Devenue incontournable, en particulier chez les 15-24 ans, l'application chinoise TikTok serait menacée aux États-Unis.
Des messages en ligne rapportent que les autorités américaines prévoient de bannir le réseau social.
Si une autorité de régulation préconise bel et bien une interdiction outre-Atlantique, elle n'est pas (encore) d'actualité.

Avec plus de 15 millions d'utilisateurs actifs en France, TikTok fait partie des applications les plus populaires. Un succès observé également aux États-Unis, mais qui pourrait être remis en cause par une décision des autorités. L'interdiction du réseau social outre-Manche serait en effet "imminente", si l'on en croit des articles et des messages relayés en ligne. La plateforme serait bientôt bannie, et la firme chinoise ByteDance, qui l'a développée, se trouverait dans le collimateur de Washington. Des menaces à prendre au sérieux ? Oui, bien qu'une interdiction totale de l'application sur le sol américain semble difficilement envisageable à court terme.

D'où viennent ces informations ? S'agit-il uniquement de rumeurs ?

Si des titres de la presse spécialisée relaient ces menaces d'interdiction, ils ne se basent pas sur de simples spéculations. En effet, TikTok est dans le viseur de l'État américain depuis plusieurs années déjà : durant l'été 2020, Donald Trump expliquait vouloir l'interdire aux États-Unis, afin officiellement de "protéger les données privées des Américains". L'administration estimait en effet que les données des utilisateurs n'étaient pas suffisamment sécurisées, et soupçonnait qu'elles puissent être récupérées par la Chine et exploitées par ses services de renseignement. Une forme d'espionnage numérique, en somme, dans un contexte de concurrence économique accrue entre Washington et Pékin.

Si Joe Biden a décidé une fois au pouvoir de révoquer et de remplacer les décrets pris par son prédécesseur pour interdire les plateformes TikTok, WeChat et huit autres applications, Forbes souligne que le successeur de Donald Trump a sollicité "une enquête sur les menaces à la sécurité que TikTok pourrait poser". C'est dans ce contexte qu'au cours des derniers jours, un responsable de la FCC, l'équivalent de l'Arcom outre-Atlantique, a estimé inévitable que TikTok finisse par être bannie sur le sol américain. "Je ne crois pas qu'une alternative à l'interdiction soit envisageable", a-t-il indiqué en substance lors d'une interview. Un message largement relayé puisque la FCC est une autorité de régulation officielle.

Concrètement, qu'est-ce que ça change ?

Ces propos peuvent être analysés de différentes manières, et ne signifient pas qu'une interdiction de l'application sera effective à court ou moyen terme. La presse américaine juge "possible" une telle décision, mais estime aussi qu'il "faudrait que beaucoup d'eau coule sous les ponts pour que cela se produise de sitôt". En effet, "le gouvernement fédéral n'a pas fait grand-chose jusqu'à présent pour réglementer TikTok, et encore moins pour l'interdire à tous les utilisateurs américains", tandis que "le Congrès n'a pas encore créé de lois fédérales globales sur la confidentialité des données". Ce faisant, "il est difficile de réglementer la sécurité ou la confidentialité des données avec des lois qui n'existent pas encore" font remarquer des suiveurs du dossier. 

Il est possible d'analyser la sortie d'un responsable de la FCC comme une manière de mettre la pression sur l'entreprise Chinoise ByteDance, détentrice de TikTok. Des discussions sont en effet toujours en cours entre les dirigeants de l'application et le Conseil des investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS), ce dernier mettant par exemple sur la table l'hypothèse d'une cession par TikTok d'une partie de ses activités à une société américaine.

Par ailleurs, si Donald Trump s'était montré très véhément envers la plateforme, on constate que l'administration Biden n'a pas entériné la décision de suspension initiée par son prédécesseur. Le dialogue entre l'État américain et ByteDance se poursuivant, il serait surprenant de voir une interdiction prononcée à court terme. Et ce, même si la FCC le préconise, puisque cette entité n'a pas à elle seule le pouvoir de décider d'un blocage sur le sol américain.

L'interdiction, un acte politique et économique aussi symbolique que risqué ?

Plusieurs facteurs laissent penser qu'une interdiction de TikTok aux États-Unis n'est pas "imminente", comme l'affirment certains en France. On peut même douter purement et simplement qu'elle se produise un jour. Parce que l'application fonctionne très bien, d'une part, et se trouve utilisée chaque jour par plusieurs millions d'Américains. Nul doute que l'interdire totalement serait de nature à susciter un mécontentement chez les usagers réguliers, tout comme chez les producteurs de contenus qui tirent profit de sa croissance et vivent aujourd'hui des vidéos qu'ils réalisent à destination de la plateforme. 

Dans le même temps, on constate que les citoyens ne sont pas les seuls à s'en être emparée. Si les contenus politiques étaient jusqu'à présent rares et peu mis en avant, on les voit se multiplier sur TikTok à l'occasion des "midterms", traditionnelles élections de mi-mandat aux États-Unis. La presse relate cet engouement nouveau, la plateforme devenant un outil de campagne numérique à part entière.

Enfin, il s'agirait d'un signal politique très fort à l'égard de la Chine, susceptible d'être perçu comme une attaque sur le plan économique par Pékin. TikTok constitue l'une des rares plateformes chinoises à avoir réussi à dépasser le cadre de ses frontières, si bien qu'elle représente aujourd'hui un symbole. S'y attaquer serait potentiellement risqué pour les États-Unis, qui s'exposeraient à de potentielles sanctions en retour. 

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Thomas DESZPOT

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