Le 6 juin 1944, plus de 150 000 hommes débarquent sur les plages normandes.
À l’arrière, mais également sur le terrain, de nombreuses femmes contribuent au succès de cette opération.
Communication, infirmerie, pilotes et même combat, elles jouent un rôle important dans tous les rouages du dispositif.

Télégraphistes, radaristes, analystes d’armes, opératrices de télémètres, pilotes de transport, électriciennes, mécaniciennes, ambulancières, etc. Le 6 juin 1944, de nombreuses femmes se retrouvent en contact direct avec les armées des alliés débarquant en Normandie. Si le commandement de l’opération leur interdit d’y participer sur le terrain, elles jouent un rôle fondamental pour aider les soldats.

Le débarquement doit notamment sa réussite à l’Irlandaise Maureen Sweeney. À l’origine, les soldats des alliés doivent franchir la Manche dans la nuit du 4 au 5 juin 1944. Or, le 3 juin, cette météorologue remarque que des vents de force 6 et des baisses de températures menacent le nord-ouest de l’Irlande, signe de la formation d’une tempête. Maureen Sweeney transmet son bulletin et les Américains repoussent l’opération du D-Day au lendemain.

Martha Gellhorn, la seule à débarquer le 6 juin parmi les hommes soldats

Martha Gellhorn seule femme du débarquement le 6 juin 1944Source : Top Info

Le 6 juin, 155 000 soldats, essentiellement américains, canadiens et britanniques, débarquent sur cinq plages normandes. Martha Gellhorn, journaliste américaine correspondante pour le magazine Collier’s Weekly, se cache dans les toilettes d’un navire hôpital. Le 6 juin, peu après le débarquement, elle se dirige vers Omaha Beach. À sa sortie du bateau, elle se déguise en brancardier et part sur le terrain couvrir le Débarquement en temps réel. Son article devient l’un des premiers à raconter le D-Day.

Pendant ce temps, Marie Scott travaille pour le Women's Royal Naval Service (WRNS, également appelé "Wrens"). Il s’agit de la branche féminine de la Royal Navy britannique. Téléphoniste, elle se retrouve à Portsmouth dans les tunnels de Fort Southwick, le QG des principaux commandants alliés. Elle est préposée aux communications VHF qui servent aux échanges directs entre deux interlocuteurs. Son rôle, retranscrire les conversations codées sans savoir qui parle. Très vite, elle comprend qu’elle se trouve connectée à une zone de combat : chaque fois que l'interlocuteur extérieur se branche à la VHS, les bruits alentour des explosions, tirs à la mitraillette et hurlements d’homme lui parviennent.

Le 12 juin, trois infirmières britanniques arrivent en Normandie pour soigner les blessés sur le champ de bataille. Edna Morris, Lydia Alford et Myra Roberts rapatrient les plus atteints sur le sol anglais. Rapidement, les médias les surnomment "Flying Nightingales", en référence à la célèbre infirmière britannique Florence Nightingale, pionnière des soins modernes.

Les combattantes sur le terrain

Sur le terrain aussi, des centaines de femmes se battent et participent aux forces spéciales. Au début du mois d’août, une trentaine d’entre elles du groupe Rochambeau foulent Utah Beach pour participer à la bataille de Normandie. Tout commence grâce à Florence Conrad en 1943. L’Américaine rassemble des ambulancières et lève des fonds pour acheter des ambulances et les conduire pour que les hommes se cantonnent au combat. Elle convainc les autorités et le général Leclerc d’intégrer son groupe Rochambeau à sa division 2ᵉ blindée. Le groupe compte plusieurs Françaises à l’image de Suzanne Torrès qui en prend le commandement en août 1944.

Surnommée les Rochambelles, elles suivent la 2e DB sans aucune information précise. Elles passent leur baptême du feu sous les bombardements allemands. L’historienne Elodie Jauneau, spécialiste des questions d’égalité femme homme dans les armées, raconte : "Afin d’éviter que toutes les Rochambelles ne soient exposées aux mêmes dangers au même moment, elles sont de plus en plus dispersées au sein de la Division. Les Rochambelles sont jugées de plus en plus indispensables. Celles qui décident de rester ne quitteront plus la Division et ne décevront jamais, malgré le scepticisme masculin des premiers jours sur le sol normand."

Quatre femmes au cimetière de Colleville

Peut-on trouver des dépouilles féminines dans les cimetières américains dédiés au débarquement ? Celui de Colleville-sur-Mer, au-dessus d’Omaha Beach, en compte quatre. Elisabeth Richardson s’est engagée dans la Croix-Rouge pour "réchauffer le moral des soldats". Objectif de l’Américaine : "Recueillir avec attention et psychologie les confidences des boys traumatisés par la guerre et de les divertir en passant des airs de Glenn Miller ou en parlant base-ball". Elle meurt près de Rouen dans l’accident de son avion en 1945.

Auprès d’elle, trois Afro-américaines du 6 888ᵉ bataillon postal, la seule unité militaire composée uniquement de femmes noires déployée à l'étranger. 855 femmes arrivent en Angleterre en février 1945. Leur mission, trier 17 millions de lettres et de colis divers dans des hangars de Birmingham parcourus de courants d'air et de rats. Elles s'organisent en équipes pour faire les trois huit, inventent des techniques pour croiser les noms des destinataires avec les renseignements militaires pour mieux orienter le courrier. Trois mois plus tard, elles sont envoyées en France pour faire le même travail. Rapidement, Mary Bankston, Mary Barlow et Dolores Browne, trois membres du groupe, perdent la vie dans un accident de Jeep. En 2022, Joe Biden a décerné au bataillon surnommé "six triple eight" la médaille d'or du Congrès.

Difficile d’évaluer le nombre exact de femmes actives auprès des armées alliées. Élodie Jauneau reconnaît que l’inventaire du rôle des femmes dans les armées de la Seconde Guerre mondiale reste encore lacunaire.


Geoffrey LOPES

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