Une étude sur les mouches nous en dit plus sur la perception de la mort par le cerveau

Publié le 14 juin 2023 à 17h27

Source : JT 20h WE

Pour une mouche, le fait de voir le cadavre d'une autre mouche a pour effet d'accélérer sa fin de vie, selon une étude.
Les scientifiques décrivent le mécanisme à l'origine de ce phénomène, déjà observé chez d'autres espèces.
Cela pourrait notamment servir à étudier les traumatismes chez l'humain.

Des scientifiques américains ont constaté que les mouches dépérissent et meurent prématurément lorsqu’elles aperçoivent la dépouille d’un congénère de la même espèce. Une vision qui modifie leur comportement ainsi que leur métabolisme.

En laboratoire, des spécimens de l'espèce Drosophila melanogaster qui ont servi de cobaye aux chercheurs ont commencé à se mettre davantage en retrait des autres. Les scientifiques ont aussi observé qu’elles perdaient de la graisse corporelle et que leur vieillissement s’accélérait de manière significative, comme l'explique le site américain ScienceAlert, relayant ces recherches qui viennent de paraître dans la revue Plos Biology.’ L'équipe, dirigée par les physiologistes Christi Gendron et Tuhin Chakraborty de l'Université du Michigan, y décrit en détail le mécanisme qui serait à l'origine de ce phénomène. 

En cause : deux types de neurones liés à la sérotonine

Ainsi, selon ces travaux, lorsque les mouches perçoivent des congénères morts, deux types de neurones liés à la sérotonine - un neurotransmetteur important qui envoie les signaux entre les cellules nerveuses - s'activent à l’intérieur de leur cerveau. Et cette activité accrue a pour conséquence d'accélérer le processus de vieillissement. Pour arriver cette conclusion, l'équipe a injecté une protéine fluorescente à des mouches vivantes avant de leur montrer des congénères morts. Puis, ils ont observé les parties du cerveau qui s'activaient chez des mouches en vie quand elles observaient les dépouilles de leurs camarades.

Ensuite, les scientifiques ont stimulé artificiellement des neurones dans ces régions du cerveau chez des mouches qui n'avaient pas vu de congénères morts. Ils ont pu identifier deux neurones - R4 et R5 - qui ont produit chez ces drosophiles un changement similaire, socialement et physiologiquement, que celui observé avec "la perception de la mort" chez les premiers cobayes. Au-delà de nous en apprendre plus sur la manière de limiter leur nuisance, ces recherches visent surtout à mieux comprendre l’impact que la perception de la mort a sur le cerveau, y compris chez l’être humain, même si celui des mouches est très différent du nôtre.

Selon les scientifiques, des recherches plus poussées après cette découverte pourraient aider à mieux traiter les traumatismes. "En contribuant à la compréhension des effets physiologiques de l'exposition à la mort et du mécanisme biologique qui en est à l'origine (...) nos résultats pourraient permettre de mieux traiter les personnes qui sont régulièrement exposées à des situations stressantes entourant la mort, y compris les soldats de combat actifs et les premiers intervenants", suggère, dans un communiqué, l'équipe de chercheurs. 


Matthieu DELACHARLERY

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