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Sécurité routière : les contrôles d'alcoolémie en nette diminution ces dernières années ?

Publié le 20 février 2023 à 18h36, mis à jour le 20 février 2023 à 19h11

Source : TF1 Info

Le ministre de l'Intérieur veut durcir les sanctions à l'égard des automobilistes qui auraient pris des drogues.
Il a également annoncé vouloir "être beaucoup plus dur" avec ceux qui conduisent sous l'emprise d'alcool.
Pourtant, un chercheur souligne (à raison) que la détection de l'alcoolémie au volant est en très net recul ces dernières années.

Après l'accident de la route impliquant Pierre Palmade, Gérald Darmanin a annoncé vouloir sévir à l'encontre des
automobilistes qui "conduisent sous l'emprise de drogues, de stupéfiants ou d'alcool". Il s'est notamment prononcé pour un retrait des 12 points du permis pour ceux qui prennent le volant alors qu'ils ont consommé des stupéfiants, mais aussi d'alcool, et l'introduction de la qualification "d'homicide routier". 

Le ministre de l'Intérieur a ainsi affirmé qu'un total de 800.000 contrôles routiers "contre la drogue" ont eu lieu en 2022, "soit le double des années précédentes". Il assure aussi avoir "donné comme instruction d'en faire un million cette année". Cette apparente fermeté illustre-t-elle un volontarisme des autorités en matière de lutte contre l'insécurité routière ? Un sociologue du CNRS le met en doute : il s'appuie sur des données publiques pour assurer que les contrôles d'alcoolémie sont en baisse très nette : de l'ordre de 25% entre 2017 et 2021.

Plus qu'un simple effet Covid

L'Observatoire national interministériel de la sécurité routière (Onisr) est l'institution de référence vers laquelle se tourner lorsqu'il s'agit d'appréhender la question des infractions et des contrôles réalisés sur les routes de France. Si les dernières données disponibles ne portent pas sur 2022, mais sur 2021, il reste toutefois possible de mesurer l'évolution des contrôles depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée.

Le fait que les chiffres à notre disposition n'incluent pas ceux des polices municipales n'est pas un problème apparent aux yeux de l'Onisr. En effet, "les contrôles d’alcoolémie sont assurés quasi exclusivement par les forces de l’ordre nationales". Un tableau détaillé, remontant dans le temps et publié dans le bilan statistique des infractions 2021, permet de juger du nombre de contrôles réalisés sur le territoire.

Onisr - rapport 2021

Alors qu'en 2017, année de l'élection d'Emmanuel Macron, on comptait un peu plus de 10,1 millions de dépistages d'alcoolémie au volant, des baisses successives ont été enregistrées en 2018 (-4,2%) et 2019 (-5,4%) jusqu'à s'établir à un peu plus de sept millions en 2020, qui enregistre la plus importante diminution des contrôles (-26,4%) dans un contexte toutefois largement perturbé par les différents confinements liés à la pandémie de Covid-19. 

L'année 2021, elle, a enregistré une légère hausse (+2,2%) avec 7,1 millions de contrôles effectués, alors que les déplacements des Français ont à nouveau été réduits par les différentes mesures sanitaires prises sur le territoire. Il faudra ainsi attendre les chiffres de 2022, qui ne fut pas perturbée de manière significative par le Covid, pour venir confirmer ou non les tendances observées depuis 2017.

La diminution des contrôles liés à l'alcool peut surprendre, alors même qu'il reste "responsable de 30% de la mortalité routière", selon la direction de la Sécurité routière. Celle-ci rappelle que le risque d'être responsable d'un accident mortel est multiplié par 17,8 chez les conducteurs alcoolisés. 

Dans les rapports de l'Onisr, on constate non seulement une tendance à la baisse des contrôles par les forces de l'ordre, mais aussi leur très forte hétérogénéité à l'échelle du territoire. En effet, si l'on se penche sur le nombre moyen de dépistages de l'alcool par an et pour 1000 habitants par département, on constate d'incroyables écarts. Quand 406 contrôles pour 1000 habitants ont été réalisés en 2021 dans la Creuse, seuls 4 pour 1000 habitants l'ont été à Paris, 32 dans le Rhône ou 72 dans la Loire. Il apparaît bien plus probable de se faire contrôler dans les territoires ruraux : des départements comme l'Yonne, la Haute-Marne, l'Allier ou la Corrèze affichent des ratios de dépistages par rapport à leur population parmi les plus élevés de France.

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Thomas DESZPOT

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