La course spatiale s'accélère entre les grandes puissances, la Lune redevient un enjeu stratégique.
Le sol sélène renferme en grande quantité de l'hélium-3, un gaz léger non-radioactif, considéré par certains scientifiques comme l'énergie du futur.
Explications.

La conquête de l'espace reprend de plus belle. Près d'un demi-siècle après les derniers pas de l'Homme sur la Lune, le décollage d'Artemis 1, la première mission du programme de la Nasa de retour sur la Lune, est imminent (fixé à fin août). La Chine, de son côté, met plus que jamais le cap sur le satellite de la Terre, son agence spatiale ayant annoncé, début 2022, l'ambition de Pékin d'accéder au statut de "puissance spatiale" dans les cinq années à venir, envisageant notamment l'établissement d'une base lunaire.

Une compétition grandissante, à laquelle prennent part d'autres puissances, comme l'Union européenne, la Russie, l'Inde et plusieurs entreprises privées, braquant leur attention en particulier sur la Lune, qui redevient un enjeu stratégique pour l'exploitation de ses ressources. Au cœur des convoitises : l'hélium-3, un gaz léger non-radioactif, présent en grande quantité sur l'astre, présenté par certains scientifiques comme le "carburant de la Lune", qui serait l'énergie du futur. Explications.

Une énergie "abondante, décarbonée, et sans déchets nucléaires"

Si l'hélium-3 est présent en infime quantité sur Terre, il est abondant sur la Lune. "Depuis des milliards d’années, l’action des vents solaires a libéré des particules de haute énergie, dont l’hélium‑3 qui s’est accumulé sur la Lune par son absence d’atmosphère", écrit Florian Vidal, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri), dans un article publié en mai dernier sur le site de Polytechnique. Une "ressource renouvelable par définition", explique le chercheur, puisque "cet isotope se dépose régulièrement sur le sol sélène à travers l’activité constante du Soleil", ajoute-t-il. 

Et ce gaz suscite l'attention de la communauté scientifique depuis plusieurs années (un rapport de la Nasa le mentionnait dès 1988), en raison de son potentiel. Il a en effet la particularité d'être le carburant idéal pour la fusion nucléaire : un processus qui consiste à assembler deux noyaux atomiques légers pour produire des quantités considérables d’énergie, sans déchets radioactifs. "Une énergie abondante, décarbonée et sans déchets nucléaires", résume Florian Vidal, "d’autant plus que cet isotope est utile pour d’autres applications telles que la cryogénie, les ordinateurs quantiques et l’imagerie pulmonaire par IRM".

Gare à l'effet "Moonshine"

Jusqu'à présent, "il n'a pas été possible de créer la réaction de fusion à l'hélium avec une puissance de sortie nette", rappelle l'Agence spatiale européenne (ESA) sur son site, prévenant que "tout le monde n'est pas d'accord pour dire que l'hélium-3 produira une solution de fusion sûre". Outre les obstacles technologiques, économiques et politiques (il n'existe pas de traité international concernant l'exploitation minière sur la Lune) à cette ruée vers l'or spatial, certains experts, comme le physicien Frank Close, mettent en effet en garde contre un effet "Moonshine" (attirance pour la Lune, NDLR), souligne encore l'ESA. 

L'hypothèse d'une mise en place réussie d'une filière minière extraterrestre, impliquerait en outre que les moyens développés pour la mettre en place soient finalement moins rentables que le déploiement des ressources renouvelables sur Terre, explique encore Florian Vidal. Mis bout à bout, "le coût énergétique de l’hélium‑3 lunaire – de son extraction à son usage dans un réacteur à fusion nucléaire – en ferait, tout au plus, une contribution plutôt marginale à nos besoins énergétiques à long terme", estime le chercheur. Pas de quoi décourager la course spatiale, qui devrait se développer au cours de la prochaine décennie, alors que l'énergie apparaît plus que jamais comme un élément clé, en témoigne la crise du gaz en cours dans le contexte de la guerre en Ukraine. 


Sébastie MASTRANDREAS

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