Espace : l'astéroïde percuté par un vaisseau de la Nasa a perdu 1 million de kilos

Publié le 2 mars 2023 à 17h20

Source : JT 13h Semaine

Rappelez-vous, en septembre dernier, la Nasa avait projeté un vaisseau spatial sur un astéroïde nommé Dimorphos.
Cette mission visait à tester notre capacité à dévier de sa trajectoire un rocher spatial potentiellement dangereux.
Cinq articles scientifiques, publiés dans la revue Nature, livrent aujourd’hui de nouveaux détails.

En septembre dernier, souvenez-vous, l'agence spatiale américaine a réussi à dévier de sa trajectoire un astéroïde aux dimensions d’une pyramide égyptienne, en projetant un vaisseau de la taille d'une voiture de golf contre sa surface à la vitesse de six kilomètres par seconde. 

Une mission test inédite et digne d'un roman de science-fiction, qui doit permettre à l'humanité d'apprendre à se protéger d'une éventuelle menace future. Un "pichenette" à la face du Cosmos décrite à l’époque par la Nasa comme un succès, mais dont des analyses plus fines étaient encore attendues. 

Cinq articles scientifiques, publiés dans la prestigieuse revue Nature ce jeudi 2 mars, livrent aujourd’hui de nouveaux détails sur la réussite de cette première mission de défense planétaire. D’après ces travaux de recherche, l’impact du vaisseau Dart sur la surface de Dimorphos - qui mesure 151 mètres de diamètre et tourne autour d’un autre astéroïde plus grand nommé Didymos - a eu pour effet de rétrécir sa période orbitale de plus de 33 minutes. 

Selon la chercheuse Carolyn Ernst, de l'université Johns Hopkins, le succès tient au fait que le vaisseau de la Nasa a touché "un point situé à environ 25 mètres du centre de l'astéroïde, maximisant ainsi la force de son impact"

Jim WATSON AFP

L’autre facteur est que de grandes quantités de débris de l'astéroïde ont été projetées vers l'extérieur lors de l'impact, poursuit cette spécialiste. À la suite du choc, l’astéroïde a été délesté d’une partie de sa masse, de l’ordre d’au moins un million de kilos (pour un "poids" total estimé à 4,3 milliards de kilos). Ces débris ont ensuite formé une queue qui s'étendait sur des dizaines de milliers de kilomètres derrière l'astéroïde. Selon les chercheurs, le changement de période orbitale de Dimorphos est dû principalement au recul de force généra par l’éjection de débris plutôt que par l’impact en lui-même, et ce dans un rapport de 1 à 4, selon les calculs des scientifiques. 

De quoi susciter l'enthousiasme des spécialistes. "Cela signifie que nous pouvons rapidement concevoir une mission pour dévier un astéroïde en cas de menace, et nous savons que cela a de très grandes chances d'être efficace", souligne l’astrologue et planétologue franco-américain Franck Marchis, de l’Institut Seti, à Mountain View, en Californie. "Si vous m'aviez demandé il y a trente ans : ‘Pouvons-nous être sûrs que nous ne serons pas anéantis par un astéroïde tueur géant dans une semaine ?’, j'aurais répondu par la négative’", complète Tom Statler, responsable du programme Dart au siège de la Nasa, à Washington. Désormais, "nous saurons quoi faire lorsqu'un nouvel astéroïde sera découvert", ajoute-t-il.

À l'horizon 2026, la sonde Hera de l’Agence spatiale européenne (Esa), qui doit décoller en 2024, ira observer de près Dimorphos pour évaluer directement sur place les conséquences de l'impact et calculer, pour la première fois, la masse réelle de l'astéroïde. À ce jour, quelque 30.000 objets de toutes tailles ont été catalogués dans les environs de la Terre (on les appelle des géocroiseurs, c'est-à-dire que leur orbite croise celle de notre planète). 

On en découvre 3000 nouveaux chaque année. Ceux d'un kilomètre et plus ont quasiment tous été repérés. Mais on estime que 40% des astéroïdes mesurant 140 mètres et plus - ceux capables de dévaster une région entière n'ont pas encore été identifiés. Très peu d'entre eux sont considérés comme potentiellement dangereux,  en tout cas pour les cent prochaines années.  


Matthieu DELACHARLERY

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