Burning Man 2016 : mais pourquoi ce festival de hippies tout nus cartonne encore 30 ans après ?

Barbara Prose
Publié le 12 juillet 2016 à 15h30
Burning Man 2016 : mais pourquoi ce festival de hippies tout nus cartonne encore 30 ans après ?

BLACK ROCK CITY – Le Burning Man a commencé en 1986 sur une plage de San Francisco, aux Etats-Unis, tel un rassemblement spontané de personnes prêtes à brûler une statue gigantesque sur une plage au nom de l’expression de leur singularité. Qu’en est-il aujourd’hui ? Le Burning Man a t-il conservé de son irrévérence d’antan ?

D’avis de festivalier, on trouve au Burning Man ce que l’on cherche… Sans savoir ce que l’on était venu chercher. Les propos de ceux qui sont revenus, les burners sont souvent mystiques autour de ce festival de "l’homme qui brûle", littéralement. Et pour cause. Planté dans le décor aride et lunaire du désert du Nevada , la cité de Black Rock City s'installe pièce par pièce en cadran solaire visible de l'espace et attend le dernier jour pour brûler une statue de plusieurs mètres de haut dans un immense feu de joie.

Cette année, cela fera donc 30 ans que le public, au début américain, internationalisé depuis, trouve encore un intérêt dans la contrainte de venir y vivre en autarcie, avec suffisamment d’eau et de nourriture pour tenir d’un jour à une semaine complète, pour les plus braves. Ni les tempêtes de poussière ni la rareté des douches ne viennent à bout de la féroce envie des visiteurs de prendre part à ce rassemblement culturel et artistique. Et si de loin, on peut y voir un festival techno de nudistes ou jeunes drogués en tutu fluo, avides de brûler la nuit par les deux bouts sans foi et sans loi, c’est une réduction très vite dite du spectacle colossal qui s’y joue.

Les 10 lois du Burning Man

Les lois du Burning Man sont bien établies, mais elles transgressent avec le mode de vie auxquel nous sommes habitués et viennent briser nos codes. Première loi du festival : l'argent est interdit sur place, tout est basé sur le troc ou le don. C'est une des dix lois qui inspirent vraisemblablement de plus en plus de monde. La dernière édition a réuni près de 70.000 personnes, au risque de rendre le festival bientôt obsolète, car ne pouvant plus garantir la conservation de son esprit initial (et l'accès à des toilettes et conditions d'hygiène suffisantes pour la totalité des festivaliers dans de bonnes conditions).


L'ouverture totale
Tout le monde peut participer au Burning Man, c'est la théorie. En réalité, si le billet était gratuit jusqu'en 1992, il coûte aux alentours de 400 dollars aujourd'hui, plus le billet pour se rendre jusqu'à San Francisco et l'imposant matériel à louer sur place (camion, vivres, eau, campement). C'est un des pans décrié aujourd'hui par certains festivaliers. Victime de son succès, le Burning Man est peu à peu envahi par les jeunes Américains (et étrangers) nantis, en quête de sensations fortes. On s'éloigne hélas de l'esprit d'ouverture. Mais une fois sur place, chacun est encouragé à exprimer sa singularité.

Le don
On ne peut rien acheter sur place, à l'exception des blocs de glace. Chacun doit obligatoirement venir avec de quoi survivre le temps du séjour, campement, vivres et eau compris. Tout le reste fait l'objet de troc ou de don, sans attendre quoique ce soit en retour. Et le partage des ressources est vivement encouragé, pour venir à la rencontre de l'autre.

Aucune publicité
Chaque année, des célébrités ou grands patrons de la Silicon Valley se mêlent avec plus ou moins de discrétion à la foule pour expérimenter à leur tour la folie Burning Man. La création de campements VIP réservés à un certain public vient à l'encontre de l'esprit du lieu, mais ils se sont néanmoins créés, les stars s'étant habituées à venir prendre leur bain de liberté et de poussière désertique. Une règle reste inaliénable : aucune publicité ou promotion de quelconque marque n'est autorisée.

La confiance en soi
L'expression de la singularité de chacun étant encouragée, au Burning Man, la règle, c'est d'être au maximum soi-même. Dans les faits, on voit surtout des hommes s'affubler de tutus et perruques et des filles se mettre seins nus ou en tenues moulantes - ce qui n'est pas exactement un modèle de transgression - mais en théorie, vous pouvez vous promener exactement comme vous le souhaitez tant que vous n'enfreignez pas les règles du festival. On voit ainsi un peu de tout, à force de regarder autour de soi, du plus classique aux "créatures" les plus étranges.


 La liberté d'expression est totale et encouragée
Les artistes, ingénieurs, concepteurs, plasticiens et toute personne souhaitant apporter sa pierre à l'édifice du Burning Man est encouragée à le faire. C'est ainsi qu'on voit des véhicules mutants invraisemblables circuler dans les "allées" de Black Rock City, des sculptures éphémères gigantesques prennent place, des ateliers de yoga, méditation, musique, maquillage proposés par les habitants… Tout est fait pour que le festival fédère son public dans un univers artistique et culturel fort.

 L'effort communautaire
La communauté est très importante et les organisateurs du Burning Man veillent au grain. Le but est que tout se passe au mieux et cela relève notamment du respect de l'esprit du lieu. L'entraide est une composante majeure.

 La responsabilité civique
Le Burning Man n'est pas censée être une zone de non-droit. Si l'on peut s'y libérer davantage grâce au microcosme instauré dans le désert, les mêmes lois qu'ailleurs s'y appliquent, en plus des lois inhérentes au festival. La criminalité, tous types d'abus commis sur des personnes et la consommation de drogues y sont interdits, comme ailleurs. Néanmoins, les arrestations y sont moins fréquentes, du fait de la difficulté d'accessibilité du site et de l'auto-gestion des visiteurs. Un site a recensé la totalité des drogues qui y circulent et… Contrairement à certains festivals de musique qui sont célèbres pour se focaliser sur certaines substances, le Burning Man les abrite quasiment toutes ! Seuls les dérapages feront peut-être un jour vaciller l'esprit du Burning Man, mais apparemment, les "drogués" se tiennent suffisamment bien pour l'instant. Cet équilibre, avec la multiplication des entrées pourrait devenir à terme de plus en plus précaire.

 
 Ne laisser aucune trace
Zéro déchets sur la "Playa", l'espace de circulation du Burning Man, c'est la règle. On vient avec sa maison sur le dos et on repart avec ses déchets et poubelles. La ville éphémère de Black Rock tient place dans un désert qui doit rester intact au départ des festivaliers.

 Participer
Si vous avez l'intention de lézarder et rester dans votre coin, vous n'êtes peut-être pas au bon endroit. Les tempêtes de poussière peuvent parfois transformer les lieux en un quart de tour et les galères sont fréquentes dans un environnement aussi sec et hostile. Chacun est appelé à apporter sa contribution dans la mesure de ses moyens physiques.

 La spontanéité des liens
On ne demande pas "Et toi, tu fais quoi dans la vie ?" au Burning Man, c'est très mal vu. On se parle, sans barrières, de tout et de rien. Ce qui se passe au Burning Man reste au Burning Man, c'est la règle sous-jacente. Alors, si vous croisez votre patron qui danse tout nu, non, vous ne prenez pas de photos pour exercer un chantage sur lui. Vous dansez avec lui. Ça y est, vous êtes convaincus ? Cette année, c'est du 28 août au 5 septembre .

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