ChatGPT, l'intelligence artificielle qui repousse les limites du possible : "Bluffant, même traumatisant en tant qu’humain"

Publié le 13 janvier 2023 à 13h43, mis à jour le 28 mars 2023 à 12h24

Source : JT 20h WE

Ce "robot conversationnel" développé par la startup californienne OpenAI, dopé à l’intelligence artificielle (IA), sait tout sur absolument tous les sujets.
En France, des étudiants l'ont même mis à contribution pour rédiger leurs copies.
TF1info a contacté le chercheur et spécialiste de l'IA, Jean-Gabriel Ganascia.

Il a réponse à tout ou presque… au point de ringardiser Google et son moteur de recherche, depuis sa mise en service fin 2022. ChatGPT est le nom du dernier robot conversationnel développé par la startup californienne OpenAI. Demandez-lui n’importe quoi, il s’exécutera en un claquement de doigt. 

Expliquer un concept scientifique, résoudre des équations mathématiques, écrire une pièce de théâtre, rédiger votre thèse... Pour cela, ce programme informatique ultra-sophistiqué, dopé aux technologies d’intelligence artificielle (IA) a été éduqué grâce un réseau de neurones artificiels qui reproduit, de manière sommaire, le fonctionnement du cerveau humain. 

"C’est vraiment bluffant, pour ne pas dire traumatisant en tant qu’humain", commente, auprès de TF1info, Jean-Gabriel Ganascia, professeur au laboratoire d’informatique de l’université Pierre-et-Marie Curie (Paris VII) et chercheur en intelligence artificielle. "Lorsqu'on l'utilise, on a vraiment l'impression que la machine a un raisonnement et réfléchit", ajoute ce spécialiste. Mais ce n'est en fait qu'une illusion. Lorsque ChatGPT produit un texte, le programme ne fait que broder, un mot après l’autre, sans objectif prédéfini. La machine veille simplement à ce que chaque mot respecte une cohérence statistique avec ceux qui le précèdent. Mais le résultat n'en pas moins impressionnant et marque un bond technologique dans le développement des robots conversationnels, qui avaient jusque-là le vocabulaire d'un dictionnaire et la mémoire d'un poisson rouge.

"La dimension monstrueuse de cette technologie tient au gigantisme des machines nécessaires à son fonctionnement autant qu’à la quantité phénoménale d’informations que lui ont fait ingurgiter ses concepteurs. C’est juste vertigineux", reprend Jean-Gabriel Ganascia. Vertigineux, c’est le moins qu’on puisse dire. ChatGPT renferme dans ses entrailles pas moins de 175 milliards de paramètres optimisés sur des textes de pages web universitaires, de blogs, de livres, et de Wikipédia, constituant un volume total équivalent à 750.000 de fois la Bible. "A titre de comparaison, dans le cerveau humain, il y a entre 100 à 200 milliards de neurones. Évidemment, le nombre de connexions neuronales est incomparable, mais ça vous donne un ordre de grandeur du gigantisme de la technologie", souligne le spécialiste de l'IA. 

Des gardes fous pour éviter les dérives

Alors forcément, tout cela a un coût ! L'installation nécessaire à l’apprentissage de ce modèle de langage automatique n’a pas été communiqué par l'entreprise OpenAI. Toutefois, selon Le Temps, le coût avoisinerait les 5 millions de dollars. Quant à la machine pour faire tourner la techno, une fois l’apprentissage terminé, elle coûterait autour de 200.000 dollars, si l'on en croit le quotidien helvète, "avec des effets écologiques non négligeables", relève Jean-Gabriel Gasciana. Ainsi, la production de vingt pages de texte consommerait autant d’énergie que faire bouillir 1 litre d’eau. Une gloutonnerie qui n'a pas empêché, fin décembre, plus d'un million d'utilisateurs de questionner ChatGPT. Mais au-delà des conséquences environnementales, son impact sur la société pourrait se révéler considérable, à l'instar de la robotisation au début des années 2000. 

Par ailleurs, les dérives récentes - à l'instar des étudiants qui l'utiliseraient déjà pour tricher - n'en sont, bien évidemment, que les prémices. Alors, faut-il en avoir peur ? "C’est toujours difficile d’assigner des limites à ce qu’on sera capable de faire avec l’intelligence artificielle. Pour autant, même si cette technologie peut donner l’impression de se comporter comme un être humain, elle n’a aucune conscience et ne fait que reproduire ce que ses créateurs lui ont enseigné", rappelle le chercheur en intelligence artificielle. D'ailleurs, pour éviter des abus, OpenAI a mis en place des garde-fous. Ainsi, sur la page d'accueil, l'entreprise précise que le chatbot peut générer des "informations incorrectes" ou "produire des instructions dangereuses ou des contenus biaisés". Et ChatGPT refuse de prendre parti. En tout cas, pour le moment...

OpenAI, aujourd'hui à la pointe dans le développement des technologies d'intelligence artificielle, a été cofondée en 2015 par l'entrepreneur Elon Musk (qui l'a quitté en 2018) et l'homme d'affaires Sam Altman. La startup a pour vocation, comme son nom l'indique, de mettre à disposition du grand public les technologies d’intelligence artificielle. Elle est notamment connue pour deux logiciels de création automatisée : GPT, qui génère du texte, mais aussi DALL- E, qui génère lui une image (à partir d'une description). Les technologies sont accessibles en ligne gratuitement, mais la startup californienne envisagerait d'ores et déjà une version payante de son robot conversationnel, avec à la clé des fonctionnalités supplémentaires. 


Matthieu DELACHARLERY

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