Variole du singe : "Nous sommes face à une nouvelle pandémie", avertit le Pr Caumes sur LCI

Publié le 25 juillet 2022 à 12h30

Source : TF1 Info

Invité de LCI ce lundi, le Pr Éric Caumes, infectiologue, estime que la courbe des contaminations de la variole du singe en France est "inquiétante".
"Si nous ne faisons rien, cela va continuer à augmenter", met-il en garde sur LCI.

La septième vague de Covid-19 a beau s'estomper, la France n'en a pas fini avec les pandémies. Invité sur LCI ce lundi, le Pr Éric Caumes, infectiologue à l'hôpital Hôtel-Dieu (Paris), met en garde face à la hausse des cas de variole du singe dans le pays. "Nous avons affaire à une maladie émergente en dehors de son berceau africain", indique-t-il (voir vidéo en tête de cet article). "Nous sommes face à une nouvelle pandémie."

Face à cette situation, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché dimanche son plus haut niveau d'alerte : l'urgence de santé publique de portée internationale. "L'OMS alerte pour que les mesures de prévention soient adoptées", explique le Pr Caumes. "Car la courbe est inquiétante. En France, il y avait 500 cas début juillet. Actuellement, nous en sommes à 1500. En l'espace de quinze jours, les cas ont triplé."

"Si nous ne faisons rien, il n'y a aucune raison que l'augmentation des cas s'arrête"

Toutefois, la propagation reste limitée par rapport à celle du Covid-19, une maladie beaucoup plus mortelle - aucun décès de la variole du singe n'a jusqu'ici été recensé en Europe, la maladie guérissant généralement spontanément. "Le Covid-19, maladie respiratoire, est beaucoup plus contagieux qu'une maladie qui se transmet par voie sexuelle ou contact intime rapproché", détaille Éric Caumes. "C'est un facteur limitant. Mais il est évident que si nous ne faisons rien, cela va continuer à augmenter, il n'y a aucune raison que cela s'arrête."

Pour limiter la circulation du virus, des créneaux de vaccination contre la variole "classique" ont été ouverts aux contacts à risque, mais les doses restent limitées. Le Pr Caumes plaide surtout pour de la prévention et une bonne information. "98% des personnes atteintes de la variole du singe sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et à partenaires multiples", assure-t-il. "Dans 25% des cas, nous trouvons des maladies sexuellement transmissibles (MST) associées à la variole du singe. Il faut donc considérer cela comme une MST, sinon nous n'allons pas nous en sortir."

"Le sida ? La maladie n'est heureusement pas de la même gravité"

Pour l'heure, les autorités ne considèrent pas la variole du singe comme une MST, et l'OMS a mis en garde dimanche contre toute stigmatisation des malades, gardant à l'esprit le traitement discriminatoire infligé aux contaminés par le sida lors de l'émergence du virus. "Lorsque nous avions été confrontés au sida, puisque c'est globalement la même population dans laquelle la pandémie actuelle démarre, la communauté avait construit le 'safer sex'", rappelle le Pr Caumes.

"Il faut réapprendre les règles de la sexualité plus sûre", insiste l'infectiologue, qui précise que la létalité de la souche en circulation est estimée à 1% en Afrique. "Le premier conseil à donner, c'est de commencer à diminuer le nombre de partenaires sexuels", poursuit-il. "La communauté gay doit avant tout compter sur elle-même, comme à l'époque du sida. Et ce, même si la maladie n'est heureusement pas de la même gravité."


Idèr NABILI

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