on a soustrait à nos besoins naturels de sommeil, et que l'on doit récupérer tôt ou tard. "C'est la première cause de somnolence dans la journée, mais ce n'est pas une maladie, c'est un état"

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Ne pas solder cette dette, en récupérant de temps à autre, peut nous rendre notamment "dangereux au volant, ou moins performants au travail", prévient l'expert. Des raisons de plus, selon lui, pour consulter un centre du sommeil dès lors que des troubles apparaissent. C'est le meilleur moyen pour déterminer si l'on souffre d'un problème d'hypersomnie ou d'une autre pathologie, ou simplement d'un temps de sommeil inférieur à ses besoins. 


Frédéric Senneville | Reportage TF1 : Jacques Rieg-Boivin et Laurence Claudepierre

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