MOBILITÉS - Une proposition de loi émanant des centristes souhaitait rendre le port du casque obligatoire pour les cyclistes. Rejetée par le Sénat, elle suscitait des réactions très contrastées, l'efficacité d'une telle mesure n'étant pas avérée pour diminuer les accidents graves.

Ce jeudi, le Sénat a rejeté la proposition de loi portée par des élus centristes. Ces derniers voulaient imposer le port du casque aux cyclistes, sous couvert de sécurité renforcée. "Ce n’est pas le travail des parlementaires de régler cette question", a justifié le sénateur socialiste Jérôme Durain. "C’est de l’ordre du réglementaire et du travail du gouvernement, nous sommes hors compétence", a-t-il ajouté, justifiant le retrait de la proposition. Par ailleurs, bien que favorable à une telle mesure, il a noté qu'une telle mesure pourrait avoir un effet néfaste : celui de dissuader de nombreux usagers de prendre un vélo pour se déplacer.

Si les arguments ne manquent pas pour prouver l'effet protecteur du casque, il semble toutefois difficile de l'associer à une réduction des accidents, des blessures, voire des décès. Des données officielles montrent en effet que les cyclistes avec ou sans casque sont victimes d'un nombre similaire d'accidents graves chaque année, et que la mortalité entre ces deux groupes se révèle quasiment similaire.

Pas l'outil idéal

Imposer le casque aux cyclistes serait "complètement contre-productif", a rapidement réagi David Belliard, maire adjoint de Paris en charge de la transformation de l’espace public et des mobilités. Il suggère en passant de "rendre obligatoire les dispositifs anti angles morts, bien plus efficaces". Pour appuyer son propos, il partage une infographie permettant d'illustrer l'absence de bénéfice notable du port du casque sur les accidents graves ou la mortalité.

En se basant sur des données 2019 de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR), on remarque que parmi les 4763 cyclistes ayant été victimes d'accidents de la route cette année-là, la moitié n'avait pas de casque. 45% en portaient un, tandis cette information n'était pas spécifiée dans 5% des cas. Si l'on pourrait s'attendre à ce que les cyclistes les moins bien équipés soient davantage touchés par les accidents graves, il n'en a rien été. 3,5% des cyclistes sans casque impliqués sont décédés, quand 4% de ceux avec un casque succombaient aux chocs dont ils étaient victimes. 

Administrateur de l'association Paris en selle, qui promeut la pratique du vélo et des aménagements urbains adaptés, Guillaume Martin a apporté des arguments supplémentaires. "0.5% des cyclistes aux Pays-Bas portent un casque", a-t-il indiqué, "pourtant il s'agit d'un des pays où la pratique est la plus développée." Il souligne que "dans une pratique quotidienne (domicile-travail, faire ses courses...), le casque n'est pas un facteur déterminant en terme d'accidentologie". Des données de l'OCDE montrent d'ailleurs que le nombre d'accidents graves au Pays-Bas, malgré une très importante pratique du vélo, reste particulièrement réduit.

Beaucoup de cyclistes et très peu de décès : les Pays-Bas font figure d'exemple.
Beaucoup de cyclistes et très peu de décès : les Pays-Bas font figure d'exemple. - Infographie CC BY ND Statita

Interrogé par l'Agence Science Presse, le médecin canadien Michel Lavoie souligne que "ce qui fait la sécurité des villes comme Amsterdam et Copenhague, ce sont des environnements plus sûrs pour les cyclistes", et non pas l'imposition du port du casque. "Ces villes", explique-t-il, "ont restreint l’espace dédié aux automobiles pour favoriser les transports collectifs, diminuant ainsi le nombre de véhicules en circulation". En parallèle, il met en avant l'aménagement de "voies cyclables distinctes pour séparer les cyclistes de la circulation automobile". Des mesures pour lesquelles plaident majoritairement les associations d'usagers de la bicyclette en France.

Si le port du casque n'est pas la mesure idéale, notamment puisqu'elle peut en détourner certain(e)s de la pratique du vélo, il faut toutefois reconnaître que les études sont unanimes pour lui reconnaître des qualités. Une étude de 2017 citée par l'ONISR "montre que le risque est divisé par 2 pour la fracture crânienne et par presque 20 pour les lésions neurologiques avec le port du casque dans le cas d’un cycliste circulant à une vitesse entre 15 km/h et 25 km/h et chutant lors de l’ouverture d’une portière d’un véhicule à l’arrêt". Dans le cas du d’un cycliste percuté latéralement "par un véhicule de tourisme circulant à 45 km/h, le risque de fracture crânienne est divisé par 3 par le port d’un casque", peut-on également lire. S'il ne constitue pas une protection à toute épreuve, le casque prévient donc les blessures à la tête et ne peut théoriquement jamais nuire à celui ou celle qui le porte. 

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Thomas DESZPOT

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