Le 13H

VIDÉO - Tétraplégiques, ils retrouvent l’usage de leurs mains : une première porteuse d’espoir

Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Caroline Bayle, Alice Bacot et Jean Vincent Molinier
Publié le 6 octobre 2022 à 18h12
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Deux hommes tétraplégiques ont pu retrouver ponctuellement l'usage de leurs mains grâce à un système mis au point par des chercheurs de Montpellier.
Pendant un mois d'essai, des petites électrodes ont été positionnées au niveau des nerfs de leur avant-bras.
Des tests concluants dont les résultats ont été publiés ce jeudi dans la revue "Nature".

Le poignet recouvert d'une sorte d'attelle bleue, une fourchette incurvée à la main, Jérôme pique dans quelques bouchées dans une assiette. Il réussit à saisir l'ustensile, le serrer entre ses doigts et bouger son poignet pour l'amener jusqu'à sa bouche, mais aussi à boire dans un verre à l'aide d'une paille. C'est lui qui pilote le geste tout seul, en contractant des muscles de son cou et de son épaule, sur lesquels un capteur est positionné. Des manœuvres jusqu'alors impossibles pour cet homme tétraplégique depuis deux ans, suite à un accident. 

Autour de lui, plusieurs chercheurs de l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria) observent ses gestes et évaluent les interactions possibles grâce à cette technologie inédite. En temps normal, "c'est comme si ma main était morte, inerte, il n'y a aucune mobilité dessus", explique-t-il dans une vidéo tournée par le centre de recherches, et relayée dans le reportage du JT de TF1 en tête de cet article. Jérôme peut seulement lever son coude et déplier son bras, dans une courte amplitude de mouvement, "la seule mobilité" qu'il puisse avoir. Avec l'innovation créée par ces chercheurs de Montpellier, "le gros plus, c'est de pouvoir ouvrir et fermer la main, c'est vraiment génial", se réjouit-il.

"C'est quelque chose d'assez émouvant"

Jérôme est l'un des deux participants à cette première mondiale, dont les résultats ont été publiés ce jeudi dans la revue Nature. Un projet baptisé Agilis et initié par une équipe pluridisciplinaire, qui comprend médecins, chirurgiens, chercheurs et ingénieurs, ayant reçu le soutien de L'Institut européen d'innovation et de technologie. "Je ne m'attendais pas à autant de nouveautés aussi rapidement, attraper un objet aussi rapidement, aussi fortement, et tous les jours de mieux en mieux", salue aussi Vincent, un second volontaire aussi victime d'une lésion à la moelle épinière, dans la vidéo tournée par l'Inria l'an passé. Pour cet homme tétraplégique, qui se dit "prêt à donner (ses) jambes pour récupérer (ses) bras", constater ces progrès au fil des jours, "c'est quelque chose d'assez émouvant"

Les deux volontaires ont subi une intervention chirurgicale : deux petites électrodes ont été enroulées autour de deux nerfs de l'avant-bras, puis reliées à un boîtier et à des capteurs positionnés sur des muscles qu'ils peuvent contracter, comme ceux du cou et de l'épaule. "Il faut que ce mouvement soit fonctionnel, qu'il soit par exemple adapté à l'objet que l'on veut attraper : un verre, une fourchette", explique à TF1 Christine Azevedo, directrice de recherches à l'Inria. "C'est là que la complexité réside : on va contrôler les stimulations et les impulsions de façon contrôlée et ciblée pour obtenir le geste que l'on veut."

Prochaine étape : "rendre le système beaucoup plus petit"

Cette prouesse technologique, qui se cache dans une petite puce électronique pas plus grande qu'une pièce, a demandé plus de dix ans de recherches. Menés pendant un mois, les tests se sont avérés concluants du début à la fin de l'expérience, la qualité des mouvements est restée stable. Au bout de ces quatre semaines, les électrodes ont été retirées. "Ce n'est pas grave, parce que pendant un mois, on m'aura redonné de la mobilité sur la main. On me la retire, mais j'aurais participé à la recherche", commente Jérôme, qui salue un "essai vraiment très concluant" malgré quelques "réglages à peaufiner".

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C'est ce à quoi s'emploient les chercheurs, qui poursuivent leurs travaux pour améliorer le dispositif. "La prochaine étape est de rendre le système beaucoup plus petit, et la deuxième d'intégrer tout cela dans un boîtier du type pacemaker (stimulateur cardiaque, NDLR), qui sera placé sous la clavicule pour alimenter des électrodes en stimulation", développe auprès de TF1 David Guiraud, directeur du département de la recherche clinique de Neurinnov, une start-up médicale héraultaise qui a levé six millions d'euros pour mettre au point cette technologie, comme le rapporte Midi Libre

L'équipe espère pouvoir mettre sur le marché sa solution de neuro-prothèse pour que d'autres personnes tétraplégiques puissent ainsi retrouver l'usage de leurs mains et une nouvelle autonomie, une fois qu'un test clinique aura été validé. 


Maëlane Loaëc | Reportage TF1 Caroline Bayle, Alice Bacot et Jean Vincent Molinier

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