Sommeil : plongez dans les bras de morphée

Sommeil : un spécialiste vous livre les secrets d'une sieste réussie

Frédéric Senneville | Reportage TF1 : Michel Izard, Erinna Fourny
Publié le 22 juillet 2022 à 11h00, mis à jour le 22 juillet 2022 à 17h21
JT Perso

Source : JT 13h WE

Les Français la redécouvrent chaque année lors des vacances.
Plébiscitée par ses adeptes et par les experts du sommeil, la sieste reste pourtant largement associée au farniente.
Le docteur Philippe Beaulieu, somnologue, nous explique l'art d'une sieste idéale, et les bienfaits qu'on peut en attendre.

La place de la sieste en France reste ambigüe. Si le sud du pays, comme l'ensemble des voisins de la Méditerranée, la pratiquent depuis longtemps, elle reste frappée d'une forme de suspicion dans le nord du pays, et peine à se faire une place dans notre agenda quotidien. On l'associe au bonheur le temps des vacances, puis on l'écarte jusqu'à l'année suivante. Elle est pourtant plébiscitée pour ses vertus par ses adeptes, comme par le corps médical : cette déconnexion dans la journée présente en effet de nombreux avantages, si elle est pratiquée dans les règles de l'art.

"Malheureusement, le problème, c'est que la sieste est largement empêchée par le rythme social", constate le docteur Beaulieu, spécialiste du sommeil. "Pour les jeunes, la sieste n’est pas autorisée par l’école, ni pour les plus âgés par le monde du travail". Or, ce rythme imposé par l'école ou par l'entreprise, n'est pas celui de notre biologie. "Il est prévu par notre programme génétique", poursuit le somnologue, "un creux semi-circadien, où il serait normal de prendre un temps de récupération". La sieste en tire d'ailleurs son nom. Venu de l'espagnol "siesta", qui le tirait du latin "sexta", il désignait originellement la sixième heure du jour - soit midi -, la plus propice au repos.

La sieste est prévue par notre rythme biologique

C’est un petit creux dans le cycle de l’éveil d’une journée, situé juste après le repas, et "la logique voudrait que l’on respecte ce moment". C'est l'inverse qui se produit, parfois jusqu'à l'absurde, note le docteur Beaulieu : "Vous pouvez avoir un cours de maths juste après la cantine, ou la réunion la plus importante d’une entreprise à 14h, c'est-à-dire pile au moment où l’horloge biologique a prévu de la récupération"

Quand on a sommeil, il n'y a rien de mieux, il faut écouter la nature

Marcel Duplan

Dans le reportage de TF1 en tête de cet article, le journaliste Michel Izard avait sillonné Uzès (Gard) et son arrière-pays l'été dernier, à la rencontre de ceux pour qui la sieste est au cœur de l'art de vivre. Après le déjeuner, en fermant les volets, quand les rues de la ville sont écrasées de soleil, comme cette dame qui avoue à notre équipe partir "faire dodo, comme tous les jours". Ou sur un coin de table pour une poignée de minutes, comme Marcel Duplan, qui à 99 ans fait une sieste quotidienne. "Quand on a sommeil, il n'y a rien de mieux, il faut écouter la nature", plaide-t-il. Le vieil homme rêve de pêche ou de chasse, goûte à des plaisirs enfuis, puis s'éveille heureux.

Question de timing et de durée

Ce repos court, qu'on appelle "sieste-flash", ou "sieste-parking" de nos jours, Marcel l'a pratiqué toute sa vie, même lorsqu'il travaillait encore. Et les scientifiques en valident désormais les bienfaits. Car la sieste est d'abord une affaire de timing : l'heure à laquelle on la fait, et pour combien de temps, sont cruciaux. "La sieste, c’est un médicament par la récupération" compare le docteur Beaulieu, "et comme telle, elle a ses précautions d’emploi : il faut la faire au bon moment, et avec la bonne durée".

