Apologie de Daech : "Archive.org", le site américain qui snobe les autorités françaises

WILLIAM MOLINIÉ
Publié le 15 janvier 2016 à 12h16
Apologie de Daech : "Archive.org", le site américain qui snobe les autorités françaises

DJIHAD 2.0 - Les autorités françaises ne parviennent pas à contraindre la plateforme "archive.org" de ne plus diffuser les contenus publiés par des sympathisants de Daech faisant l'apologie du terrorisme ou appelant au meurtre. Ce qui pose la question de la passivité des grands acteurs du web outre-atlantique et de notre capacité d'agir. Explications.

Les internautes peuvent y consulter en accès libre les revues de propagande de Daech - Dabiq (en anglais) et Dar al-Islam (en français) -, ou visionner sans être inquiété des vidéos de décapitation. Plus d’un an après le vote de la loi antiterroriste permettant de filtrer les sites Internet faisant l’apologie du terrorisme, la plateforme américaine "archive.org", qui se présente comme "défendeur de la liberté d'expression", continue d’être la porte d’entrée de la diffusion des contenus de l’organisation terroriste. Sans que les autorités françaises puissent en empêcher leur consultation et leur diffusion sur la toile.

"Ce site ne collabore pas du tout avec les autorités", regrette auprès de metronews le colonel Nicolas Duvinage, chef du centre de lutte contre les criminalités numériques (C3N) de la gendarmerie nationale. Non seulement la plateforme refuse de divulguer les adresses IP des Français qui postent des vidéos d’apologie ou des appels au meurtre, mais elle les informe aussi que les autorités françaises ont engagé une recherche à leur encontre. "C’est même la triple peine puisqu’elle refuse de supprimer les contenus illicites", ajoute ce gendarme.

"Complicité passive"

Dans une réponse aux autorités, les responsables du site ont justifié l'absence de collaboration en signifiant qu’ils ne diffusaient pas "de données personnelles non publiques en dehors d’un processus judiciaire". Sous-entendu, seule la justice américaine pourrait éventuellement les contraindre à renseigner les identités des diffuseurs. Selon nos informations, plusieurs demandes de collaborations judiciaires ont été envoyées aux autorités outre-Atlantique. "Sans grand espoir", souffle-t-on au sein de la lutte contre les cybercriminalités.

La réponse, perçue comme "désinvolte" d’archive.org, irrite jusqu’au sommet des forces de sécurité. Si bien que des experts de la cyberdéfense au sein de l’état-major des armées françaises se sont fendus d’une note, révélée par Le Figaro , déplorant la "complicité passive" de certains grands acteurs du Web américains, qui offrent des solutions d'hébergement et de protection de données à de nombreux sites, souvent francophones, affiliés à l'État islamique (EI) . Plus loin dans la note, les experts citent "archive.org" l’accusant d’héberger à elle seule plusieurs centaines de gigas de vidéos de propagande.

Filtrer la plateforme, y compris la vitrine légale ?

En 1996, "archive.org" a été créé avec l’ambition d’archiver l’intégralité du Web. Depuis, cette vitrine légale permet aux internautes de consulter toutes les versions des sites Internet et d’y sauvegarder des documents sur le modèle d’un "cloud". Mais la plateforme a été largement investie par les sympathisants de Daech qui y postent régulièrement, partout dans le monde, des contenus de propagande.

La loi antiterroriste de décembre 2014 permet aux policiers d’imposer aux opérateurs un filtre sur les sites à contenu apologiste. Mais dans le cas précis d' "archive.org", cela reviendrait à supprimer aux Français l’accès de l’ensemble de la plateforme, y compris la partie légale. La question est de savoir si les autorités policières prendront une telle décision. Désormais, la loi antiterroriste les autorise à appliquer des filtres administratifs, sans passer par une décision d’un juge.

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