MÉDICAMENTS - Le phénomène des fausses ordonnances se développe depuis une dizaine d'années. Le 20H de TF1 a mené l'enquête.

C'est une fraude qui coûte chaque année 15 millions d’euros à l’Assurance maladie. Tous les jours, près de 100.000 personnes franchissent les portes d’une pharmacie munis d’une fausse ordonnance. "C’est un sujet récurrent, mais on voit ça surtout sur les ordonnances de produits chers", indique un pharmacien de région parisienne au micro de TF1.

Par exemple cette mère de famille, qui souhaite rester anonyme, falsifie régulièrement depuis plusieurs années d’authentiques ordonnances pour obtenir l’antibiotique qui soulage sa fille, victime d’otites à répétition. Le but ? Ne pas aller "systématiquement chez le médecin généraliste pour qu’il me prescrive exactement la même ordonnance". "Quand elle refait des otites, je reprends l’ancienne ordonnance et je modifie la date. Ce n’est pas pour du trafic, pas des quantités déraisonnables", se défend-elle.

Des médicaments revendus jusqu'à 100 fois plus cher à l'étranger

Si ces petites fraudes existent, de véritables escroqueries d’ampleur sont également montées autour de ces fausses ordonnances, mobilisant à plein temps 75 gendarmes et policiers réunis au sein d’une unité spéciale. Celle-ci a réussi à démanteler ces derniers jours un réseau mafieux dont les trafiquants se procuraient ainsi des médicaments pour les revendre à des toxicomanes à l’étranger.

"Certains cachets en pharmacie coûtent environ deux euros, mais peuvent atteindre 50 à 60 euros dans les rues de Kiev ou d’Helsinki, voire 300-400 euros en prison en Finlande", explique le chef de l’unité spéciale, qui indique que ce genre de trafic s’avère plus lucratif que la vente de stupéfiants : "L’investissement est proche de zéro, c’est la sécurité sociale donc la société qui finance ces trafics. On a, à chaque fois, plusieurs millions d’euros de préjudice pour la sécurité sociale."

Des pharmaciens vigilants

Au-delà des grosses arnaques de ce type, des personnes dépendantes à certains médicaments se servent de ces fausses ordonnances. C’est le cas de cet homme, qui a voulu garder l’anonymat, que TF1 a joint par téléphone : "On m’a prescrit du Tramadol, mais toutes les semaines mon médecin réduisait les doses. Au début, c’était 400 mg jusqu’à arriver à 100. J’avais trop mal donc j’ai scanné ma première ordonnance et j’ai tout changé, le dosage, la durée, la date. Je suis monté à six cachets par jour."

Dans certains quartiers où le trafic de médicaments prescrits grâce aux fausses ordonnances sévit, les pharmaciens redoublent de vigilance. "Il y a quand même sept ou huit points que l'on regarde scrupuleusement : la signature, la date, le nom du médecin, le prénom, le spécialiste quand il s’agit de produits chers. Il y a beaucoup d’éléments qui font penser qu’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise ordonnance", explique un pharmacien.

Afin de stopper au plus vite cette dérive, un médecin pourra dès cette année utiliser la prescription électronique, qui sera récupérée directement par le pharmacien, de sorte qu’il n’y aura plus de falsification possible dans le circuit. Pour les fraudeurs, la loi prévoit des peines de six mois à sept ans de prison, et en cas de condamnation le remboursement du préjudice causé à l’Assurance maladie.


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