Jusqu'à 25 fois plus polluante : c'est quoi la "viande de synthèse", dans le viseur de la France ?

Publié le 15 mai 2023 à 13h35, mis à jour le 1 février 2024 à 13h58

Source : TF1 Info

Selon ses défenseurs, la viande de synthèse serait à la fois plus éthique et écologique que la viande traditionnelle.
Mais de nouvelles recherches montrent qu'en réalité, cette alternative serait bien polluante.
En pleine crise agricole, Gabriel Attal a annoncé que ce produit "ne correspondait pas à notre législation".

De la viande sans tuer d’animaux, la piste est séduisante. Souvent décrite comme une alternative éthique à l’élevage industriel, la viande dite artificielle - conçue à partir de cellules souches d’origine animale dans un laboratoire – suscite un certain engouement depuis quelques années. Si l'on en croit ses défenseurs, une poignée de startups, basées principalement aux États-Unis et en Israël, cette bidoche à la sauce futuriste pourrait à la fois répondre aux défis de l’explosion démographique et du changement climatique. De quoi nourrir l'espoir d'une industrie à l'avenir sans la moindre souffrance animale - pas moins de 80 milliards d'animaux destinés à être mangés sont tués chaque année dans le monde - mais aussi plus verte. 

Pour autant, elle suscite la controverse, notamment en France. En pleine crise agricole, Gabriel Attal a d'ailleurs répondu à cette préoccupation, ce jeudi 1er février 2024, en dénonçant une production "qui ne correspond pas à la législation française". L'idée pourrait être d'interdire le terme "viande" pour qualifier ces produits, dans le cadre de la réglementation européenne. Éclairage. 

La consommation de viande va exploser en 2050

Source de méthane, l'élevage intensif pour la consommation de viande est responsable d’environ 14,5% des émissions de gaz à effet de serre (dont 9,3 % uniquement pour les bovins) à travers le monde, selon un rapport datant de 2013 de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). De plus, des dizaines de litres d'eau sont nécessaires pour produire un kilo de bœuf. Sans parler de la consommation d'énergie liée à sa transformation avant que celle-ci n'arrive dans nos assiettes. Or, d’après les projections, la consommation de viande mondiale devrait augmenter de 70% d'ici à 2050, selon l'ONG World Resources Institute.

Face au défi climatique, nombre de spécialistes appellent à se saisir du problème. Le sixième rapport du GIEC recommande d'ailleurs une diminution importante de la consommation de viande. Mais attention, cependant, à ne pas tomber dans le piège du techno solutionnisme. C'est en substance ce que dénonce une équipe de chercheurs de l'Université de Californie, qui s'est penchée sur l'empreinte carbone de cette alternative. "[Des] milliards de dollars d'investissement ont été spécifiquement alloués au secteur avec la thèse que ce produit sera plus respectueux de l'environnement que la viande de bœuf", écrivent les auteurs de l'étude, cités dans la revue New Scientist

À l’heure actuelle, la viande à base de cellules animales n’est produite qu’à très petite échelle et à perte économique, mais son développement est amené à croître au cours de la décennie, étant soutenu notamment par les défenseurs de la cause animale. S'il est vrai que la viande cultivée en laboratoire élimine les besoins en terre, en eau et en antibiotiques de l'élevage bovin, les chercheurs expliquent qu'une grande partie de l'intérêt pour la viande cultivée a été motivée par des analyses inexactes concernant son empreinte carbone. Le problème, selon eux, est que ces rapports ont modélisé l'impact sur le climat des viandes à bases de cellules animales à l'aide de technologies qui n'existent pas ou qui ont peu de chances de fonctionner. 

Entre 4 à 25 fois plus nocive pour le climat

De fait, pour l'instant, le procédé qui sert à fabriquer la viande dite artificielle s'appuie sur des mélanges de nutriments de qualité pharmaceutique, "qui sont purifiés à un niveau beaucoup plus élevé" que ceux utilisés actuellement par l'industrie. C'est ce processus de purification, notamment l'élimination des endotoxines qui sont libérées par les bactéries dans l'environnement, qui est à l'origine de la plupart des émissions associées à la production de viande à partir de cellules animales, pointent les chercheurs. "L'utilisation de ces méthodes de raffinage contribue de manière significative aux coûts économiques et environnementaux associés aux produits pharmaceutiques", soulignent-ils.

En supposant que l'on continue à utiliser des milieux de culture hautement raffinés, les chercheurs estiment que chaque kilogramme de viande dite artificielle produira de 246 à 1508 kilogrammes d'émissions de dioxyde de carbone. Sur la base de ces chiffres, l'équipe de scientifiques avance que l’empreinte carbone de la production de viande dite artificielle, si elle s’étend avec les méthodes de production actuelles, pourrait être "entre quatre et vingt-cinq fois" plus nocive pour le climat que celle du bœuf ordinaire. En guise de solution, les auteurs suggèrent que le développement de lignées cellulaires capables de tolérer des niveaux plus élevés d'endotoxines, ce qui permettrait de réduire son impact sur l'environnement.


Matthieu DELACHARLERY

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