Exaspéré par les certificats médicaux qui l'empêchent de s'occuper d'autres patients, un médecin du Nord a décidé de passer à l'action.
Il témoigne auprès de TF1.

Inscription en crèche, pratique sportives, enfant malades... Les certificats médicaux "inutiles" prennent entre 1h30 et 2h par semaine aux médecins, selon les estimations d'un rapport sur la simplification administrative commandé en décembre dernier par l'Assurance maladie. À la suite des conclusions de cette mission, le ministre de la Santé François Braun s'est engagé début février "à clarifier les règles" de cette paperasse inutile "avant la fin du premier semestre 2023". 

En attendant, Michaël Rochoy, médecin à Outreau (Pas-de-Calais), que le JT de TF1 rencontre dans la vidéo ci-dessus, a décidé de s'inspirer de ses voisins belges pour exprimer sa lassitude contre ces attestations absurdes ou simplement discutables réclamées par les patients à longueur de consultations. Désormais, à l'aide d'un tampon, il appose sur lesdites attestations un cachet avec un crocodile bleu et ces deux mots : "certificats absurdes". Le mouvement vient des Pays-Bas et de Flandre, où l’animal est devenu le symbole d’une bureaucratie inutilement compliquée.

Un accès aux soins altéré

"Le fond du problème, c'est que ça altère l'accès aux soins, et les patients qui ont vraiment besoin des créneaux ne les ont parfois pas parce que ces créneaux vont être occupés par des demandes qui ne sont pas forcément d'ordre médical, mais d'ordre administratif. C'est très agaçant et c'est ça qu'il faudrait pouvoir changer", explique le généraliste, dénonçant des certificats pour arrêt de travail court ou enfant malade qui lui prennent trop de temps. 

D’autres sont plus farfelus, comme ce patient qui souhaite suivre une formation de sapeur-pompier. Le médecin doit vérifier certaines aptitudes, comme "des exercices pratiques d'extinction sur un feu réel", "monter sur une échelle de maximum 2 mètres", ou encore "évacuer d'urgence une victime potentielle", détaille-t-il. "C'est quelque chose qu'on est censé pouvoir vérifier au cabinet médical et c'est compliqué parce qu'on n'a pas forcément des échelles de deux mètres ou n'a pas forcément envie de mettre le feu au cabinet pour vérifier que le patient puisse l'éteindre lui-même", ironise Michaël Rochoy. 

La loi a changé

Ce médecin dénonce aussi les certificats pour pratiquer une activité sportive encore trop systématiques. Car depuis plus de deux ans, la loi a changé. Exemple dans un club de basket de Hellemmes (Nord) où les majeurs doivent désormais voir leur médecin tous les trois ans. Tandis que pour les mineurs, ce n’est plus obligatoire. Il suffit de remplir un questionnaire de santé et ça, certains parents le découvrent. "Je n'étais pas au courant", confirme un père de famille. En revanche, une réponse positive sur ce questionnaire entraîne une visite médicale. 

Malgré cette simplification, quelques-uns défendent toujours la consultation annuelle. "Sur des sports qui sont très intensifs au niveau cardiaque, ce n'est peut-être pas inutile non plus d'aller voir son médecin", estime un licencié. Quant au président du Hellemmes-Lille Foyer Cheminots Basket (HLFCB), Hillel Hercberg, il recommande aux parents d'aller voir un médecin "parce que c'est bien d'avoir un suivi régulier des enfants s'il y a une scoliose qui s'installe ou autre".

De son côté, le docteur Rochoy continue son combat. Il a même lancé un site Internet qui compile plusieurs exemples de certificats absurdes. Par ailleurs, le site service-public.fr va mettre en place d'ici à l'été une section spécialisée pour regrouper toutes les informations actualisées sur les demandes de certificats médicaux dans les crèches, écoles, fédérations sportives, par les employeurs. Autre mesure annoncée par le ministère : l'Assurance maladie devra mettre en place "une solution fiable de transmission dématérialisée des pièces justificatives" par les médecins "avant la fin de 2023".


Virginie FAUROUX Reportage TF1 Vincent Lamhaut, Thierry Chartier

Tout
TF1 Info