Près d'un tiers des défibrillateurs cardiaques mis à disposition du public en France sont hors service.
C'est une société en charge de leur entretien qui vient de le constater en menant une vaste inspection.
Un constat d’autant plus inquiétant que ces appareils ont vocation à sauver des vies.

"Avant les défibrillateurs, le taux de survie des arrêts cardiaques était à 2%. Depuis qu’on les utilise, on est monté à 8%", indique à TF1, dans le reportage du JT à voir dans la vidéo en tête de cet article, Bruno Thomas-Lamotte, président de l'Arlod (Association pour le recensement et la localisation des défibrillateurs). Ce mercredi 29 mai, France Info révèle l’alarmant constat dressé par l'entreprise Matecir Defibril : près d’un tiers des 500.000 défibrillateurs cardiaques installés dans l’espace public depuis 2018 sont hors service. En outre, selon l’audit mené par cette société de maintenance, 60% des appareils présentent "une anomalie pouvant entraîner un dysfonctionnement".

Une histoire parlante pour traduire ces chiffres : la mésaventure d’Yves Gille, maire (SE) de Brimeux (Pas-de-Calais), victime d’un arrêt cardiaque l’an dernier. Les témoins de la scène s’étaient alors immédiatement saisis du défibrillateur le plus proche… "Quand ils l’ont allumé, le message dessus disait ‘défaut batterie’, rembobine-t-il face à notre caméra. Là, tout le monde s’est regardé, en trouvant incroyable qu’il ne fonctionne pas. Puis deux personnes sont parties en trombe pour en chercher un autre. C’est lui qui m’aura sauvé quelques minutes plus tard."

Selon le ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, chaque année, entre 40.000 et 50.000 personnes sont victimes d'une mort subite, faute d'avoir bénéficié de l'aide d'une personne qui aurait pu leur sauver la vie en pratiquant les gestes de premiers secours à l’aide d’un défibrillateur. Et, en cas d’arrêt cardiaque, "chaque minute qui passe, c’est 10% de chances en moins de s’en sortir", a souligné, sur les ondes de France Info, Marc Noizet, président de Samu-Urgences de France.

Il est pourtant possible de voir à l’œil nu si l’un de ces appareils est en état de marche. "Il y a une petite coche verte pour indiquer qu’il est opérationnel et que tout va bien, montre à TF1 Nicolas Dagostino, directeur général de Matecir Defibril. Si elle est allumée, ça veut dire que la batterie et les électrodes sont connectées." Depuis 2007, la loi oblige tous les établissements recevant du public à en installer un. En revanche, aucune sanction n’existe lorsque les exploitants ne s’assurent pas de leur bon fonctionnement. Et c’est bien là que le bât blesse.

Il s’agit de changer régulièrement les piles de la batterie et les électrodes, donc, mais aussi de vérifier que la colle des patchs autocollants à fixer sur la peau, indispensable pour transmettre l’impulsion électrique, ne soit pas périmée. Un entretien que l’Arlod et de nombreux professionnels de santé voudraient voir, lui aussi, inscrit dans la loi, sur le modèle des inspections obligatoires pour les extincteurs. En 2024, un défibrillateur n’est présent que "dans 10 à 15%" des situations d’urgence, estime le président de Samu-Urgences de France. Alors que, selon CardiacPro, une entreprise spécialisée dans la vente de défibrillateurs, un arrêt cardiaque sur quatre, en France, survient dans un lieu public.


Hamza HIZZIR | Reportage TF1 Elise Coussemacq, Julien Garrel, Marion Fiat

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