Le 13H

Respirateurs Philips défectueux : les autorités sanitaires haussent le ton

Léa Tintillier avec AFP | Reportage TF1 : Mathilde Verron, Joséphine Devambez et Fabrice Maillard
Publié le 9 février 2022 à 14h34
Respirateurs Philips défectueux : les autorités sanitaires haussent le ton

Source : Capture TF1

Des respirateurs Philips, principalement utilisés contre l’apnée du sommeil, sont suspectés d’être cancérigènes.
Quelque 370.000 appareils défectueux seraient utilisés par des patients en France.
Les autorités sanitaires pressent le groupe d'accélérer le remplacement des machines.

Certains appareils respiratoires Philips peuvent-ils être cancérigènes ? La question n'est pas tranchée, mais elle est prise au sérieux par les autorités sanitaires françaises, qui font pression sur le géant industriel pour accélérer le remplacement de modèles défectueux, tout en se montrant rassurantes envers les utilisateurs. 

L’été dernier, le groupe néerlandais avait annoncé qu’il rappelait dans le monde plusieurs modèles d’appareils destinés à aider les patients à mieux respirer, notamment utilisés contre l’apnée du sommeil. Quelque 370.000 appareils respiratoires seraient concernés en France – 1,5 million en Europe –, susceptibles de créer certains problèmes de santé. En cause, des particules de mousse insonorisante présentes dans les respirateurs qui s’échappent et peuvent être inhalées ou ingérées par le patient. De nombreuses personnes se sont déjà plaint de toux ou de maux de tête.  

Mais surtout, Philips a évoqué un risque "potentiel" de cancers à long terme, même si celui-ci n’est pas avéré. Lors de cette découverte, au printemps 2021, le groupe avait promis de remplacer tous les appareils. Mais plus de six mois après, seuls 7% ont, à ce jour, été repris, a constaté l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). 

"Ma première réaction, c'est de la colère"

Elisabeth Mesguich dort avec l'un de ces respirateurs pour son apnée du sommeil. C'est en lisant la presse qu'elle a appris qu'il était potentiellement dangereux pour sa santé. "Ma première réaction, c'est de la colère parce que je trouve inadmissible qu'on laisse les patients pendant des mois et des mois sans information sur un danger potentiel. C'est la moindre des choses. Cet appareil, je l'assimile à un médicament", affirme-t-elle dans le reportage de TF1 en tête de cet article. 

Désormais, l’ANSM veut utiliser la manière forte contre Philips, dont les comptes ont par ailleurs déjà lourdement souffert de cette affaire, avec une provision de plusieurs centaines de millions d’euros pour faire face au manque à gagner potentiel. Dans les prochains jours, l’ANSM va donc engager une "décision de police sanitaire". Cela veut dire que Philips s’exposera à des poursuites pénales s’il ne respecte pas le calendrier imposé par l’autorité. 

L’ANSM exige en premier lieu que trois quarts des appareils soient remplacés d’ici fin juin. Elle veut aussi que Philips engage une étude précise des risques représentés par ses appareils, notamment ceux de cancer. Car ces derniers n’étant pour l’heure que théoriques, cela met les autorités sanitaires dans une situation délicate. D’un côté, elles sont incitées à agir vite face à l’inquiétude des associations de patients. Des personnes, atteintes de cancer après avoir utilisé ces appareils, ont témoigné dans des médias, même s’il est pour l’heure impossible d’établir un lien de cause à effet. 

"Arrêter l'utilisation d'un appareil, on connaît les risques, d'infection cardio-vasculaire, des risques d'accident au volant et d'un autre côté, le risque de cancer est vraiment un risque potentiel

Caroline Semaille, directrice adjointe de l’ANSM

Mais les autorités tiennent également à éviter un vent de panique contre-productif qui pousserait les patients concernés à se débarrasser en catastrophe de leurs respirateurs. "Arrêter l'utilisation d'un appareil, on connaît les risques, d'infection cardio-vasculaire, des risques d'accident au volant, et d'un autre côté, le risque de cancer est vraiment un risque potentiel", souligne auprès de TF1 Caroline Semaille, directrice adjointe de l’ANSM. 

Les données actuellement disponibles sont plutôt rassurantes quant au risque de cancer. Une étude a été effectuée au Canada sur un groupe de patients atteints d’apnée du sommeil. "Pour l’instant, les résultats ne montrent pas de surrisque", a rapporté Caroline Semaille.  

L’ANSM souhaite toutefois disposer de ses propres éléments et envisage de lancer une étude en France à partir des données de l’Assurance maladie. Elle enquête déjà sur cinq cas de cancers en France. Un comité d’experts sera aussi chargé d’évaluer le dossier. Selon les estimations du groupe Philips, "l’intégralité des appareils concernés devraient être remplacés avant la fin de l’année 2022."


Léa Tintillier avec AFP | Reportage TF1 : Mathilde Verron, Joséphine Devambez et Fabrice Maillard

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