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Le Nutri-Score, un outil qui "ne tient pas compte des qualités nutritionnelles" des produits ?

Publié le 12 juin 2023 à 18h03

Source : JT 20h Semaine

La socialiste Carole Delga souhaite que les produits AOP/IGP soient exclus du Nutri-Score.
Elle considère en effet que celui-ci "ne tient pas compte des qualités nutritionnelles" des produits.
Une affirmation trompeuse, même si le Nutri-Score continue d'affiner avec le temps son algorithme.

Exclure les produits bénéficiant d'une AOP ou d'une IGP du Nutri-Score ? Voilà la proposition que défend la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga. Sur Twitter, dimanche 11 juin, l'élue se montre très critique, assurant que le Nutri-Score "ne tient pas compte des qualités nutritionnelles" des produits. Elle prend ainsi pour exemple le roquefort, "riche en protéines, en calcium, en micro nutriments et en acides gras insaturés" mais qui est plombé par de mauvaises notes alors qu'il n'est "pas comparable à un produit ultra-transformé". Des propos trompeurs, qui ne tiennent pas compte des objectifs affichés du Nutri-Score ni de la méthodologie qui sous-tend ses calculs.

Un outil fiable, affiné avec le temps

Il est curieux de voir le Nutri-Score accusé de ne pas tenir compte de la qualité nutritionnelle des produits. En effet, il s'agit de sa vocation première : comme le rappelle Santé publique France, il s'agit d'un "logo apposé en face avant des emballages qui informe sur la qualité nutritionnelle des produits sous une forme simplifiée et complémentaire à la déclaration nutritionnelle obligatoire (fixée par la réglementation européenne)". Sont pris en compte les "nutriments et aliments à favoriser (fibres, protéines, fruits, légumes, légumineuses, fruits à coques, huile de colza, de noix et d’olive)", ainsi que ceux "à limiter (énergie, acides gras saturés, sucres, sel)". Des évolutions sont par ailleurs régulièrement apportées, afin que l'efficacité de cette notation soit améliorée.

Le fait de vouloir exclure les produits AOP/IGP du Nutri-Score n'a rien de nouveau dans le débat public, puisqu'une proposition de loi en ce sens était déjà déposée et soutenue l'an passé par une quarantaine de députés LR. Les arguments qui étaient invoqués, identiques à ceux de la socialiste Carole Delga, reprenaient "quasiment point par point les éléments de langage développés par la Confédération Générale du Roquefort qui s’oppose à l’affichage du Nutri-Score", soulignaient en réaction les auteurs du blog Nutri-Score, membres de l'équipe de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle (EREN- Inserm/Inrae/Cnam/Université Sorbonne Paris Nord).

Les chercheurs répondent à l'argument selon lequel le Nutri-Score laisserait de côté des micro-nutriments bénéfiques pour la santé, à l'instar des vitamines, minéraux et autres oligo-éléments. Ils soulignent qu'il s'agit d'un "outil de transparence sur la composition nutritionnelle, qui doit pour maintenir cette qualité et ainsi conserver la confiance des consommateurs, s’appuyer sur les données disponibles de composition nutritionnelle sur le paquet". Dès lors, il y a "une raison pratique évidente à ce que les micro-nutriments comme d’autres éléments nutritionnels d’intérêt ne soient pas utilisés dans son calcul : les données sur la composition des produits de marque en vitamines, minéraux, polyphénols, sucres libres, type d’acides gras... Ne sont pas disponibles, car ces éléments ne font pas partie de la déclaration nutritionnelle rendue obligatoire par la réglementation européenne". Ne pas avoir accès à ces données "empêche donc toute capacité de pouvoir les intégrer au développement d’un logo nutritionnel qui se voudrait transparent".

L’algorithme prend indirectement en compte beaucoup plus d’éléments
Les chercheurs de l'équipe EREN

L'algorithme derrière le Nutri-Score, apprend-on encore, a compté, lors de son développement par une équipe d’universitaires d’Oxford, sur les enseignements fournis par "de nombreuses études". Celles-ci ont permis de "justifier les éléments retenus dans l’algorithme qui sous-tend le calcul du Nutri-Score (compte tenu de leur impact potentiel sur la santé)", tout en limitant "par des études de sensibilité", leur nombre ainsi qu'une redondance entre les éléments. Les scientifiques le martèlent : "l’algorithme prend indirectement en compte beaucoup plus d’éléments que la seule liste affichée pour son calcul (notamment des vitamines et des minéraux, comme le calcium)".

Enfin, il convient de rappeler que le Nutri-Score n'est, pour l'heure, pas obligatoire, et que son utilisation par les acteurs du secteur agro-alimentaire ne vise pas à comparer des produits de nature très différente entre eux. "On n’hésite pas au moment de ses achats (ou de son repas) entre un fromage et du ketchup, ou entre un fromage et des nuggets de poulet", résument les membres de l'équipe de Recherche en Épidémiologie Nutritionnelle, dirigée par la lauréate du prix Recherche 2019 de l'Inserm, Mathilde Touvier. Cette spécialiste, toujours prompt à expliquer le fonctionnement du Nutri-Score, estime que son intérêt premier est avant tout "de s’y retrouver en rayon" et "d’identifier facilement" parmi une gamme de produits similaires ceux qui présentent "la meilleure qualité nutritionnelle". Dans ses présentations, elle n'hésite ainsi pas à prendre en exemple les céréales consommées au petit-déjeuner, qui varient selon les marques et les produits de la note A à la note E.

Preuve que le Nutri-Score constitue un outil de santé publique, une étude relayée par l'Inserm a prouvé en 2020 que "la consommation d’aliments moins bien classés au moyen du Nutri-Score est associée à une mortalité accrue". Un argument avancé par les spécialistes de la nutrition pour réclamer que ce logo soit à l'avenir généralisé dans tous les rayons.

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Thomas DESZPOT

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