EDF participe au projet de mégalopole saoudienne futuriste "Neom", malaise chez les salariés

Publié le 1 mars 2024 à 16h37

Source : Les MATINS LCI

L'énergéticien a signé un contrat avec l'Arabie Saoudite pour bâtir une centrale hydroélectrique.
L'installation alimentera en électricité une partie des résidents de la cité futuriste en construction dans le désert saoudien.
En interne, la participation d'EDF à ce projet controversé provoque des remous.

EDF a-t-il vendu son âme au diable ? C'est en tout l'avis d'une partie des salariés du groupe. Le géant français de l’énergie a signé un contrat avec l’Arabie saoudite pour bâtir une centrale hydroélectrique sur le site de "Neom", une mégalopole futuriste en construction dans le désert saoudien. L’ouvrage, qui a été baptisé Nestor, sera implanté loin du front de mer et de toute source d’eau naturelle, un défi technique qui suscite l'enthousiasme des dirigeants. Cependant, il est loin de faire l’unanimité en interne, comme le rapporte la cellule d’investigation de Radio France. 

Porté par le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Salmane (MBS), le projet Neom - dont la vidéo en tête de cet article vous donne un aperçu - prévoit d’implanter une mégalopole futuriste de 26.000 km² en plein cœur du désert, dans la province de Tabuk (nord-ouest du pays). Le site abritera, entre autres, "The Line", un alignement de gratte-ciels recouverts de miroirs s’étendant sur plus 170 kilomètres. Pour alimenter en énergie les quelque 1,2 million d’habitants, l’Arabie Saoudite a fait appel à EDF. 

"The Line est censée fonctionner uniquement avec des énergies renouvelables, le vent et le soleil. Or l’éolien et le photovoltaïque sont des énergies intermittentes. Pour qu’il y ait de l’électricité, même quand il fait nuit ou qu’il n’y a pas de vent, ils ont besoin de notre STEP (une station de transfert d’électricité par pompage-turbinage, ndlr)", explique un connaisseur du projet au sein d’EDF, interrogé par nos confrères. Le système mis au point par EDF repose sur une technologie 100% verte, alors pourquoi s’y opposer ?

"Le problème, ce n’est pas de construire une centrale hydroélectrique en Arabie Saoudite, c'est de la construire à Neom", explique à nos confrères un représentant syndical au sein d'EDF Hydro. "C'est un paradoxe de demander la sobriété en France et de s'impliquer dans un projet à ce point délirant à l’étranger", déplore un ingénieur du centre d’ingénierie hydraulique (CIH), l’unité d’EDF Hydro chargée de concevoir la centrale en question, cité dans l'article. En dépit du malaise que suscite ce projet en interne, le groupe n’entend pas faire machine arrière. 

La direction estime qu’en construisant la centrale Nestor à Neom, EDF "contribue à la transition énergétique". L'énergéticien dit avoir laissé le choix aux salariés de ne pas contribuer au projet s’ils le souhaitaient. "Le groupe respecte l’opinion de tous les salariés (...) et offre de nombreuses opportunités professionnelles en interne pour permettre un épanouissement personnel dans d’autres projets et services", a-t-il indiqué à nos confrères. Il est prévu qu’EDF conçoive et supervise les travaux. Le groupe espère ensuite se rémunérer en vendant l’électricité produite, avec à la clé des revenus de "plusieurs milliards" d’euros.


Matthieu DELACHARLERY

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