"Le bon moment, notre organisme nous l’indique", indique-t-il : "c’est cette petite sensation de somnolence après le déjeuner". Elle n’est d’ailleurs pas forcément liée au fait d’avoir beaucoup mangé ou beaucoup bu, car ce petit appel à la récupération aura lieu quelles que soient les quantités ingérées. 

La sieste parfaite doit durer entre 10 et 20 mn

Docteur Philippe Beaulieu

"La sieste parfaite doit durer entre 10 et 20 minutes", professe notre expert en sommeil. Au-delà, le risque est "de produire du sommeil long profond", surtout si on a trop peu ou mal dormi la nuit précédente. "Au réveil, vous subirez une 'inertie du sommeil', dont vous aurez du mal à vous extraire, et vous ne bénéficierez pas de l’effet de rafraîchissement et de redynamisation", que doit procurer une sieste. 

La technique de Marcel, assoupi sur le coin de sa table dans l'Uzège, est donc largement validée. Des siestes plus longues, par exemple d'environ 90 minutes - soit un cycle de sommeil- sont cependant conseillées aux personnes en "dette de sommeil", comme par exemple les travailleurs en horaires décalés.

La méthode de Salvador Dali

Philippe Beaulieu valide aussi la technique de Salvador Dali, qu'on lui soumet, et que Michel Izard met en pratique dans le reportage en tête d'article. L'artiste catalan avait coutume de s'asseoir sur un fauteuil, une clé à la main, pendant au-dessus d'un plateau de métal. Lorsque la main desserrait sa prise, au bout de quelques minutes d'assoupissement, la chute de la clé le réveillait. "Quand le relâchement musculaire est suffisant pour lâcher la clé", confirme notre somnologue, "c’est qu’on s’en va vers un état de sommeil trop profond, qui emmènerait vers un cycle non maîtrisé".

TF1

Le peintre surréaliste puisait de la matière aux portes des rêves, grâce à ces siestes éclair, pour nourrir son œuvre. La créativité est d'ailleurs mise en avant par les promoteurs du "napping", ces siestes courtes en entreprise qui auraient la vertu d'améliorer la productivité. Si l'approche médicale ne se préoccupe pas des mêmes "bénéfices" que le monde du travail, elle n'invalide pas ces conclusions. 

Pour Philippe Beaulieu, "se couper des stimulations extérieures va permettre de récupérer d’un début de fatigue physique, mais aussi relancer les capacités à la concentration et à la mémorisation". Si ce n'est pas une formule magique pour stimuler la créativité, c'est en tout cas le moyen de retrouver des capacités cognitives qui s'étiolent au fil de la journée. On ne deviendra donc pas Dali parce qu'on "sieste" comme le maître, mais on retrouvera au moins la plénitude de sa propre créativité.

Des espaces dédiés à la sieste au cœur des villesSource : JT 13h Semaine
JT Perso

Il n’y a pas de méthode à proprement parler pour se convertir à la sieste quand on n’a pas l’habitude de la pratiquer. Pour certaines personnes pour qui il n’est pas naturel de se détendre à la demande, "il leur faut suivre quelques petits trucs, agir sur la respiration par exemple, pour se diriger vers un moment de sieste". Les conditions d'une bonne sieste sont en revanche essentielles : "Il faut se poser dans un endroit tranquille, et laisser un peu de temps à la récupération de s’installer". Un peu de fraîcheur aussi, puisque la température du corps doit légèrement s'abaisser pour trouver le sommeil. Dormir à proprement parler n'est pas l'enjeu : "ce temps de relaxation, les yeux fermés, même si le sommeil ne vient pas, permet une certaine récupération".

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"Le plus difficile", conclut Philippe Beaulieu, "c’est de créer une habitude là où il n'y en avait pas", un moment avec ses rituels qu’il faut inventer. Le retour au quotidien, avec ses impératifs horaires, évacue souvent la bonne habitude de la sieste prise pendant les vacances, alors que c'est là qu'elle serait la plus utile. 


Frédéric Senneville | Reportage TF1 : Michel Izard, Erinna Fourny

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