Après une première période de grève en mars, les éboueurs parisiens annoncent à partir de ce jeudi un "acte 2" de leur mobilisation.
Les grévistes entendent "transformer les rues de Paris en décharge publique" jusqu'au retrait de la réforme des retraites.
Une mobilisation qui en rappelle d'autres.

Les tas d'ordures devraient de nouveau s'amasser dans les rues de la capitale. La section CGT du traitement et de l'assainissement des déchets vient d'annoncer, à partir de ce jeudi 13 avril, une nouvelle grève des éboueurs à Paris, avec le blocage de trois incinérateurs de déchets. Durant la première période de grève, du 6 au 29 mars derniers, d'importants monticules de déchets étaient visibles au pied des immeubles parisiens, faute de ramassage. La situation avait donné lieu à d'impressionnantes images, mais qui ne sont pourtant pas inédites dans l'histoire de la ville. Retour sur plusieurs épisodes marquants de grève des éboueurs parisiens. 

En 1947, la "grève des boueux" pour de meilleurs salaires

En 1947, la France connaît plusieurs fortes périodes de grève, dans différents secteurs. Au printemps, pendant trois semaines, les ouvriers de l'usine Renault de Boulogne-Billancourt font ainsi grève pour contester le blocage de leurs salaires. Comme eux, les "boueux", comme on surnommait les éboueurs à l'époque, arrêtent à leur tour le travail, au mois de novembre. Là encore, leurs revendications sont avant tout salariales. "Ils demandent une avance provisionnelle de 15% à 20% à compter du 1er novembre", indique Le Monde à l'époque. 

Très vite, la mobilisation va toutefois s'arrêter car les "boueux" sont remplacés dans le ramassage des ordures par des militaires : le gouvernement socialiste décide de faire appel à l'armée pour collecter les détritus dans les rues. Des gardes mobiles assurent alors la sécurité des camions-poubelles. À l'époque, les autorités craignaient notamment de voir émerger des épidémies dues à la décomposition des déchets, déposés directement dans des bennes, sans la protection des sacs-poubelles aujourd'hui.

Les éboueurs soutiennent "Mai-68"

Les ouvriers, les étudiants, les cheminots... Mais aussi les éboueurs : en mai 1968, les salariés de la SITA, la société collectant les déchets à Paris, rejoignent la grève générale. Dans les rues, les poubelles débordent et les déchets s'entassent. "En quelques jours seulement, plus de 9000 tonnes d'ordures s'amoncellent", rappelle La Croix. L'armée est nouvelle fois réquisitionnée pour faire le ménage. 

Certains travailleurs du BTP, qui ne font pas grève, sont alors exceptionnellement chargés du ramassage. "La Ville de Paris nous demandait aussi de ramasser les ordures, parce que les éboueurs étaient en grève. Je vous laisse imaginer l'état des Halles, où l'on vendait viande et fromage... On voyait des rats énormes et même des tortues !", racontera Manuel Paulos, l'un de ces salariés, dans Le Parisien en 2008. 

Le mouvement, qui dura plusieurs semaines, avait donné lieu à des images surprenantes de la capitale. Plusieurs d'entre elles sont réapparues sur Twitter au début du mouvement contre l'actuelle réforme des retraites. On y voit des centaines de cagettes en bois qui avaient envahi la chaussée de certains quartiers de la capitale.

Dans les années 70, de multiples grèves des éboueurs

À partir de 1970, et pendant une dizaine d'années, les éboueurs parisiens vont très régulièrement se mettre en grève pour revendiquer de nouveaux droits et de meilleurs salaires. En 1970, puis en 1972, l'armée est encore une fois réquisitionnée pour déblayer les rues. Les éboueurs demandent notamment de pouvoir se reposer pendant deux jours après six journées consécutives de travail, et non sept, comme alors. En 1974, 1975, 1977 et 1978, d'autres mouvements de grève du même type avaient également eu lieu dans la capitale. 

Aujourd'hui, les éboueurs de Paris comptent donc reprendre la contestation sociale, promettant de "transformer les rues en décharge publique". Jusqu'à 10.000 tonnes de déchets avaient été comptabilisées dans la capitale lors de la première vague du mouvement, en mars. 


Theodore AZOUZE

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