Objectif Lune : dans quel état se trouve "Moon Sniper", l'alunisseur japonais ?

par Maëlane LOAËC (avec AFP)
Publié le 20 janvier 2024 à 13h38

Source : TF1 Info

Une sonde japonaise a réussi à se poser sur le sol lunaire dans la nuit de samedi.
Mais l'appareil pourrait tomber à court d'électricité d'ici à quelques heures, à cause d'un problème de panneaux solaires.
En espérant que l'installation puisse à nouveau capter les rayons solaires, les équipes sont à pied d'œuvre pour collecter au plus vite les données de la mission.

Il est désormais rentré dans le club très fermé des grandes puissances à avoir réussi à se poser sur la Lune. Ce samedi, le Japon est devenu le cinquième pays à réussir un alunissage, mais l'euphorie pourrait être de courte durée. Si la communication avec la sonde inhabitée a bien été établie, l'appareil risque d'être bientôt à court d'énergie. En cause, un problème de panneaux solaires qui pourrait mettre l'engin hors service d'ici à quelques heures et l'empêcher d'atteindre tous ses objectifs. Le Premier ministre japonais Fumio Kishida lui-même a salué "une nouvelle très bienvenue", tout en se disant conscient que des "analyses détaillées" sur l'état des panneaux solaires étaient nécessaires. 

Une courte victoire ?

Après une descente haletante de 20 minutes, l'agence spatiale nippone Jaxa a annoncé que le module SLIM (Smart Lander for Investigating Moon), lancé il y a quatre mois vers l'astre lunaire, avait aluni à 0h20 samedi (vendredi 15h20 GMT, soit 16h20 à Paris) et que la communication avec lui avait été établie. La fin d'un long suspense : les journalistes qui ont suivi la retransmission en direct de l'alunissage ont dû attendre deux heures avant que l'arrivée de la sonde sur la Lune soit finalement bien confirmée, raconte le quotidien japonais The Japan Times

Mais l'appareil, surnommée Moon Sniper pour sa capacité à se poser avec précision, est alimenté en énergie par des panneaux solaires, qui ne sont pour l'heure pas en état de marche. L'engin ne s'appuie plus que sur une batterie, qui ne lui offre que "plusieurs heures" d'électricité, a averti Hitoshi Kuninaka, l'un des responsables de la Jaxa. Interrogé sur la performance de la mission lors d'une conférence de presse, il l'a évaluée à "60 points sur 100". "Nous avons à peine réussi le test", a-t-il soufflé. 

La Jaxa a précisé que si ces panneaux avaient fonctionné correctement, l'atterrisseur aurait pu marcher "plusieurs jours" encore avant que l'installation solaire ne soit endommagée par les températures à la surface de la Lune, qui peuvent grimper jusqu'à 100°C pendant le jour, lorsque le soleil est levé, explique The Japan Times. Mais l'espoir est encore permis : "il est peu probable que les panneaux solaires soient tombés en panne", a assuré Hitoshi Kuninaka, expliquant qu'"il est possible qu'ils ne soient pas orientés dans la direction initialement prévue". Les panneaux pourraient ainsi produire à nouveau de l'énergie lorsque l'angle du soleil aura changé, a relevé l'agence spatiale japonaise. 

Plusieurs problèmes pourraient potentiellement être à l'origine de ce souci de panneaux solaires, a expliqué à l'AFP Jonathan McDowell, astronome au Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics. "Un câble détaché, un câble connecté dans le mauvais sens, ou l'alunisseur peut être à l'envers et dans l'incapacité de voir le soleil pour une raison quelconque", a-t-il suggéré. Malgré tout, même si la précision de l'alunissage doit être confirmée, la mission reste selon lui "un grand succès".

Les données recueillies coûte que coûte

De fait, le reste de l'appareil est intact et la communication a pu débuter avec lui. "Si la descente n'avait pas réussi, la sonde se serait écrasée à une vitesse très élevée. Si tel était le cas, toutes ses fonctionnalités seraient perdues. Mais des données sont envoyées sur Terre", a insisté Hitoshi Kuninaka. En attendant une possible remise en route des panneaux solaires, l'équipe s'efforce de maximiser les résultats scientifiques de la mission en transmettant les données obtenues vers la planète bleue, avec l'énergie dont elle dispose. 

La Jaxa espère ainsi analyser les données acquises lors de l'alunissage, pour déterminer si l'engin a atteint son objectif de se poser à moins de 100 mètres de sa cible. SLIM a aluni dans un petit cratère de moins de 300 mètres de diamètre, appelé Shioli, d'où il devait mener au sol des analyses. À terme, la sonde doit permettre d'accélérer l'étude de la Lune et des autres planètes, à l'aide d'un "système d'exploration plus léger" et un positionnement plus précis, explique le site de l'agence spatiale nippone

SLIM emportait aussi deux mini-rovers, qui ont été largués normalement, a annoncé la Jaxa, dont une sonde sphérique baptisée SORA-Q, à peine plus grande qu'une balle de tennis, et capable de modifier sa forme pour se déplacer sur le sol lunaire. Elle a été développée par l'agence, en partenariat avec le géant japonais du jouet Takara Tomy.

Des missions périlleuses

Cette mission japonaise fait partie des nombreuses missions lunaires lancées récemment par des pays et entreprises privées. Mais jusqu'à présent, seuls les États-Unis, l'Union soviétique à l'époque, la Chine et plus récemment l'Inde ont réussi à se poser sur la Lune. La sonde Moon Sniper concentre d'autant plus les espoirs que les deux premières tentatives d'alunissage japonaises avaient mal tourné. En 2022, la sonde Omotenashi, embarquée à bord de la mission américaine Artémis 1, avait connu une défaillance fatale de ses batteries peu après son éjection dans l'espace. Quelques mois plus tard, en avril 2023, un alunisseur de la jeune entreprise privée japonaise ispace s'était quant à lui écrasé à la surface de la Lune, ayant raté l'étape de la descente en douceur.

Atteindre la Lune reste un immense défi technologique, même pour les grandes puissances spatiales : l'entreprise privée américaine Astrobotic, sous contrat avec la Nasa, a annoncé jeudi que son alunisseur Peregrine avait été volontairement détruit, probablement désintégré en rentrant dans l'atmosphère terrestre avant d'atteindre son objectif. La Nasa a aussi reporté de près d'un an les deux prochaines missions de son grand programme de retour sur la Lune, Artemis, à septembre 2025 et septembre 2026.


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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