Le 20h

"Soldat augmenté" : voici comment sera équipé le militaire de demain

Matthieu DELACHARLERY
Publié le 22 avril 2021 à 16h23
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

ARMÉE - Recherches et innovations se multiplient pour stimuler les facultés physiques ou cognitives des militaires. Autrement dit, pour en faire des "soldats augmentés". Et la France ne fait pas exception.

De tout temps, l'Homme n’a eu de cesse d’améliorer ses capacités sur les champs de bataille par le biais d’avancées technologiques, de l’invention des jumelles pour voir plus loin aux armures pour augmenter la protection des soldats, jusqu’à l’utilisation plus récente de capsules d’amphétamines pour accroître la vigilance et la résistance à la fatigue lors des opérations. 

Les récents progrès, notamment en matière de robotisation et d’intelligence artificielle, offrent aujourd'hui de nouvelles perspectives aux états-majors afin d’imaginer le "soldat augmenté" du futur. Et l’armée française ne fait pas exception. Une centaine d’entreprises et d’acteurs travaillent avec l'Agence de l'innovation de défense pour rendre plus performants et plus endurants nos militaires. Le 20h de TF1 nous en donne un aperçu dans la vidéo en tête de cet article.

Guider à distance un soldat sans bruit

La discrétion est le maître mot lors d’une opération d’infiltration. L’entreprise Caylar a justement mis au point une ceinture innovante qui permet de communiquer des ordres aux soldats, à distance et sans bruit. Plus besoin de radio ni d’oreillette, le militaire devient alors un homme téléguidé. "On reçoit une vibration qui part de l’arrière vers l’avant. Cela signifie qu’il faut avancer droit devant", explique l’adjudant Sylvain, militaire réserviste qui a pu l'utiliser ce dispositif lors d'un exercice en situation. Il pourrait également s'avérer utile pour alerter le soldat de la présence d’un ennemi. "C’est un canal de communication supplémentaire. L’intérêt de ce dispositif est qu’il permet au militaire de mieux surveiller son environnement, en libérant ses yeux et ses oreilles", affirme Gabriel Arnold, ingénieur en sciences cognitives au sein de l’entreprise Caylar.

Baptisée "Matep" (pour matrice épicritique), ce prototype de ceinture intelligente est équipée de vibreurs répartis à 360 degrés pour guider le soldat lors d'une opération de nuit, par exemple. - TF1

Suivre l’état de fatigue d’un pilote de chasse

Piloter un avion de combat filant à plus de 500 km/heure est un exercice qui exige une concentration sans faille, pendant des heures. L’entreprise Ellcie Healthy a développé un système qui permet de suivre l’état de fatigue d’un pilote lors d’une opération en analysant son regard. "Un signal est envoyé à chaque fois qu’on cligne des yeux", explique Thierry Muela, directeur industriel chez Ellcie Healthy. L’ordinateur analyse les données en temps réel et envoie une alerte si la fréquence des clignements d’œil augmente. "Le fait de pouvoir détecter une charge mentale élevée permet au commandement de pouvoir tout de suite reprendre la main de façon à recentrer le pilote sur son objectif", complète le PDG de l’entreprise, Philippe Peyrard.

Un système intégré dans le casque analyse les clignements d’œil du pilote pour détecter les premiers signes de fatigue. - TF1

Porter des charges plus lourdes sans effort

Dans un registre encore plus futuriste, l'exosquelette fait également l’objet d’expérimentations au sein de l’armée française. Développé depuis 2009 par la PME française RB3D, l'exosquelette Hercule permet d'ores et déjà aux soldats d'être "assistés dans la manipulation des charges lourdes", comme le précise le ministère des Armées sur son site internet. Plus concrètement, cette armure motorisée soutient les jambes de façon à économiser les forces physiques du soldat lors de longues marches ou lorsqu’il est chargé.

L'objectif de cette innovation est d’assister le soldat pour le port et la manipulation de charges lourdes, décuplant ainsi son endurance. - Ministère des Armées

Un hoverboard pour se déplacer dans les airs

Tout aussi futuriste, le "Flyboard Air" permet lui de voler à plus 3000 mètres de haut et à une vitesse de 150 kilomètres grâce à des mini-réacteurs. Développé par l'ingénieur français Franky Zapata, ce concept de plateforme volante, rappelant l'hoverboard du film Retour vers le futur, avait bien failli être racheté par les Américains. Finalement, la Direction générale de l’armement (DGA) a financé son développement à hauteur de 1,3 million d’euros. Si l’organisme public mise sur de futures applications civiles et militaires de la plateforme volante, il ne sait pas encore comment il pourrait employer cet engin lors de missions opérationnelles.

14-juillet : envolez-vous en Flyboard Air avec Francky ZapataSource : Sujet JT LCI
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L'armée française veut un soldat "augmenté "éthique"

Si la perspective d'un combattant aux ressources physiques et cognitives transformées par la technologie a été longtemps cantonnée au champ de la science-fiction, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Et la doctrine du "zéro mort" prévaut ainsi sur beaucoup de considérations. Des opérations de la cornée afin d'accroître l'acuité visuelle de 20% "semblent avoir déjà été effectuées dans certaines armées étrangères sur des volontaires", relevait même Gérard de Boisboissel, du centre de recherche de l'académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan (CREC) lors d'un colloque fin 2019. 

En Russie, dans un discours d’octobre 2017, le président Valdimir Poutine avait, lui, ostensiblement annoncé l’avènement prochain d’un soldat "génétiquement modifié". L'utilisation de puces électroniques sous la peau permettant de communiquer directement avec une machine serait également à l'étude.

Nous ne comptons pas dans un futur proche travailler sur des augmentations qui pénètrent la barrière de la peau de nos soldats

Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées

De son côté, l'armée française s'interdit les augmentations touchant au corps du soldat, à l'exception de la prise de caféine, d'antipaludéens, les injections de vaccins ou d'antidouleurs en cas de blessure grave. En clair, rien d’invasif ni d’irréversible. La ministre des Armées, Florence Parly, a d'ailleurs annoncé l'an dernier la création comité d'éthique de la Défense, chargé de réfléchir à ces enjeux. 

Avec le souci, avait-elle souligné, de maintenir la capacité d'action de l'armée tout en préservant ses valeurs, les principes du droit et la dignité humaine. Le porte-parole du ministère des Armées, Hervé Grandjean, réaffirme cette position au micro de TF1 : "Nous ne comptons pas dans un futur proche travailler sur des augmentations qui pénètrent la barrière de la peau de nos soldats". Pour l’instant, en tout cas... car cette doctrine ne tient que pour les dix prochaines années. 


Matthieu DELACHARLERY

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