"On m’avait fait comprendre que ce serait compliqué" : Allan Petre, le nouveau Français de la Nasa, nous raconte son incroyable parcours

Publié le 5 décembre 2023 à 12h35, mis à jour le 7 décembre 2023 à 13h24

Source : TF1 Info

C'est l'histoire d'un jeune Français de 24 ans, natif de Seine-Saint-Denis, qui a gravi les échelons un à un pour réaliser son rêve d'intégrer la prestigieuse agence spatiale américaine.
Allan Petre a appris plus tôt cette année qu'il allait rejoindre la Nasa le 22 janvier prochain.
TF1info l'a contacté pour en savoir plus sur son parcours et ses ambitions futures.

Un petit "Frenchy" à la Nasa. À seulement 24 ans, un ingénieur français, natif de Seine-Saint-Denis, a décroché poste au sein de l’agence spatiale américaine. Originaire de la banlieue du 93, Allan Petre a appris en mars dernier qu’il allait intégrer le Jet Propulsary Laboratory (JPL) à Pasadena, en Californie. C’est entre les murs de cette succursale de la Nasa que des ingénieurs et des scientifiques de l’Institut de technologie de Californie (Caltech) élaborent et pilotent la plupart des missions spatiales américaines. 

Le Français, qui se destine à une carrière d’astronaute, rêve de marcher dans les pas de Thomas Pesquet. En attendant de rejoindre la Nasa, le 22 janvier prochain, Allan Petre se rend dans des collèges et des lycées de banlieue pour partager son expérience. Preuve qu'il est possible de réaliser ses rêves, lorsqu’on s’en donne les moyens, même quand on vient d’un milieu modeste. Depuis l’annonce de son arrivée au JPL, le Français a reçu de nombreux messages de félicitations sur les réseaux sociaux, y compris du président Emmanuel Macron. TF1info l’a contacté pour en savoir plus sur son parcours et ses ambitions.

Vous avez grandi dans le 93, qui est l’un des départements les plus pauvres de France. Pour autant, même s'il a fallu surmonter des obstacles, cela ne vous a pas empêché de réaliser votre rêve d'intégrer la Nasa. Pouvez-vous retracer votre parcours ? 

Allan Petre : J’ai été scolarisé en Seine-Saint-Denis de l’école primaire au collège et aussi une partie du lycée. Qu’on vive dans le 93 ou ailleurs, on suit tous le même programme. Ce qui change, c’est surtout le fait qu’on n’a pas forcément de figure sur qui se baser. Alors, c’est plus compliqué, forcément. Ne serait-ce que pour avoir accès aux informations et aussi connaître les étapes pour y arriver. Au lycée, j’avais parlé de mon projet professionnel à l’équipe pédagogique, mais on m’avait fait comprendre que ce serait compliqué. 

Par peur d’échouer, vous avez choisi une autre voie, avant de vous réorienter finalement...

Allan Petre : En effet, je me suis dirigé vers un DUT en Gestion des entreprises et des administrations, un peu par dépit. Mais à la fin de la première année, j’ai décidé d’arrêter pour faire un DUT en sciences de l’ingénieur. Je partais de chez moi le matin à 6h et je rentrais le soir chez moi à 20h. Le week-end, je travaillais comme vendeur dans une boutique pour financer mes études. Ce n'était pas de tout repos, mais j'étais extrêmement motivé. À la fin des deux ans, j’ai réussi à intégrer l’École nationale supérieure de mécanique et d’aérotechnique (ISAE-ENSMA). Là, j’ai opté pour l’alternance, car ça me permettait de financer mes études. J’ai décroché un contrat d’alternant chez ArianeGroup. On était 120 en lice. Lors de ma deuxième année, je suis parti en stage dans un laboratoire d’astrophysique, au sein de l’université de Floride, aux États-Unis. 

Ce que je dis aux élèves, c’est qu’il ne faut pas se mettre de barrières et que tout est possible, si on s’en donne les moyens.
Allan Petre

Comment fait-on pour que son CV soit repéré par les recruteurs de l'agence spatiale américaine ?

Allan Petre : Après l’obtention de mon diplôme d’ingénieur, j’ai envoyé un e-mail à une chercheuse qui travaille au JPL, dont les travaux m’intéressent. J’en ai profité pour lui demander des conseils. Et elle m’a ouvert des portes, en m’aidant pour déposer mon dossier de candidature. Pour postuler à la Nasa, il faut au minimum un bac + 4 ou un bac +5, avec un diplôme d’école d’ingénieur. La candidature se fait sur dossier. Ils regardent surtout les notes tout au long du cursus. S'il est retenu, ensuite, on passe une série d’entretiens. Mais je ne peux pas en dire beaucoup plus, car la Nasa m’a demandé de ne pas divulguer d’informations sur la manière dont se déroule le recrutement. 

