L'Agence spatiale européenne a dévoilé ce jeudi des clichés inédits du télescope spatial européen Euclid.
L'engin d'observation, en service depuis l'an dernier, va observer deux milliards de galaxies jusqu'en 2030.
Grâce aux données, les scientifiques espèrent être en mesure de percer le mystère de l'insaisissable matière noire.

Un vrai paparazzi ! La première moisson d'images scientifiques du cosmos prises par le télescope spatial Euclid a été dévoilé ce jeudi par l'Agence spatiale européenne (Esa). Après son arrivée dans l'espace en juillet dernier, l'engin d'observation avait livré en novembre un premier jeu d'images "stupéfiantes", selon les mots du directeur de l'Esa Josef Aschbacher. Cette fois, les clichés sont "scientifiquement exploitables", a souligné, auprès de l'AFP, Jean-Charles Cuillandre, astronome au Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et membre de la mission Euclid. Ces cinq images, produites avec la participation de l'astronome italien Giovanni Anselmi, fournissent de précieuses données sur pas moins de onze millions de sources célestes. 

En vedette, l'amas galactique Abell 2390, situé à environ 2,7 milliards d'années-lumière de la Terre. L'image d'Euclid, fruit de seulement trois heures d'observation, y a saisi plus de 50.000 galaxies (image ci-dessous). Au centre, des arcs lumineux signent la présence de matière noire, d'une masse telle qu'elle dévie la lumière de lointaines galaxies. La matière noire, une catégorie hypothétique de matière censée constituer le quart de l'énergie de l'Univers, est l'objet ultime de la quête d'Euclid. 

/ ESA/EUCLID/EUCLID CONSORTIUM/NASA / AFP

Justement, Abell 2390 dévoile une pâle lueur dans l'amas galactique. Cette source lumineuse provient d'étoiles éjectées dans les mouvements animant les galaxies, qui finissent par "créer une espèce de nuée qui entoure l'ensemble de l'amas", explique à l'AFP l'astronome Jean-Charles Cuillandre. Pour les astronomes, cette lumière agit comme une "trace" de la matière noire, qui tient ces étoiles solitaires dans ses filets gravitationnels.

Avec Abell 2764, l'observateur file à un milliard d'années-lumière de la Terre, vers une vaste étendue noire percée d'une étoile jaune. L'amas galactique et son halo de matière noire se niche dans le coin supérieur droit. Vu de près, il révèle que "tout le monde interagit avec tout le monde", avec des enveloppes stellaires étendues et des bras de galaxies tendus les uns vers les autres.

/ ESA/EUCLID/EUCLID CONSORTIUM/NASA / AFP

L'image (ci-dessus) du groupe de la Dorade, dans la constellation éponyme, illustre cette interaction avec deux galaxies elliptiques "pas très excitantes visuellement" certes, mais dont la relation passée s'expose dans les résidus de leurs bras spiraux qui se frôlent. La photo recèle une surprise. Une petite galaxie naine ronde, bien visible dans une vue de près, traversée par l'équivalent d'un collier de perles. "Je n'ai jamais vu ça", admet l'astronome. 

/ ESA/EUCLID/EUCLID CONSORTIUM/NASA / AFP

Avec la nébuleuse Messier 78 (en images ci-dessus et ci-dessous), Euclid plonge dans une pouponnière d'étoiles, où des nuages moléculaires, un mélange de gaz et de poussière, "s'écroulent sous leur propre poids". Typiquement, environ 10% de cette matière se trouve condensée en jeunes étoiles. Une jeunesse qui les rend "très actives, avec une production de vents stellaires qui vont repousser les nuages de la nébuleuse", détaille l'astronome auprès de l'AFP. 

/ ESA/EUCLID/EUCLID CONSORTIUM/NASA / AFP

En bas de la nébuleuse en revanche, on "commence à voir des choses qui s'ouvrent (...) avec des choses brillantes qui essaient de sortir", des étoiles prêtes à surgir après une gestation se comptant en millions d'années. Le télescope spatial Euclid a été en mesure de capturer la scène en une seule image (image ci-dessous) grâce à son large champ de vue. Contrairement au télescope spatial James Webb, qui voit moins large mais plus loin.

/ ESA/EUCLID/EUCLID CONSORTIUM/NASA / AFP

L'image ci-dessus donne un bon aperçu de ce zoom arrière. Euclid a capturé une vue saisissante de la grande galaxie spirale NGC 6744, qui se trouve à environ 25 millions d'années-lumière de la Terre, dans la constellation du Paon. Les données de l'image vont permettre aux astronomes de compter de cette galaxie semblable à la Voie lactée, mais aussi de cartographier leur distribution ainsi que les nuages de gaz où elles se forment.


M.D. avec AFP

Tout
TF1 Info