VIDÉO - "On se sent abandonnés" : face au manque de soignants, des habitants de la Drôme recourent au système D

par V. F | Reportage TF1 : Gaëlle Charnay et Quincy Russell
Publié le 13 février 2024 à 9h00

Source : JT 20h Semaine

Les infirmiers libéraux sont en grève jusqu'à ce mardi pour réclamer une meilleure reconnaissance de leur travail.
Les tarifs de leurs actes n'ont pas été revalorisés depuis 15 ans, alors certains renoncent à desservir des villages isolés.
Comme dans la Drôme où les habitants, laissés dans le désarroi le plus total, doivent trouver des solutions.

À Villebois-les-Pins, les 250 habitants se sentent abandonnés. Car dans cette vallée aux confins de la Drôme et des Hautes-Alpes, les soignants n'y vont plus. Malgré de nombreuses tentatives, Chantal a ainsi toutes les peines du monde à faire pratiquer des injections pour soigner le cancer de son mari. Elle a appelé toutes les infirmières disponibles, sans succès. "Quand j'avais un répondeur, on me rappelait pas. Ou on me dit : 'je suis surbookée', 'c'est pas ma vallée', 'c'est pas mon secteur'", confie-t-elle dans le reportage de TF1 en tête de cet article. Alors, elle a pris son courage à deux mains et s'est transformée en soignante. "J'attendais la goutte de sang comme ça j'étais sûre que la prise de sang était bien faite. C'est pas mon boulot, mais c'est mon mari, donc je l'ai fait", admet-elle. 

Vous avez perdu 50 minutes pour faire une prise de sang et vous avez gagné net dans votre poche 4,40 euros.
Sylvie Lafon, infirmière à Rosans (Hautes-Alpes)

Une situation qui met en colère Jacques, son mari. "C'est quelqu'un de qualifié qui aurait dû le faire parce que s'il y a un problème, c'est Chantal qui va l'endosser. Alors, vous vous sentez totalement abandonnés", s'insurge-t-il. Dans le village voisin, même situation ubuesque. Marguerite, 84 ans, n'a pas reçu la visite d'un soignant depuis un an. Sa toilette, elle l'a faite toute seule avec les moyens du bord. Elle enfile une lingette sur une tapette à mouches et se lave comme ça pour pouvoir atteindre toutes les parties de son corps. Une technique digne d'un contorsionniste. "Mais comment faire ?", interroge la vieille dame en pleurant. Quant aux pansements, c'est son entourage qui s'en charge. 

Les infirmières du secteur expliquent dans un courrier avoir trop de travail. Résultat, Marguerite "est obligée de faire signer des décharges aux personnes qui lui font ses soins", explique Marianne Roux, la maire de Villebois-les-Pins. Alors pourquoi ces infirmières ne viennent-elles plus ? L'une d'entre elles, Sylvie Lafon, basée à Rosans (Hautes-Alpes) a accepté de répondre à cette question. Sa tournée, c'est cinq heures par jour sur les routes et une prise en charge des kilomètres par l'Assurance maladie qui n'a pas varié depuis quinze ans. "À l'époque, le gasoil était à 1 euro", dit-elle. 

La vallée est à 25 kilomètres de son cabinet, alors il faut faire des choix, dit-elle. "Ça fait 50 km aller-retour. Vous avez perdu 50 minutes pour faire une prise de sang et vous avez gagné net dans votre poche 4,40 euros", déclare-t-elle, avant d'ajouter : "On dégrade la qualité des soins, c'est notre seul moyen d'action". Mais cette infirmière a-t-elle le droit de refuser ces soins ? Le JT de TF1 a posé la question à l'Assurance maladie. Pour seule réponse, un courriel qui explique qu'il n'y a pas de problèmes. "Le nombre d'infirmiers dans la Drôme est nettement supérieur à la moyenne nationale", peut-on lire.

Pourtant, dans ce département, la désertification touche tous les secteurs de la santé : il faut compter 40 minutes de route pour trouver un médecin. Quant aux hôpitaux, celui de Gap est à 1H15 et celui de Valence à 2H30. Et pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste ou un dentiste, les nouveaux patients sont exclus. Quant aux listes d'attente, elles sont interminables. 

Les habitants sont-ils alors en danger ? Les maires de la vallée en sont convaincus. Depuis des mois, ils alertent les autorités sur ce qu'ils appellent "une zone blanche des soins". Ils se sont même formés aux premiers secours. "Il pourrait se passer un drame. Une piqure mal faite, un pansement mal fait, une infection, ça suffit", déplore Renée Maoui, la maire de Laborel (Drôme). 

Et quand les praticiens ne viennent plus, il faut trouver le moyen de faire le chemin. Les communes se sont donc cotisées pour créer un taxi des soins. Norbert sillonne la vallée cinq jours par semaine pour emmener dans les cabinets des villes les plus fragiles. "C'est bien au-delà du transport, c'est un lien qui se crée", avoue-t-il. Et grâce à l'action des maires, l'Agence régionale de santé a annoncé l'installation prochaine d'une infirmière. Les habitants attendent maintenant de la voir pour y croire. 


V. F | Reportage TF1 : Gaëlle Charnay et Quincy Russell

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