Entre 2017 et 2022, 11% des ménages français ont été infestés par des punaises de lit, révèle une étude inédite de l'Anses sur ce nuisible et ses conséquences économiques et sociales.
"Un phénomène totalement indépendant du milieu social", mais les plus hauts revenus pourront plus facilement s'en débarrasser.
Pour cause, il faut débourser près de 900 euros par foyer pour éradiquer cet insecte coriace de son logement.

Réapparues depuis les années 1990, elles sont devenues en quelques décennies seulement le cauchemar de nombreux Français au quotidien. Les punaises de lit ont infesté plus d'un foyer sur dix dans le pays ces dernières années, peu importe leur niveau de revenus, souligne un épais rapport mercredi. Des nuisibles pas plus gros qu'un pépin de pomme, mais qui représentent un lourd fardeau sanitaire et économique. 

Ces petits insectes, qui se nourrissent la nuit, principalement de sang humain, se cachent le plus souvent dans les matelas et les sommiers et sont transportées dans les vêtements et les bagages. Après leur repas, les femelles fécondées pondent environ cinq œufs par jour dans un endroit abrité de la lumière, et ce tout au long de leur vie d'adulte. Disparues de la vie quotidienne dans les années 1950, les punaises de lit ont fait leur grand retour depuis une trentaine d'années dans de nombreux pays développés à la faveur de modes de vie de plus en plus nomades, de consommations favorisant l'achat de seconde main et d'une résistance croissante aux insecticides.

Entre 2017 et 2022, 11% des ménages français auraient été infestés, selon un sondage Ipsos réalisé en juillet dernier pour un groupe de travail mis en place par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Dans un rapport de près de 300 pages publié mercredi, l'Anses livre pour la première fois des données sur l'impact sanitaire mais aussi socio-économique de ces nuisibles. 

Tous égaux face au risque

L'étude souligne tout d'abord que contrairement à une idée reçue, la présence de punaises de lit chez soi ne traduit pas un manque de propreté. Tout le monde peut être victime d’une infestation à son domicile. "C'est un phénomène totalement indépendant du milieu social", insiste auprès de l'AFP Karine Fiore, adjointe à la direction des sciences sociales, économiques et sociétales à l’Anses. "Nous avons néanmoins pu identifier quelques facteurs qui favorisent les infestations : le fait de voyager ou de résider dans un logement partagé par exemple", précise-t-elle dans un communiqué de l'Agence

Le niveau de revenu joue toutefois un rôle déterminant dans la persistance de l'infestation, car la lutte pour s'en débarrasser peut s’avérer très coûteuse : 866 euros en moyenne par foyer, alloués à diverses mesures pour éradiquer les nuisibles, au premier rang desquelles nettoyage et traitements.

Au-delà de ces coûts, les victimes ont parfois peur d'être stigmatisées, ce qui peut les empêcher d’en parler et de mettre en place des actions rapides pour éviter la dispersion des punaises, souligne l'Anses. Pour y remédier, elle plaide pour la mise en place d'un mécanisme de déclaration obligatoire et l'accompagnement des particuliers par une prise en charge financière, a fortiori pour les ménages à faibles ressources.

1,4 milliard d'euros en six ans pour lutter contre les infestations

Selon l’Agence, le coût de la lutte à l’échelle nationale pour les seuls ménages français a atteint 1,4 milliard d’euros pour la période 2017-2022, soit 230 millions d’euros par an en moyenne. Pour les bailleurs sociaux, interrogés dans le cadre du rapport, le coût s'élevait en moyenne à 74.500 euros en 2021. Les logements étudiants (Cnous et Crous) ont, eux, estimé avoir consacré 700.000 euros à cette lutte la même année.

Quant au coût sanitaire, il a représenté 83 millions d’euros pour les Français en 2019. La majeure partie de cette enveloppe (79 millions d’euros) ont été déboursés pour palier à une baisse de la qualité de vie, aux troubles du sommeil et aux impacts sur la santé mentale. Vient ensuite un million d'euros lié aux arrêts de travail et trois millions d’euros environ au titre des soins physiques. Si les lésions cutanées sont les manifestations les plus fréquentes consécutives aux piqûres, l'infestation par les punaises de lit peut en effet entraîner différentes conséquences psychologiques voire psychiatriques (troubles du sommeil, anxiété, sentiment de panique, etc...), souligne le rapport.

"Toute politique visant à faire cesser la prolifération de l’infestation en France, aussi coûteuse soit-elle, doit être jugée à l’aune des bénéfices qui pourront en être retirés à terme", estime l'Anses. "Tout le monde peut être touché, il faut donc accompagner les foyers français pour se prémunir et lutter contre les punaises de lit", préconise ainsi Karine Fiore. 

En matière de lutte, l’Agence recommande de privilégier les méthodes non chimiques, puisque le recours à celles-ci "peut provoquer des intoxications, augmenter la résistance aux insecticides et donc réduire leur efficacité et, plus globalement, contribuer à polluer l’environnement", insiste-t-elle dans son communiqué. Elle plaide plutôt pour le traitement par la chaleur sèche ou la congélation, mais exhorte faire appel à des professionnels de la désinsectisation en cas de persistance de l’infestation, qui pourront eux recourir à des produits chimiques, mais "dont l’efficacité et les risques ont été évalués"


M.L (avec AFP)

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