1er février : le jour où la navette Columbia explosa

Publié le 1 février 2023 à 9h00, mis à jour le 1 février 2023 à 9h21

Source : Sujet TF1 Info

Le 1er février 2003, la navette spatiale américaine Columbia explosa en plein vol, emportant avec elle ses sept membres d'équipage.
Cet accident acta le ralentissement des investissements de Washington dans le domaine du spatial.
Deux décennies se sont écoulées depuis, sans atténuer le souvenir de cet accident outre-Atlantique.

"Columbia, ici Houston (...) Nous n'avons pas capté le dernier (message)". Ces quelques mots sont les derniers reçus par la navette spatiale Columbia. "Bien reçu, mm...", tente alors de répondre le commandant de bord, avant que l'appareil ne se désintègre dans l'atmosphère terrestre, quelque part au-dessus du Texas. Nous sommes le 1er février 2003 : à son retour après une mission de 16 jours dans l'espace, Columbia explose soudainement. Ses sept membres d'équipages, six Américains et un Israélien, perdent la vie dans cette catastrophe. Vingt ans après jour pour jour, TF1info revient sur les coulisses de cet accident. 

Le drame s'est joué en à peine quelques minutes

Il est presque 9h sur la côte est des États-Unis lorsque l'engin s'apprête à faire son retour sur la planète bleue. Il s'approche à plus de 21.000 km/h. Jusqu'ici, tout va bien. "C'est orange vif, jaune, tout autour du nez" de la navette, commente l'un des astronautes lors d'une courte séquence immortalisée sur une cassette vidéo, retrouvée plus tard parmi les débris. Les images se troublent puis virent au noir quatre minutes avant que le centre de contrôle de la mission à Houston (Texas) ne décèle les premiers problèmes d'instrumentation de Columbia. Tout s'accélère. Les astronautes ont juste le temps de réaliser l'existence d'un problème, avant de perdre connaissance sous l'effet de la dépressurisation de la cabine. Quelques secondes plus tard, le bolide se désagrège dans une pluie de métal incandescent. Jusqu'à ce jour, il s'agit du dernier accident spatial mortel, survenu 17 ans après l'explosion de la navette américaine Challenger (en 1986).

La Nasa au cœur de la tourmente

Cette tragédie bouleverse une opinion américaine déjà à fleur de peau. Une enquête très poussée est lancée par les autorités pour faire la lumière sur ses circonstances. Sept mois plus tard, les 13 enquêteurs du Conseil d'enquête (CAIB) pointent, dans leur rapport de 250 pages, la responsabilité de la Nasa et des pouvoirs en place. 

Mise en service en 1981, Columbia s'est envolée mi-janvier 2003 de Cap Canaveral pour son 28e vol, une mission scientifique en orbite. Les investigations identifient rapidement la cause principale de la défaillance critique : 81,7 secondes après le décollage, un morceau d'isolant - une mousse d’isolation thermique - se détache du réservoir principal et vient percuter le bord de l'aile gauche. Le fragment ne pèse qu'une centaine de grammes mais le choc, à une vitesse relative de plusieurs centaines de kilomètres à l'heure, endommage le système de protection thermique. Sans conséquence dans un premier temps. 

Malgré les demandes répétées d'inspection de la part de techniciens, le calendrier est maintenu en l'état. C'est pourtant cette même brèche qui, quelques jours plus tard, laisse pénétrer les gaz très chauds (plus de 1000 degrés) générés par la friction de la navette avec les couches supérieures de l'atmosphère. Une interaction qui entraîne la fonte puis la casse de la structure en aluminium de l'aile gauche. Avec les conséquences que l'on connaît. 

Les pratiques de gestion régissant le programme de la navette spatiale sont, tout autant, une cause de l'accident
Rapport d'enquête

Malgré tout, les enquêteurs en sont convaincus, "les pratiques de gestion régissant le programme de la navette spatiale (Columbia) sont tout autant une cause de l'accident que l'isolant qui a frappé l'aile gauche". Ils pointent les "causes organisationnelles", "ancrées dans l'histoire et la culture" de la Nasa. Si le rapport fustige la tendance à ne pas respecter certaines procédures de sécurité et, de manière générale, à se reposer sur des succès passés, ce sont les autorités dans leur ensemble qui sont visées. Les auteurs dénoncent ainsi "les ressources limitées, les priorités fluctuantes, les pressions au lancement". Il faut dire que les années précédant l'explosion, les coupes budgétaires en matière spatiale se sont succédé. Avec à la clé, déjà, de nombreuses mises en garde. Mais le constat le plus accablant de ces conclusions reste le fait qu'une opération de sauvetage de l'équipage aurait pu être tenté.

Point de départ du désengagement américain dans l'espace

L'explosion de la navette Columbia reste dans les mémoires car elle constitue un tournant dans l'histoire spatiale américaine récente. Elle accélère ainsi la fin du programme des navettes spatiales, même s'il continue de vivoter quelques années encore, avec un dernier vol d'Atlantis en 2011. 

Constitués d'un avion spatial emportant équipage et satellites, de deux accélérateurs à poudre et d'un réservoir externe, ces appareils sont récupérables, un exploit pour l'époque. Cinq verront le jour : Columbia donc, Challenger, Discovery, Atlantis et Endeavour. Toutefois, la survenance de deux des plus gros accidents spatiaux de l'Histoire à leur bord aura été de trop pour la poursuite de ce projet ambitieux.

Pendant près de 10 ans, jusqu'en 2020 et la reprise des vols avec la société privée SpaceX, Washington est ainsi devenu dépendant de la Russie - et de ses vaisseaux Soyouz - pour effectuer les allers-retours vers et en provenance de la Station spatiale internationale (ISS). 


Maxence GEVIN

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