Chaque semaine, vous vous rendez dans des collèges et des lycées pour partager votre expérience. Quand on croit en ses rêves, tout est possible ; c'est le message que vous souhaitez faire passer aux élèves ?

Allan Petre : Personne dans mon entourage ne travaille dans le domaine spatial. Mon père est technicien informatique et ma mère est agente territoriale. Quand on n’a pas de figure sur qui se baser, c’est plus compliqué, forcément. Ne serait-ce que pour avoir accès aux informations et connaître les étapes pour y arriver. Ce que je dis aux élèves, c’est qu’il ne faut pas se mettre de barrières et que tout est possible si on s’en donne les moyens.

Le déclic, c’était lors d’une sortie scolaire. L'école nous avait emmenés faire des observations avec des télescopes
Allan Petre

Le spatial vous fascine depuis votre plus jeune âge. Pour vous, quel a été le déclencheur ?

Allan Petre : Le déclic, c’était lors d’une sortie scolaire. L'école nous avait emmenés loin de la ville pour faire des observations avec des télescopes. J’avais trouvé ça incroyable ! Au collège, j’étais au club d’astronomie. Au cours de mon séjour aux États-Unis, j’ai eu la chance d’assister pour la première fois à un lancement, en Floride. C’était une fusée Falcon 9 de SpaceX. Ça reste un souvenir fabuleux. Le bruit des réacteurs, le sol qui tremble… C’est vraiment super impressionnant !

En quoi va consister votre travail au sein de l’agence spatiale américaine, concrètement ?

Allan Petre : Je vais intégrer le Jet Propulsary Laboratory (JPL), qui est l’un des dix centres de recherche spatiale qui travaille avec la Nasa. Je vais travailler à la préparation d’une mission qui s’appelle VERITAS, en tant qu’ingénieur spécialiste en mécaniques des fluides. C’est une mission d’exploration qui va consister à envoyer une sonde spatiale autour de Vénus à l’horizon 2031. Le but, c’est d’étudier l'atmosphère de cette planète et mieux comprendre ce qui rend ses conditions atmosphériques aussi infernales en comparaison à la Terre.

À ma connaissance, il y a une vingtaine de Français sur les 17.000 employés de la Nasa.
Allan Petre

Vous avez travaillé pendant deux ans en tant qu’alternant chez ArianeGroup, le leader européen des lancements spatiaux. Pourquoi avoir choisi la Nasa plutôt que l’agence spatiale européenne (Esa) ? 

Allan Petre : La Nasa, c’est l’agence spatiale par excellence. Si on aime le spatial, on est forcément fan de la Nasa. L’agence spatiale européenne a aussi des missions qui sont intéressantes, mais la Nasa reste la référence. Parce que c’est là qu’ont été échafaudées toutes les missions mythiques d’exploration spatiale. Le programme Apollo avec le premier pas de l’Homme sur la Lune, les rovers martiens, mais aussi les grands télescopes spatiaux, comme Hubble ou James Webb.

Ce n’est pas tous les jours qu’un Français rejoint la Nasa. Savez-vous combien travaillent actuellement à l’agence spatiale américaine ?

Allan Petre : À ma connaissance, il y a une vingtaine de Français sur les 17.000 employés de la Nasa. Mais je crois qu'ils ont tous été naturalisés américain. Pour ma part, je ne souhaite pas forcément m’installer là-bas. J’ai donc demandé un visa de travail d’une durée de six mois pour commencer. Idéalement, je souhaiterais revenir en France. En tant que Français, si je devais choisir, je préfèrerais exercer mon métier en Europe plutôt qu’aux États-Unis. La prochaine sélection pour intégrer le corps des astronautes de l’agence spatiale européenne aura lieu en 2030. Ça a lieu tous les dix ans et c’est très sélectif, mais c’est mon objectif.

Pour autant, n'a-t-on pas plus de chance de partir dans l’espace quand on travaille pour la Nasa que pour l'Esa ?

Allan Petre : Les Américains ont des capacités de vols habités, donc il y a effectivement un plus grand nombre de missions. Mais il y a aussi plus de candidats astronautes. Donc ce n’est pas forcément le cas. 


Matthieu DELACHARLERY

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