Bricolage, dépannage, plomberie... Les hommes ont-ils toujours le monopole de ces tâches dites "masculines" ?

Publié le 24 mai 2023 à 6h15, mis à jour le 24 mai 2023 à 11h40

Source : TF1 Info

En dépit de légers progrès, les tâches domestiques sont encore majoritairement assumés par les femmes.
Mais qu'en est-il du bricolage ou de la plomberie ? Sont-ils toujours l’apanage des hommes ?
L'Ifop s'est penchée sur la question.

Les hommes ont-ils toujours le monopole des tâches dites "masculines" au sein d'un ménage ? Alors que la répartition des corvées ménagères évolue petit à petit, le spécialiste du dépannage, Depanneo.com s'est penché sur la répartition des tâches ayant attrait au bricolage ou aux activités dites plus "masculines" au sein d'un foyer. Les résultats de l'étude, menée par l'Ifop, ont été publiés mercredi 24 mai. Ils montrent que ces petits travaux, qui vont du montage d’un meuble au débouchage d’une canalisation, ne sont plus seulement une "affaire d'hommes". 

Bricolage et petits travaux mieux partagés, mais ...

Leur proportion a en effet baissé au cours des deux dernières décennies au profit d’une plus large collaboration entre conjoints. Ainsi, 52% des femmes vivant en couple sous le même toit déclarent que c’est leur conjoint qui s’occupe de faire le petit bricolage, soit nettement moins que ce que l’Insee observait il y a une quinzaine d’années (71% en 2005). À l’inverse, le nombre de femmes s’en chargeant - elles-mêmes ou autant que leur compagnon - a quasiment doublé depuis 2005, passant de 25% à 44% en 15 ans. 

Certes, la prise en charge exclusivement féminine du petit bricolage reste un fait minoritaire (17%) mais elle progresse (+7 points depuis 2005), portée par des jeunes beaucoup plus investies que leurs ainées : 24% des filles de moins de 25 ans en couple se chargent seules du petit bricolage, contre seulement 13% des femmes de 65 ans et plus, révèle cette étude de l'Ifop. 

Pour autant, dans les faits, beaucoup de taches dites "masculines" restent majoritairement à la charge de l’homme, comme redémarrer la batterie d'une voiture (66%) ou changer un pneu crevé (62%). C’est aussi le cas lorsqu’il faut percer ou boucher des trous (60% des femmes disent que leur partenaire s’en charge), effectuer des petits travaux de maçonnerie (54%) ou de plomberie (62%) ou encore tenter de réparer des appareils électroménagers (50% des hommes s’y attèlent seuls contre 8% des femmes). 

Le barbecue, toujours un symbole de virilité

De même, l’entretien et l’allumage du barbecue reste à forte connotation masculine -  ce qui avait été dénoncé en août dernier par la députée EELV, Sandrine Rousseau : 58% des femmes déclarent que c'est leur conjoint qui s’en charge, contre 6% qui disent que ce sont elles et 20% qui déclarent que c'est "autant l’un que l’autre". La conduite sur les longs trajets est également toujours un privilège masculin (49% des femmes le disent contre 33% qui évoquent un partage du volant).

En revanche, à rebours de certaines idées reçues, des tâches impliquant l’usage de la force physique ne sont pas forcément l’apanage des hommes : c'est le cas de l’ouverture des pots difficiles (54% le font autant l’un que l’autre). Idem lorsqu'il s'agit de faire le plein de la voiture (48%), de nettoyer cette dernière (44%), ou de découper les morceaux de volaille et de viande (41%). Par ailleurs, si d’après leurs conjointes, 31% des hommes effectuent les travaux de peinture, elles sont 20% à les accomplir seules et 35% à préciser que le couple les partage, souligne l'Ifop.

Une source de tensions fréquentes

Mais cette évolution n'est pas sans heurts. 52% des femmes interrogées dans cette étude de l'Ifop font état de tensions avec leur conjoint lorsqu’il s’agit de bricoler. 16% font même état de disputes qui ont lieu souvent ou presque tout le temps. Selon François Kraus, directeur du pôle genre, sexualités et santé sexuelle de l'Ifop, "on assiste sans doute à une résistance des hommes à laisser les femmes s’investir dans ce domaine, car ils estiment qu’il relève de leur rôle de genre, voire qu’ils ne seraient pas de 'vrais hommes' s’ils les laissaient faire", analyse-t-il. Ainsi, près d’un homme sur deux (45%) de moins de 35 ans a déjà refusé que sa conjointe bricole sous prétexte qu’il s’agit là d’une activité masculine. Et cette proportion est particulièrement forte chez les ouvriers (46%) et les hommes en début de relation (50% des hommes en couple depuis moins de trois ans).

Ce stéréotype pourrait également expliquer pourquoi 4 hommes sur 10 disent avoir déjà ressenti de la honte après avoir échoué à réaliser des travaux de bricolage, ou pourquoi près d’un tiers d’entre eux (30%) exagère ses compétences dans ce domaine auprès des membres de la famille. Il arrive même à 15% des hommes de faire croire qu’ils ont eux-mêmes effectué des travaux alors qu’ils ont été aidés par quelqu’un d’autre. Cette volonté de se montrer sous un jour favorable concerne tout particulièrement les jeunes générations : 45% des 18-34 ans ont déjà éprouvé de la honte après un échec et, dans la même proportion, surestimé leurs capacités devant leur famille.  

Pour François Kraus, une forme d’inertie existe donc toujours dans le processus de répartition des tâches : "Les hommes s’investissent avant tout dans des activités de l’ordre de l’exceptionnel, qui se voient et sont socialement valorisées, car contribuant à l’amélioration du logement. Tâches qui, par ailleurs, ne sont pas aussi chronophages que celles assumées quotidiennement par les femmes". 

* Étude Ifop pour Depanneo.com réalisée en ligne du 13 au 17 avril 2023 auprès d’un échantillon de 1 038 femmes, représentatif de la population française féminine âgée de 18 ans et plus. Afin d’offrir une comparaison entre les deux sexes, certaines questions ont aussi été posées à 955 hommes âgés de 18 ans et plus.


Virginie FAUROUX

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