La couche d'ozone va mieux : pourquoi c'est une TRÈS bonne nouvelle

Matthieu Delacharlery | Reportage vidéo Christine Chapel, Maureen Alibert
Publié le 10 janvier 2023 à 18h00, mis à jour le 14 janvier 2023 à 11h49

Source : JT 13h Semaine

Le fameux trou de la couche d’ozone est en train de se résorber.
Une nouvelle encourageante due à l'adoption de mesures à l'échelle mondiale.
On vous explique pourquoi il faut s'en réjouir à plus d'un titre.

Enfin une bonne nouvelle pour le climat ! La couche d'ozone, qui protège la Terre et ses habitants des rayons ultraviolets du Soleil, pourrait se reconstituer d’ici à quatre décennies, selon l'Onu. Une heureuse nouvelle, fruit de l’adoption de mesures concrètes et d’une prise de conscience à l’échelle mondiale. "L’élimination progressive de près de 99 % des substances interdites qui détruisent l’ozone a permis de préserver la couche d'ozone et contribué de façon notable à sa reconstitution dans la haute stratosphère et à une diminution de l’exposition humaine aux rayons ultraviolets (UV) nocifs du soleil", se félicitent les experts mandatés par les Nations Unies dans un rapport publié ce lundi 9 janvier. On vous explique pourquoi c’est une bonne nouvelle à plus d’un titre. 

Un message d’espoir pour les générations futures

Aujourd’hui largement éclipsée par le changement climatique et ses enjeux considérables, cette "success-story" environnementale donne cependant une note d’espoir face aux enjeux considérables qui nous attendent. Preuve - s’il en fallait - que lorsqu’on veut, on peut ! La protection de la couche d'ozone était en effet LE grand sujet écologique et environnemental de la fin du siècle dernier.  À l’origine du problème, là encore, une pollution humaine : les chlorofluorocarbures (ou CFC), émis par de nombreux réfrigérateurs et autres bombes à aérosol dans les années 1950. Dès 1974, études à l’appui, des scientifiques avaient alerté sur les effets dévastateurs de ces gaz industriels pour la couche d’ozone. Un peu plus de dix ans plus tard, une convention ratifiée par vingt-huit pays, sous l’égide de l’Onu, aura finalement permis de se saisir véritablement du problème.

"On voit bien que, lorsque les pays parviennent à s’entendre et que des traités internationaux sont ratifiés, cela finit par porter ses fruits au bout d’un moment", souligne Cathy Clerbaux, chercheuse du CNRS au laboratoire atmosphères et observations spatiales, contactée par TF1info. Un message d'espoir dans la lutte contre le réchauffement climatique ? "On peut effectivement faire le parallèle. Tous les quatre ans, des rapports sont publiés et des règlementations ont été mis en place au niveau international. Là où ça coince, c'est dans la mise oeuvre de ces politiques, poursuit la scientifique. À l'époque, les CFC étaient émis par seulement une dizaine d’industriels. Il a suffi entre guillemets de les convaincre de changer ces CFC par des substituts. Avec les gaz à effet de serre, si l'on veut régler le problème, ce sont nos modes de vie qui vont devoir changer." 

Un "corridor" sans qui la faune et la flore brûleraient

Si la prise de conscience a été précoce, c'est pour une bonne raison : sans couche d’ozone, pas de vie sur Terre ! "Si on regarde très loin en arrière jusqu’à l’émergence des premières cellules vivantes, ça commence lorsque la couche d’ozone se forme. Sans cette barrière naturelle, faune et flore brûleraient", rappelle, auprès de TF1info, Gilles Boeuf, biologiste et ancien président du Muséum d'histoire naturelle de Paris. "On sait que les rayons UV ont pour effet de modifier l'ADN, ce qui entraîne des mutations et peut mettre en danger certaines espèces", poursuit ce spécialiste. Rappelons d’ailleurs que c’est une réduction de la couche d'ozone, il y a 360 millions d'années, qui a causé une extinction massive de la vie animale et végétale, avec la disparition de 75% des espèces vivantes de cette époque, comme le rapporte un article publié dans la revue Science Advances

Des milliards de cancers et de cataractes évités

La préservation de ce bouclier naturel est essentielle, "car il nous protège des rayonnements UV les plus énergétiques, qu’on appelle les UVC, sont filtrés par les molécules d’oxygène et d’ozone qui sont dans l’atmosphère. Sans cela, on aurait des cancers de la peau en masse", souligne Cathy Clerbaux. Ils sont connus en effet pour être à l’origine de nombreux de cancers cutanés, de type mélanome. Dans un rapport paru en 2020, l’Agence américaine pour la protection de l'environnement (Epa) estimait que la mise en œuvre intégrale du protocole de Montréal, qui a interdit l'usage des CFC, aurait des effets concrets sur la santé humaine. D'après les auteurs, pas moins de 443 millions de cas de cancer de la peau pourraient ainsi être évités d’ici à la fin du siècle rien qu’aux États-Unis. 

0,5 degrés Celsius de réchauffement climatique en moins

Depuis l'ère préindustrielle, la température à l'échelle mondiale a augmenté de 1,2 degré Celsius. On s'aperçoit aujourd'hui que le fait de reboucher le trou de la couche d’ozone a aussi pour effet de limiter les dégâts du réchauffement climatique. La reconstitution de la couche d’ozone apporte des bénéfices "plus importants qu’on ne le pensait", se réjouissait, en août 2021, le Financial Times, en relayant une étude publiée dans la revue Nature. Selon ces recherches, le processus de reconstitution en cours "aide la planète à éviter un potentiel réchauffement de 2,5 degrés Celsius d’ici à la fin du siècle". Comme l'explique l'étude, cela fait suite à l'interdiction des hydrofluorocarbures (HFC).

Ces gaz industriels étaient un des substituts de ces fameux CFC. Mais ils ont été interdits en 2016. "En théorie, ils ne devraient pas figurer dans la liste des gaz interdits dans le protocole de Montréal, puisqu’ils ne contiennent pas de chlore et n’affectent donc pas la couche d’ozone. Ce sont de puissants gaz à effet de serre, en revanche. On les a ajoutés dans le package, car on sait que ce protocole fonctionne", explique Cathy Clerbaux. La chercheuse se veut néanmoins prudente quant au chiffre avancée par l'étude publiée dans Nature. "En 2016, lors de l'accord de Kigali qui prévoit l'élimination progressive de ces gaz industriels, une baisse du réchauffement de l'ordre de 0,5 degré Celsius d'ici à la fin du siècle avait été évoquée. 0,5 degrés Celsius, ça me permet déjà beaucoup", nuance-t-elle. C’est peu mais, disons-le, c'est toujours ça de pris.


Matthieu Delacharlery | Reportage vidéo Christine Chapel, Maureen Alibert

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