Espace : à quoi doit servir le télescope James Webb, 100 fois plus puissant que Hubble ?

Thomas Deszpot
Publié le 25 décembre 2021 à 11h50
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Source : JT 20h WE

NOUVEAUX HORIZONS - Plusieurs fois repoussé, le lancement du télescope James Webb est désormais imminent. Un moment attendu avec impatience par les scientifiques et qui devrait faire évoluer nos connaissances sur la genèse de l'univers.

Pour le télescope spatial James Webb (JWST), l'heure de l'envol est enfin arrivée. Sauf caprices de dernière minute de la météo, il décolle en effet ce samedi pour rejoindre son poste d'observation, à 1,5 million de km de la Terre. Les yeux des astronomes seront tournés vers la Guyane et le centre spatial de Kourou à la mi-journée, afin d'observer le décollage de la fusée Ariane 5. C'est elle qui propulsera le télescope, digne héritier du fameux Hubble. Une petite révolution qui ouvre de nouveaux horizons à la science.

Un voyage dans le temps

Le télescope JWST doit permettre, si son lancement et son déploiement se déroulent sans encombre, de remonter le temps, afin d'explorer les premières lueurs de l'aube cosmique, lorsque se sont formées les premières étoiles et galaxies à travers l'univers. En cela, il va constituer un digne successeur du télescope Hubble, dont le champ d'observation s'est toujours arrêté à au domaine de la lumière visible. Le James Webb, quant à lui, démultiplie les capacités d'exploration actuelles puisqu'il est en mesure de capter une longueur d'onde qui échappe à l’œil : l'infrarouge moyen.   

En astronomie, voir plus loin est toujours synonyme d'un voyage plus lointain dans le temps. Quand les particules de lumière du Soleil mettent huit minutes pour parvenir à un œil terrestre, la coupole de ce nouveau télescope doit permettre de capter la lumière émanant des premières galaxies, formées il y a plus de 13,4 milliards d'années. Des galaxies apparues dans un univers encore "jeune", moins de 400 millions d'années après le Big Bang. 

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L'astrophysicien suisse Pascal Oesch fait partie des scientifiques qui vont suivre avec attention les prouesses du JWST.  Et se réjouit d'avancer puisque le télescope "va fournir des images encore plus précises, avec une sensibilité 100 fois plus grande" à celle de Hubble, a-t-il confié à l'AFP. De quoi observer les débuts de l'univers "avec des détails extraordinaires". L'expert pressent que ce nouvel outil permettra de dévoiler "beaucoup, beaucoup plus de galaxies, mais beaucoup moins lumineuses". Et jusque-là inaccessibles à la science.

(Re)découvrir l'univers et comprendre ses mystères

Plus puissant télescope jamais envoyé dans l'espace, le James Webb aura coûté pas moins de 10 milliards de dollars. S'il va nous aider à remonter aux prémices de l'univers, ses missions seront multiples. Il pourra notamment nous permettre de redécouvrir des objets célestes proches de nous, tels que Jupiter, ses anneaux et ses lunes. Il doit aussi contribuer à l'étude des exoplanètes : la composition de leurs atmosphères, la température à leur surface ou bien encore leur densité. De quoi disposer également d'informations nouvelles sur la présence potentielle de molécules organiques, "ingrédients" pouvant conduire à l'apparition de la vie.

"Dire qu'il y a vingt ans, on ne connaissait presque pas d'exoplanètes et qu'on va bientôt savoir de quoi leurs atmosphères sont composées, c'est énorme", réagissait il y a peu auprès de l'AFP l'astrophysicien Pierre Ferruit. Coresponsable scientifique du JWST pour l'Agence spatiale européenne (ESA), il mise beaucoup sur les outils novateurs embarqués à bord du télescope, dont la puissance inégalée va démultiplier le champ des possibles pour les scientifiques.

Découvrez, en 3D, à quoi ressemblera le télescope James WebbSource : JT 20h WE
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Les observations du James Webb, si son lancement se déroule bien, doivent durer au minimum 5 ans. Et potentiellement davantage si aucun problème technique ou avarie n'est à déplorer. Situé dans une orbite bien trop éloignée de la Terre, il sera en effet impossible d'envisager des réparations du télescope dans l'espace. Grâce à lui, notre compréhension des trous noirs supermassifs pourrait également faire un bond en avant. Si la première image directe de ce phénomène hors norme remonte à 2019, nous les connaissons encore mal. Des mystères que le JWST pourraient bientôt éclairer, en particulier la manière dont ces derniers interagissent avec leur environnement.

Retardé à de multiples reprises, le télescope devait initialement être lancé en 2011. Dix ans plus tard, après de nouveaux allongements des délais en raison du Covid-19, c'est donc avec une immense impatience que les astronomes du monde entier guettent le lancement. Il leur faudra néanmoins attendre encore quelques mois pour entamer leurs recherches puisque le déploiement de JWST, replié tel un origami pour son lancement, ainsi que la mise en place effective de ses outils va demander quelques mois aux équipes de la Nasa et de l'ESA.


Thomas Deszpot

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