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Le jour où Champollion a révélé le secret des hiéroglyphes

Maxence GEVIN
Publié le 27 septembre 2022 à 16h46
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Source : Sujet TF1 Info

Il y a deux cents ans de cela, le 27 septembre 1822, Jean-François Champollion présentait à l’Académie française les résultats de ses longues recherches sur les hiéroglyphes.
Plusieurs siècles après le déclin de la civilisation égyptienne, le secret de la mystérieuse écriture était enfin révélée au grand jour.

Un mystère de plusieurs siècles enfin brisé. Le 27 septembre 1822, il y a 200 ans jour pour jour, Jean-François Champollion révèle, dans un courrier, les secrets des hiéroglyphes. Cette lettre, adressée à l'Académie française, est l'aboutissement de longs mois d'un travail fastidieux de traduction d'une langue jusque-là incomprise du reste du monde. Dans les faits, le chercheur a achevé son exploit quelques jours plus tôt, le 14 septembre 1822. "Je tiens mon affaire", lance-t-il triomphalement ce jour-là. Mais la découverte de la clé de déchiffrement des hiéroglyphes lui a demandé tant d'énergie qu'il sombre dans une profonde léthargie de plusieurs jours. De quoi retarder, encore un peu, l'annonce fatidique.

Né à Figeac, dans le Lot, le 23 décembre 1790, Jean-François Champollion est le petit dernier d'une fratrie de sept enfants. Bercé par l’expédition de Napoléon Bonaparte, il se passionne rapidement pour l’Égypte. Les langues, notamment anciennes et orientales, le captivent aussi au plus haut point. Alors adolescent, il découvre grâce à son cousin, le capitaine Louis de Champoléon, la copie d’un relevé de la pierre de Rosette ramenée par les armées républicaines en 1798. Une pièce qui ne le quittera plus par la suite.

Le premier document avec la traduction de hiéroglyphes

La pierre de Rosette est un "fragment de basalte d’un peu plus d’un mètre de haut et pesant plus de 700 kg", indique le site Gallica. Elle est découverte par des soldats français à Rosette - d'où son nom - lors de l'expédition napoléonienne en Égypte. À cette époque, le Courrier de l’Égypte, destiné aux troupes prophétise : "Cette pierre offre un grand intérêt pour l’étude des caractères hiéroglyphiques ; peut-être même en donnera-t-elle enfin la clef"

Quelques mois plus tard, en 1801, l'armée tricolore capitule face aux Anglais. À ce moment-là, les soldats de la Perfide Albion exigent "la livraison des monuments antiques", relève France Archives. "Avec deux obélisques, des sarcophages, le poing colossal de Ramsès II, la Pierre de Rosette fut considérée comme prise de guerre", ajoute-t-elle. Dès l'année suivante, cet objet qui nourrit la curiosité de tous les scientifiques du continent est exposé à Londres et réside, aujourd'hui encore, au British Museum.

Mais l'essentiel est ailleurs. "Pour la première fois, on a accès à un document en trois écritures (hiéroglyphes, démotique, grec, ndlr), présentant des hiéroglyphes accompagnés de leur traduction", souligne la Bibliothèque nationale de France (BNF) dans une vidéo. Grâce au grec, les chercheurs découvrent rapidement que le texte renvoie, en fait, à un décret royal de Ptolémée V datant d'environ 200 avant J-C. Malgré tout, l'œuvre d’art reste une énigme, quand bien même les plus grands savants du continent s’échinent dessus. La clé pour comprendre les hiéroglyphes, cette langue née dans la vallée du Nil cinq millénaires plus tôt et progressivement tombée dans l'oubli, demeure inaccessible.

Une langue particulièrement complexe

S'appuyant sur les travaux de l'Abbé Barthélemy, qui a compris que les noms des rois sont entourés d'un cartouche, et de ceux de Thomas Young, qui a localisé le cartouche de Ptolémée sur la pierre, Champollion étudie, à son tour, la pierre de Rosette à partir de 1809. Il met également à profit sa maîtrise du copte (une langue descendant de l'égyptien ancien mais s'appuyant sur un alphabet dérivé du grec et de quelques lettres du démotique) et ses connaissances du chinois.

Il rapproche ainsi graduellement les hiéroglyphes de l'écriture grecque. En recoupant ses données avec d'autres écritures gravées - comme celles sur un cartouche de Ramsès II -, il comprend que les hiéroglyphes peuvent représenter des sons (phonogrammes) mais aussi des idées (idéogrammes). Surtout, il démontre que ces deux types d'alphabet peuvent se combiner entre eux pour former des mots. Par exemple, le dessin d'un bras peut tout à la fois signifier l'idée de bras ou, en fonction de son positionnement dans la phrase, devenir une syllabe, un composant parmi d'autres d'un mot. 

Reste ensuite à définir le sens de lecture qui, découvre Champollion, dépend du positionnement des symboles. Il peut tout à la fois être vertical (de haut en bas) ou horizontal (de gauche à droite ou de droite à gauche). Enfin, alors âgé de 32 ans, il touche au but en septembre 1822.

Je suis tout à l'Égypte, elle est tout pour moi

Jean-François Champollion

Paradoxe de l'histoire, "Saghir" (littéralement "le jeune" en arabe) comme il se surnomme lui-même, n'a jamais travaillé sur l'imposante (et très lourde !) pierre. Il n'a même jamais vu cet original. Il a, en effet, dû composer avec de simples copies, des lithographies faites par l’imprimeur Jean-Joseph Marcel.

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Ce n'est, en outre, que plusieurs années après avoir percé le secret des hiéroglyphes que le scientifique français se rend sur la terre des Pharaons. Il arrive en terre égyptienne en 1828, à la fin de sa vie (il meurt en 1832). Pendant plus d'un an, il parcourt le pays en suivant le Nil, d'Alexandrie jusqu'à Abou Simbel. Il découvre de nombreux temples et tombeaux antiques et collecte un grand nombre de bas-reliefs. L'occasion pour lui de prononcer ces mots restés à la postérité : "Je suis tout à l'Égypte, elle est tout pour moi". Véritable pionnier de l'égyptologie française, il s'éteint peu après, à l'âge de 42 ans.


Maxence GEVIN

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