"Quel est le rapport entre nos récits et l’Inquisition ?" : 14 victimes présumées de Hulot et PPDA répondent à Macron

Publié le 8 décembre 2021 à 16h31

Source : JT 20h WE

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES - Quatorze femmes qui se sont déclarées victimes de violences sexuelles commises par Nicolas Hulot et Patrick Poivre d'Arvor ont réagi dans une tribune à la mise en garde d'Emmanuel Macron, face au risque selon lui d'une "société de l'inquisition".

"Nous ne sommes pas les bourreaux" : un collectif de quatorze femmes qui s'étaient déclarées victimes de violences sexuelles de la part de Nicolas Hulot et de Patrick Poivre d'Arvor répondent dans une tribune publiée sur le site du journal Le Monde aux propos d'Emmanuel Macron qui avait dit saluer un mouvement de libération de la parole, tout en disant craindre une "société de l'inquisition"

"Quel est le rapport entre nos récits et l’Inquisition ? De nos intimités exposées naîtrait le risque de replonger la France dans une des périodes les plus sombres et les plus unanimement détestées de l’histoire occidentale ?", s'interrogent les quatorze signataires dans ce texte

Elles rappellent notamment que l'Inquisition est une juridiction médiévale, par laquelle l'Église catholique jugeait les personnes qu'elle estimait déviantes, entraînant des tortures et mises à mort, un tribunal "symbole de l’obscurantisme, de la terreur et de l’arbitraire", écrivent-elles.

"Une pièce de plus dans la machine à taire"

"Vous nous mettez du côté des inquisiteurs, figures honnies de la mémoire collective, représentants des pires atrocités du passé", tancent les signataires, estimant qu'elles n'ont pas le pouvoir "de condamner" ni "de priver de liberté". "Nous ne sommes ni juges, ni puissantes, ni riches", insistent-elles, insistant sur le fait que leurs témoignages ont souvent été "difficiles et coûteux", livrés au bout de plusieurs années.

"En agitant la menace inquisitoriale, vous en rajoutez une couche, vous nous dites que nous sommes dangereuses. Une pièce de plus dans la machine à taire. Mettre nos misères en lumière risquerait d’enfoncer la France dans les ténèbres ? Nos récits ne devraient-ils pas faire avancer le droit plutôt que de le faire reculer jusqu’aux horreurs de l’Inquisition ?", poursuivent-elles. Et de conclure : "Nous ne sommes pas les bourreaux, monsieur le président de la République. Pourquoi faisons-nous si peur ?"

Ces réactions font suite à la prise de position du chef de l'État, tenue mercredi dernier en Conseil des ministres et qui ont été rapportés par des participants. Emmanuel Macron avait dit souhaiter ni "opacité", ni "complaisance" à propos des accusations d'agressions sexuelles et de viol contre son ex-ministre Nicolas Hulot, mais il avait affirmé : "Nous ne voulons pas, non plus, d'une société de l'inquisition".

Emmanuel Macron "se place de facto du côté des agresseurs", estime Alice Coffin

Ces propos marquaient sa première réaction après la diffusion, le 25 novembre sur France 2, d'une enquête d'"Envoyé Spécial" dans laquelle plusieurs femmes ont accusé l'ancien ministre de l'Écologie de viols et d'agressions sexuelles. Une enquête préliminaire a été ouverte dans la foulée par le parquet de Paris. Au total, ce sont au moins six femmes, dont l'une mineure au moment des faits, qui le mettent en cause. Selon nos informations, cette dernière femme a porté plainte pour viol fin novembre, dénonçant des agissements qui aurait eu lieu en 1989 alors qu’elle avait 16 ans. 

Cette réponse "est gravissime", a estimé mercredi sur LCI Alice Coffin, journaliste, militante féministe et LGBT et élue écologiste de la ville de Paris. Selon elle, Emmanuel Macron "n’a pas saisi que le mouvement féministe et les femmes avaient besoin  d’avoir une parole à la tête de l’État pour les accompagner, les soutenir" et qu'il "en rajoute une couche en parlant d’inquisition"

Cette prise de position, aux côtés de "beaucoup d'autres indices", confirme d'après l'élue que "sous cette mandature, on n’a pas eu, malgré les déclarations, d’engagement réel aux côtés des femmes", estimant qu'Emmanuel Macron n'était pas "un chef d’État sur lequel ni les mouvements féministes ni les femmes, ni les Françaises ne peuvent compter dans ce pays", et qu'il "se place de facto du côté des agresseurs"

Quant à l'affaire dite "PPDA", elle a éclaté en février, quand la journaliste Florence Porcel a déposé une plainte pour viol contre le journaliste Patrick Poivre d'Arvor. Dans le cadre de l'enquête préliminaire menée par le parquet de Nanterre, 23 femmes avaient témoigné, dont neuf avaient choisi de porter plainte pour viol, agressions sexuelles ou harcèlement sexuel. Une affaire classée sans suite par le parquet de Nanterre. 

Parmi les signataires de cette tribune, l'ancienne présentatrice de JT, Hélène Devynck, Cécile Thimoreau, ancienne journaliste à TF1 et Muriel Reus, ancienne cadre de TF1. Elles ont cofondé l’association #MeTooMedias, qui vise à briser l'omerta dans les médias français.


La rédaction de TF1info

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