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NutriScore : de meilleures notes pour le lait non bio par rapport au bio ?

Thomas Deszpot
Publié le 3 juin 2022 à 15h43
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Député sortant des Bouches-du-Rhône, François-Michel Lambert a critiqué le fonctionnement du NutriScore, devenu commun sur nos emballages.
Il a partagé une photo de briques de lait, pour lesquelles la note est moins bonne lorsque le produit est bio.
Rien d'anormal à cela, répond l'une des conceptrices du NutriScore.

Dans un message adressé à ses abonnés, le député écologiste des Bouches-du-Rhône, François-Michel Lambert a dénoncé le fonctionnement du NutriScore, devenu commun sur nombre d'emballages alimentaires. Non sans ironie, il a évoqué un "formidable algorithme", qui "permet de favoriser le lait conventionnel noté A face au lait bio noté B".  Un résultat qui le laisse plus que perplexe. Pour appuyer son propos, il a partagé la photo de deux briques de lait, de la même marque et ayant pour seule différence le fait que l'une soit bio. On constate bien ici que le lait non bio affiche un meilleur score. 

Une analyse biaisée du Nutriscore

Faut-il s'émouvoir d'une telle notation, semblant pénaliser le bio ? Avant toute chose, de rapides recherches permettent de retrouver la trace de ces produits, issus d'une marque distributeur du groupe Intermarché. Il est exact que le litre de lait demi-écrémé non bio possède une notation A, tandis que celui bio est noté B. Pour autant, cela ne devrait pas nous émouvoir, comme l'explique à TF1info Mathilde Touvier, directrice de l'équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN) au sein de l'Inserm.

Fine connaisseuse du NutriScore – elle dirige l'équipe de chercheurs qui en a assuré la conception et le fait évoluer –, elle insiste sur le fait qu'il n'y a "pas de lien direct entre le fait qu'un produit soit bio ou pas et son NutriScore". Cela dit, "entre deux laits demi-écrémés, la composition [...] peut varier, ce qui peut conduire à un NutriScore A ou B". Et la spécialiste de citer les quantités observées en "acides gras saturés" ou "en protéines", notamment. 

La note de chaque produit sera donc fixée indépendamment du caractère bio ou pas, le mode de production n'étant pas un critère pris en considération. Un paramètre à garder en mémoire et qui n'a rien d'illogique. Le score "reflète la qualité nutritionnelle", rappelle Mathilde Touvier, et n'a pas d'autre vocation. Elle ajoute toutefois qu'en matière de recommandations pour le consommateur, "le message est surtout de privilégier les aliments A ou B (versus les D ou E)". Ces deux laits, "malgré de légères variations, restent très bien classés."

Les railleries du député Lambert, note la chercheuse, ne datent pas d'hier, l'intéressé n'ayant jamais caché le peu d'estime qu'il accordait au NutriScore. Pour autant, il est sans doute nécessaire de continuer à communiquer pour expliquer au grand public le rôle que joue ce système de notation et ce qu'il signifie réellement. Il reste, "c'est sûr, de la pédagogie à faire : on tente d'ailleurs de produire des outils de promotion simples pour parvenir à contrecarrer les critiques souvent illégitimes adressées au NutriScore", glisse l'experte de l'Inserm. "Avec des arguments scientifiques", ajoute-t-elle, cette notation étant avant tout le fruit d'un travail de recherche, effectué par des spécialistes de la nutrition.

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