Ukraine : neuf mois de guerre

Dans l'ISS, une Russe et deux Américains : où en est la coopération spatiale en temps de guerre ?

Matthieu DELACHARLERY
Publié le 6 octobre 2022 à 18h57
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Source : 24H PUJADAS, L'info en questions

En quinze jours, un Américain a rejoint l’ISS à bord d’un vaisseau Soyouz et une Russe a fait le voyage avec une fusée de SpaceX.
L'ISS est l’un des derniers terrains de coopération entre Moscou et Washington depuis le début du conflit en Ukraine.

Au-dessus de nos têtes, alors que la guerre fait rage sur Terre, la coopération internationale se poursuit tant bien que mal. La Station spatiale internationale est l’un des derniers terrains de coopération entre Moscou et Washington La cosmonaute russe Anna Kikina a rejoint le laboratoire spatial à bord d’une fusée Falcon 9 de l’entreprise SpaceX, lancé le 5 octobre depuis les États-Unis. Quinze jours plus tôt, c'est un astronaute de la Nasa, Frank Rubio, qui a fait le voyage avec un vaisseau Soyouz, en compagnie de deux cosmonautes. Ce programme d'échange d'astronautes, planifié de longue date, a été maintenu en dépit des tensions entre les deux pays. 

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Le directeur des vols habités de l'Agence spatiale russe (Roscosmos), Sergueï Krikaliov, était présent sur place en Floride pour ce que beaucoup ont perçu comme une opération de séduction, suite aux propos tonitruants de ses supérieurs ces derniers mois. Lors d'une conférence de presse suivant le décollage, il a salué ces vols conjoints comme "une nouvelle phase de coopération", mentionnant notamment un vol spatial américano-russe en 1975, alors symbole de détente durant la Guerre froide. Pour rappel, le 17 juillet 1975, un vaisseau Soyouz et un vaisseau Apollo s’étaient rejoints en orbite, et une poignée de main historique avait eu lieu entre l’Américain Thomas Stafford et le Soviétique Alexeï Leonov.

Sur le plan opérationnel, nous avons vraiment apprécié la constance de la relation, même durant une période très difficile sur le plan géopolitique.

Kathy Lueders, administratrice associée à la Nasa

Au-delà du contexte actuel, assurer le transport d'un citoyen d'une autre nation est "une énorme responsabilité", avait souligné lors d'une conférence de presse fin septembre Kathy Lueders, administratrice associée à la Nasa. Interrogée sur les rapports entretenus actuellement avec Roscomos, elle avait déclaré : "Sur le plan opérationnel, nous avons vraiment apprécié la constance de la relation, même durant une période très difficile sur le plan géopolitique."  Les tensions entre Moscou et Washington se sont considérablement accrues dans le domaine spatial après l'annonce de sanctions américaines contre l'industrie aérospatiale russe, en riposte à l'invasion de l'Ukraine. 

Une interdépendance technique à bord

L'ex-patron de l'Agence spatiale russe, Dmitri Rogozine, avait tenu des propos menaçants allant jusqu'à évoquer un crash prématuré de l'ISS si les Russes ne pouvaient plus y participer. Puis cet été, son successeur, Iouri Borissov, a déclaré que la Russie quitterait le laboratoire spatial "après 2024", pour créer sa propre station orbitale - sans pour autant fixer de date précise pour un retrait. "Nous allons continuer à voler (avec) la Station spatiale internationale tant que notre nouvelle infrastructure sera en construction", a assuré mercredi Sergueï Krikaliov. Or cette construction n'a pas encore commencé et devrait prendre de nombreuses années. Les Américains ont annoncé continuer à opérer jusqu'en 2030. 

ISS : les drapeaux séparatistes prorusses flottent dans l'espaceSource : TF1 Info
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En l'état actuel des choses, l'ISS ne peut fonctionner sans l'un des deux segments dont elle est composée : l'un américain, pour l’électricité et les systèmes de survie, et l'autre russe, pour assurer son maintien en orbite. Le programme d'échange d'astronautes - qui permet aux deux agences de s'assurer du départ d'au moins un de leurs astronautes en cas de défaillance ou de report - devraient donc se poursuivre au printemps 2023, avec le vol de l’Américaine Loral O’Hara sur la mission Soyouz MS-23 et celui du Russe Andrei Fedyaev sur la mission SpaceX Crew-6. Le code de conduite des astronautes à bord de la Station, édicté dans les années 2000, stipule que "ni les astronautes ni la Station spatiale ne doivent être des outils de propagande".

Si une entente cordiale se maintient tant bien que mal à bord de l'ISS, la guerre en Ukraine n'est pas sans conséquences pour la conquête spatiale. En juillet dernier, l'Agence spatiale européenne a annoncé mettre un terme définitif à sa coopération avec la Russie sur la mission ExoMars, suspendue depuis l'invasion russe. En réponse aux sanctions européennes, Roscosmos a décidé de mettre fin aux partenariats commerciaux pour l'organisation de lancements spatiaux depuis le cosmodrome de Kourou, en Guyane. Suite au refus de la Russie de continuer à lancer ses satellites via la fusée Soyouz, l'entreprise britannique OneWeb a ainsi perdu 229 millions de dollars. 


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