10.000 radars leurres sur les routes : vraie ou fausse bonne idée ?

Sibylle Laurent
Publié le 27 janvier 2016 à 17h11
10.000 radars leurres sur les routes : vraie ou fausse bonne idée ?

LEURRE - Alors que la mortalité routière aligne encore de mauvais chiffres (hausse des décès de 2,4% en 2015), Bernard Cazeneuve reconfirme l’installation de 10.000 radars leurres sur les routes dans les prochains jours. Mais quel est l’intérêt d’un radar leurre ?

Ça a la couleur du radar. Ça a l’odeur du radar. Mais ce n’est pas un radar. Enfin, pas tout à fait. Car il s’agit d’un radar leurre. Une réplique vide, un radar qui ne flashe pas. C’est le nouveau dispositif que le gouvernement va déployer sur les routes, à partir du mois de février prochain. La mesure, qui fait partie d’un arsenal de mesures pour tenter d’enrayer une mortalité routière repartie à la hausse, avait été annoncée par Manuel Valls en octobre dernier. Elle a été reconfirmée ce mardi par le ministre Bernard Cazeneuve, en même temps que tombaient les mauvais chiffres de la sécurité routière : +2,4% de décès en 2015 (voir encadré).

10.000 faux radars ou radars leurre vont ainsi venir peupler nos bords de routes progressivement. Une première en France. "Il s’agit de créer des zones de contrôle de la vitesse, toujours signalées par un panneau, au sein desquelles des radars seront susceptibles d’être ou non présents", précisait le gouvernement dans son dossier de presse. En clair, les radars seront toujours annoncés. Sauf qu’il n’y aura pas forcément une machine active derrière chaque panneau. Les leurres auront la même apparence que le modèle d’origine, la même silhouette, la même couleur, et, toujours, un panneau d’avertissement quelques mètres avant. Mais ce seront des coquilles vides, sans optique ni flash. Certaines de ces cabines vides pourront toutefois être ponctuellement équipées d'un système d'optique et donc devenir actives certains jours de l'année. Clairement, avec ces appâts, les autorités misent sur la peur du gendarme.

Réguler les mauvaises habitudes

"L’objectif est de réduire la vitesse excessive", précise-t-on à la Délégation à la sécurité et à la circulation routière. Mais aussi de sécuriser certains itinéraires, notamment sur le réseau secondaire. "De nombreux automobilistes connaissent aujourd’hui les emplacements des radars, ont pris de mauvaises habitudes, comme ralentir à l’approche d’un radar, puis de réaccélérer après", précise-t-on. Des dérives que les leurres entendent corriger. Car avec ce dispositif, les "zones de contrôle sécurisées" seront multipliées par quatre : 15.000 lieux seront ainsi potentiellement couverts par des radars, contre 4200 aujourd’hui. D’autant que les 500 "vrais" radars vont être déployés d’ici trois ans.

Le dispositif est d’autant plus facile qu’il s’annonce beaucoup moins onéreux. S’il est impossible d’avoir le prix d’un radar leurre, il est à coup sûr bien moindre qu’un radar qui flashe, dont l’appareil coûte en moyenne 63 à 67.000 euros pièce, mais qui nécessite aussi installation et entretien, chiffrée, d’après les chiffres de Bercy, à 14.233 euros par machine et par an.

Déjà des faux radars citoyens

Pour la petite histoire, des particuliers se sont déjà mis à développer leur propre leurre. Ouest-France rapporte ainsi le cas d’un habitant de Contest, en Loire-Atlantique qui, las de voir les riverains rouler trop vite devant chez lui, avait eu l'idée d'installer un faux radar à l'entrée de sa ferme en rase campagne. Sauf que deux jours après son témoignage dans le journal, il avait reçu une visite... des gendarmes, lui demandant de démonter son faux radar, accusé d’être sur la voie publique et de nature à apporter un trouble à la circulation. Un garagiste dans un village des Ardennes, repéré par France leu , avait pu dresser ses propres statistiques : d’après lui, la moitié des automobilistes ralentissaient à l’approche de son radar.

Autre exemple, le faux radar d'Henri, à Leers dans le Nord.


La mesure gouvernementale n'avait en tout cas pas emballé les associations. Chantal Perrichon, de la Ligue contre la violence routière, avait estimé, en octobre dernier, que les radars "leurres" n'auront "aucun effet" : "Cela pourrait être une bonne idée, si l'on n’avait pas des fabricants d'avertisseurs de radars qui font que, leurre ou non, ils sont signalés", avait-elle remarqué. "C’est pourquoi nous demandons toujours que ce soient des radars embarqués dans des voitures banalisées." Pas sûr, en effet, que l’efficacité de la mesure ne perdure dans le temps : aux Etats-Unis, où le dispositif existe, les fausses patrouilles ou faux radars ne font plus recette : une fois repérés ils sont trop souvent vandalisés. Un effet placebo ?

À LIRE AUSSI
>> Radars automatiques : ce qu'ils coûtent et (surtout) ce qu'ils rapportent à l'Etat
>> Contester son PV : vraies astuces... et gros risques
>>  Radars, éthylotests anti-démarrage, gants pour les motards... Ces mesures qui pourraient être annoncées vendredi
>> Radars, leurres, drones... Les mesures de Manuel Valls pour la sécurité routière


Sibylle Laurent

Sur le
même thème

Tout
TF1 Info