Avec Artémis, l'Homme bientôt de retour sur la Lune

Handicap : bientôt un "parastronaute" européen dans l'espace ?

Matthieu DELACHARLERY (avec AFP)
Publié le 23 novembre 2022 à 14h18
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

L'Agence spatiale européenne va étudier la possibilité d'envoyer dans l'espace des personnes en situation de handicap.
Une étude de faisabilité sur l'accès des vols spatiaux aux "parastronautes" doit débuter en avril prochain en Allemagne.

Une première dans l'histoire de la conquête spatiale. L'agence spatiale européenne (ESA), dont les 22 États membres sont réunis à Paris, va donner la possibilité à des personnes en situation de handicap de devenir astronaute et voler en orbite. Les contours de ce projet, nommé "parastronaute", vont être présentés plus en détails ce mercredi par l'agence spatiale, qui dévoilera également, sitôt son budget adopté, les visages et les noms de sa nouvelle promotion d'astronautes, au nombre de six. Et peut-être aussi ceux des candidats sélectionnés pour participer à ce programme inédit.

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Ce projet ambitieux, initié par l'ESA, vise à mettre fin à une profonde injustice. Les personnes porteuses de handicap physique étaient jusqu'ici exclues des sélections pour devenir astronaute, réputées parmi les plus rudes. "Le projet parastronaute requiert un changement complet de philosophie" sur la notion d'aptitude médicale, un concept d'origine militaire destiné à sélectionner les pilotes de combat, explique à l'AFP Guillaume Weerts, médecin en chef des astronautes au sein de l'Agence spatiale européenne. 

Lors du lancement de sa campagne de recrutement, en février 2021, l'agence avait annoncé ouvrir les portes de l'espace à un ou plusieurs candidats porteurs d'un handicap au niveau des membres inférieurs (en raison d'une amputation où une malformation congénitale), et dont les noms pourraient être révélés mercredi. Sont également éligibles les personnes mesurant moins de 1,30 mètre ou ayant une asymétrie des jambes. Les aptitudes intellectuelles et psychologiques requises sont les mêmes que pour les autres astronautes. 

"Nous avons eu affaire à un super groupe de candidats et rencontré des personnes formidables", témoigne Guillaume Weerts, qui a participé aux différentes étapes de la sélection. Le processus a "démontré que le handicap n'était pas une limitation, nous y croyons vraiment". En parallèle, l'agence spatiale va lancer une "étude de faisabilité" sur l'envoi d'un "parastronaute" à bord d'un vol habité, pour un séjour dans la Station spatiale internationale (ISS) par exemple, qui débutera en avril prochain au Centre européen des astronautes à Cologne, en Allemagne. 

Un départ dans les dix prochaines années ?

Car, dans l'univers extrêmement précis des voyages spatiaux, même de petites modifications peuvent devenir extrêmement compliquées et coûteuses. Les systèmes existants sont par exemple conçus pour des personnes d'une certaine taille. Comment dès lors s'assurer "qu'une personne plus petite ait tout simplement accès aux boutons ?", s'interroge le responsable de l'Esa. L'agence prévoit donc de travailler avec les personnes sélectionnées pour trouver le meilleur moyen d'identifier et surmonter ces difficultés potentielles. 

Les premiers astronautes handicapés pourront-ils s'envoler rapidement pour l'orbite basse ? "L'espace n'est pas une activité pour gens pressés", répond Guillaume Weerts. Le calendrier est difficile à prévoir car "cela dépend vraiment de ce que nous allons rencontrer", souligne-t-il, précisant que beaucoup de travail restera à faire une fois les candidats sélectionnés. Mais, potentiellement, un astronaute handicapé pourrait être envoyé dans l'espace "potentiellement dans les dix prochaines années"

Si nous voulons vraiment explorer l'Univers, nous devons accepter qu'il ne peut pas être réservé à un groupe particulier d'individus

Kamran Mallick

Interrogé par l'AFP, le directeur général de l'organisation caritative britannique Disability Rights UK, Kamran Mallick, décrit ce projet comme "incroyablement enthousiasmant", étant donné que les personnes handicapées "sont exclues de tant de grandes choses que l'humanité réalise", se félicite-t-il. "Si nous voulons vraiment explorer l'Univers, nous devons accepter qu'il ne peut pas être réservé à un groupe particulier d'individus", a commenté pour sa part Kamran Mallick auprès de l'AFP, saluant la démarche de l'ESA de travailler avec les astronautes pour connaître leurs besoins.  

"Je suis en fauteuil roulant et c'est bien mieux quand les gens me demandent ce qui fonctionne pour moi, ce dont j'ai besoin, plutôt que de faire des suppositions sur ce que quelqu'un peut ou ne peut pas faire", a-t-il témoigné. Il se souvient d'avoir rêvé, adolescent, de devenir astronautes en regardant le lancement d'une navette spatiale. "Évidemment, on m'a rapidement rétorqué que cela ne se produirait pas : 'n'aspirez pas à devenir astronaute', me disait-on... Aujourd'hui, je regrette de n'avoir pas poursuivi mon rêve".


Matthieu DELACHARLERY (avec AFP)

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