Burn-out : le travail aurait pu les tuer

Le service METRONEWS
Publié le 27 mai 2015 à 19h02
Burn-out : le travail aurait pu les tuer
L'essentiel

ECLAIRAGE - Avec l’amendement déposé par Benoît Hamon (PS) dans le cadre du projet de loi sur le dialogue social, le burn-out, le syndrôme d’épuisement au travail, pourrait être reconnu comme maladie professionnelle. En France, 12,6% des salariés seraient à risque. Ariane et Aude nous livrent leur témoignage.

Ariane avait 33 ans quand est survenu son burn-out. Et même si déjà sept ans ont passé, elle s’en souvient comme si c’était hier. A l’époque, la jeune femme a été recrutée pour superviser l’ouverture de deux agences d’une société de formation professionnelle mandatée par Pôle Emploi. ''Je voulais aider les gens, pour moi, c’était le job idéal."

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Or très vite, son patron lui complique la tâche : "Il me donnait des instructions le matin, changeait d’avis à midi, et me critiquait encore le soir car nous avions pris du retard. Il m’a fallu deux ou trois semaines avant de comprendre qu’il ne savait pas prendre de décision. Plus le retard s’accumulait, plus je le comblais en travaillant le soir ainsi que le week-end. Au fil des semaines et des mois, j’avais l’impression que je n’y arriverais jamais, rien n’avait plus de sens pour moi. Et puis un jour, à bout, j’ai voulu en finir. Heureusement, mon médecin traitant a repéré ma détresse, et il m’a envoyé en cure de sommeil à l’hôpital psychiatrique. Qui sait si je serais encore là aujourd’hui sans lui."

"Des personnes très motivées et absolument passionnées par leur travail"

Ariane fait partie des 12,6% d’actifs en France en situation de risque élevé de burn-out*, un épuisement psychique et physique du au travail, qui touche, selon le médecin du travail Bernard Salengro, de la confédération CFE-CGC, plus facilement les cadres que les employés. Si toutes les personnes atteintes de burn-out ne pensent pas à se suicider, ces cas-là ne sont pas si rares. "Ce sont en général des personnes très motivées et absolument passionnées par leur travail. Face aux obstacles et aux défis, elles s’épuisent à la tâche avant de demander de l’aide.", décrypte Catherine Vasey, psychologue, spécialisé dans le burn-out depuis plus de 15 ans, et auteur du livre Burn-out, le détecter et le prévenir**.

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Aude Selly, ancienne responsable en ressources humaines et auteur du livre Quand le travail vous tue***, en a fait la cruelle expérience, elle qui ne peut effacer la date de sa tentative de suicide le 23 mai 2012. "J’adorais mon métier, ce job chez un équipementier sportif c’était le rêve de ma vie, explique-t-elle.

Pour elle, tout a commencé le 12 novembre 2008, jour de son début dans cette entreprise où elle était responsable de plus de 100 salariés. "Je devais m’occuper d’un nouveau logiciel et rattraper le retard de mes prédécesseurs. Ma direction m’avait répété que je n’avais pas le droit à l’erreur. Je me rappelle avoir passé deux nuits blanches lors de ma première semaine."

Les entreprises mises à contribution ?

En plus d’une surcharge de travail, Aude se sent très isolée dans son travail. "En général, les DRH ont plutôt mauvaise presse dans une entreprise", reconnait-elle. Et surtout, elle est contrainte d'effectuer des tâches contraires à ses valeurs "comme licencier ma supérieure hiérarchique enceinte et voir un gamin de 25 ans prendre sa place". Aude tiendra tout de même six ans à son poste. Elle finit par craquer en apprenant qu’elle n’obtiendra jamais la promotion que lui avait pourtant fait miroiter sa direction pendant des mois. "On ne guérit pas du burn-out du jour au lendemain", conclut-elle.

Pour se remettre, Aude a dû être arrêtée un peu plus d’un an. Un coût aujourd’hui supporté uniquement par la sécurité sociale, rappelle le docteur Salengro. "Il est très important que l’amendement Hamon soit voté, poursuit-il, car en reconnaissant le burn-out comme maladie professionnelle, les entreprises, qui aujourd’hui ne font que très peu de prévention, seront amenées à cotiser pour cette maladie : une excellente façon de les responsabiliser pour ce phénomène qui s’est amplifié ces dernières années avec la crise, la pression financière et la technologie."

* Selon une étude du cabinet d'évaluation et de prévention des risques professionnels Technologia, parue le 22 janvier 2014.
** Paru aux éditions Jouvence. 

*** Paru aux éditions Maxima, mai 2013.

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