Blanchiment dentaire : des produits chers, inefficaces et dangereux, selon une étude

Léa LUCAS
Publié le 10 septembre 2022 à 11h53
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Dans une enquête, 60 millions de consommateurs dénonce l'usage de produits de blanchiment dentaire.
Achetés sur Internet, ils sont rarement encadrés.
Les conséquences sur la dentition sont multiples, et les risques encourus souvent inutiles. Explications.

Qui n'a pas rêvé d'afficher un sourire à la George Clooney ? Pour répondre à cette envie, l'industrie dentaire pousse les individus à acheter des produits en ligne, mais use d'un marketing mensonger dénoncé par 60 millions de consommateurs. Selon une enquête, publiée le 8 septembre par Cécile Blaize et Laure Marescaux, des slogans tels qu'"un sourire de star en moins de 9 jours" ou encore "dents blanches en 16 minutes" cache en réalité de "nombreux dangers, voire des arnaques".

Bien au-dessus des normes légales

L'enquête met en garde contre la composition de ces produits, dont une concentration en peroxyde d’hydrogène souvent supérieure à 6%. Cette quantité est pourtant interdite par la législation de l'Union Européenne (UE). Seuls les chirurgiens-dentistes professionnels peuvent appliquer des produits contenant de 0,1 à 6% de peroxyde d’hydrogène, ou bien de 0,3 à 16% de peroxyde de carbamide. Les produits vendus directement aux consommateurs en pharmacie, sur Internet ou encore dans les "bars à sourire", doivent rester sous la barre des 0,1% (et 0,3% pour le carbamide).

Hypersensibilité, brûlure, rétractation des gencives...

Parmi les risques majeurs qui en découlent : une hypersensibilité dentaire durant la pose, des brûlures au niveau des gencives, ou encore une rétractation de celles-ci. "Le peroxyde d’hydrogène agit plus vite mais induit plus de sensibilité", explique le docteur Éric Bonnet, chirurgien-dentiste, qui pratique et enseigne les techniques d’éclaircissement depuis plus de trente ans. 

Mais aussi, une aggravation d'une pathologie existante non diagnostiquée chez le patient : "Sur une dent cariée, le peroxyde d’hydrogène, même à faible concentration, va pénétrer très profondément et provoquer une mortification, c’est-à-dire une perte de la vitalité. Si vous avez par ailleurs une inflammation de la gencive, il va l’augmenter", précise le docteur Christophe Lequart, porte-parole grand public de l’Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD).

Par ailleurs, une dégradation de l’émail des dents est également possible, ainsi qu'un asséchement des dents, notamment lorsque une lampe LED est utilisée. Un gadget toutefois inutile, d'après 60 millions de consommateurs. "Il y a eu un consensus européen sur le sujet, qui a conclu à l’inutilité totale de ces lampes dans le cadre du blanchiment", affirme le docteur Éric Bonnet. "Il s’agit d’un artifice marketing." Selon le spécialiste, une dent que l’on sèche (avec une lumière, par exemple) prend une teinte plus claire en se déshydratant, mais retrouve rapidement sa couleur initiale avec la salive.

Des résultats incertains

De plus, ces prises de risques sont bien souvent inutiles, selon l'enquête, qui n'est pas convaincue des résultats obtenus. "Au-delà des risques médicaux inhérents à un blanchiment sans le conseil d’un dentiste, le résultat est de toute façon décevant. En effet, les produits blanchissants ne modifient en rien la couleur des couronnes, des composites, etc. On risque donc d’obtenir, par exemple, deux incisives bien blanches à côté d’une couronne sur canine qui restera beige", notent les deux autrices de l'étude. 

Le docteur Bonnet ajoute que "les dents se situent toutes naturellement dans des nuances de jaunes", et qu'il "effectue un éclaircissement et non un blanchiment" en fonction de la qualité des dents et de l'âge du patient.

Plus de 500 euros dans certains "bars à sourire"

Enfin, c'est sans compter les prix onéreux et les arnaques. Selon 60 Millions de consommateurs, les coûts des diverses solutions sont très variables : de quelques dizaines d’euros pour les produits vendus sur Internet, et de 50 à plus de 500 euros dans les "bars à sourire". Les tarifs peuvent grimper de 500 à 1 200 euros en cabinet, selon la notoriété et la localisation du chirurgien-dentiste. Une note toutefois justifiée, dans ce cas de figure, puisque l'intervention médicalisée est encadrée. 

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Pour endiguer les escroqueries, l'étude précise que la Répression des fraudes s'attèle à "faire un grand ménage" dans ce secteur florissant. Et recommande, pour finir, de ne jamais exclure des visites régulières chez le dentiste, en mesure de prodiguer des conseils médicaux fiables et de qualité, mais aussi de détecter tous problèmes dentaires. 


Léa LUCAS

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